Interview imaginaire

Interview imaginaire avec Pierre Corneille

par Charactorium · Pierre Corneille (1606 — 1684) · Lettres · 6 min de lecture

Interview imaginaire générée par IA à partir de sources documentées.

Paris, hiver 1675. Dans un modeste logis éclairé à la chandelle, loin de l'effervescence des théâtres qui ont fait sa gloire, un vieil homme au regard vif nous reçoit parmi ses manuscrits. Pierre Corneille, le père de la tragédie française, accepte de revenir sur soixante ans d'amour, d'honneur et de querelles.

Vous avez d'abord porté la robe d'avocat à Rouen. Comment passe-t-on du barreau à la scène ?

Je suis né à Rouen en 1606, dans une famille de robe, et l'on m'avait tout naturellement destiné au barreau. J'ai plaidé au parlement de Normandie, le livre de droit romain ouvert sur ma table, croyant que ma vie tiendrait tout entière entre les attendus et les plaidoiries. Puis un jour j'ai vu jouer des comédiens, et j'ai compris que l'on pouvait plaider autrement : non plus pour un client, mais pour une passion, devant un parterre qui juge sans délibérer. Le droit ne m'a pas quitté pour autant ; il m'a appris à bâtir un dilemme comme on instruit un procès, à peser le pour et le contre d'une âme déchirée. Mes tragédies sont des causes que personne ne peut gagner sans tout perdre.

On raconte qu'une déception amoureuse vous a conduit à écrire votre première comédie. Que s'est-il passé ?

J'étais jeune, et j'aimais une demoiselle dont je n'ai pu obtenir la main. De ce dépit est née Mélite, en 1629, ma première comédie. J'y ai mis les tourments d'un amour contrarié, mais sur un ton que Paris n'avait pas encore entendu : plus naturel, plus proche de la conversation des honnêtes gens que des fureurs convenues. Le succès fut inattendu — je n'osais l'espérer. Voilà l'étrange alchimie de notre métier : un chagrin privé, que l'on croyait n'intéresser que soi, devient sur la scène une chose que des centaines d'inconnus reconnaissent comme la leur. À ma plume d'oie, ce soir-là, j'ai confié plus que je n'aurais dit à un confesseur. Et le théâtre m'a rendu ma peine en gloire.

Le Cid a connu en 1637 un triomphe immédiat. Vous souvenez-vous de ces premières représentations ?

Janvier 1637, au Théâtre du Marais. Je n'ai jamais revu pareille ferveur. Les spectateurs se pressaient, et l'on disait dans Paris « beau comme le Cid » pour louer toute chose admirable. J'avais pris mon sujet chez l'Espagnol Guillén de Castro, mais j'en avais fait une tragi-comédie où l'amour et l'honneur se déchirent sans merci. Rodrigue, sommé de venger son père en frappant celui de sa bien-aimée, lance ce cri que tout le parterre retenait par cœur : « Ô rage ! ô désespoir ! ô vieillesse ennemie ! N'ai-je donc tant vécu que pour cette infamie ? » Croyez-moi, sentir une salle entière suspendue à douze syllabes d'alexandrin, c'est une ivresse dont aucune plaidoirie ne m'avait donné l'idée.

Sentir une salle entière suspendue à douze syllabes d'alexandrin, c'est une ivresse.

Ce triomphe a pourtant déclenché une querelle retentissante. Comment l'avez-vous vécue ?

Le succès attire la jalousie comme la chandelle attire les phalènes. À peine Paris m'acclamait-il que l'Académie française, toute neuve, fondée par Richelieu, fut priée de juger ma pièce. Chapelain rédigea ces Sentiments où l'on me reprochait d'avoir fait épouser à Chimène le meurtrier de son père — chose, disait-on, contraire aux bonnes mœurs et à la vraisemblance. On débattit du Cid dans tous les salons, des libelles volaient de part et d'autre. J'enrageais, et pourtant je dois l'avouer : cette querelle, en faisant scandale, a porté mon nom plus loin que mes vers ne l'auraient fait seuls. On ne pardonne jamais tout à fait à une œuvre d'avoir plu avant qu'on ait permis qu'elle plaise.

On parle aujourd'hui de « dilemme cornélien ». Qu'est-ce qui vous fascine tant dans ces choix impossibles ?

Ce que vous nommez ainsi n'est rien d'autre que l'homme placé devant deux devoirs qu'il ne peut honorer ensemble. Mon ancien métier d'avocat m'y a préparé : au barreau de Rouen, j'ai vu des causes où le droit lui-même se contredisait, où il fallait sacrifier une justice à une autre. Au théâtre, je serre l'étau plus fort encore. Rodrigue doit choisir entre son amour et son honneur ; Polyeucte, entre son épouse et sa foi de chrétien converti. Ce qui m'importe, c'est la gloire — non la vaine renommée, mais cette grandeur d'âme qui fait préférer le devoir au bonheur. Mes héros ne sont pas grands parce qu'ils triomphent ; ils sont grands parce qu'ils renoncent. Et le spectateur, en les voyant trancher, mesure ce qu'il oserait, lui, s'il était à leur place.

Mes héros ne sont pas grands parce qu'ils triomphent ; ils sont grands parce qu'ils renoncent.
French:  Portrait de Pierre Corneille (1606-1684), poète dramatique title QS:P1476,fr:"Portrait de Pierre Corneille (1606-1684), poète dramatique "label QS:Lfr,"Portrait de Pierre Corneille (1606-168
French: Portrait de Pierre Corneille (1606-1684), poète dramatique title QS:P1476,fr:"Portrait de Pierre Corneille (1606-1684), poète dramatique "label QS:Lfr,"Portrait de Pierre Corneille (1606-168Wikimedia Commons, Public domain — François Sicre

Dans Horace, Camille maudit Rome avec une violence inouïe. Pourquoi pousser un personnage jusque-là ?

Horace, en 1640, je l'ai tiré de Tite-Live : deux familles, les Horaces et les Curiaces, sacrifiées au combat pour que Rome l'emporte sur Albe. Le frère tue l'ennemi, mais cet ennemi était le fiancé de sa sœur Camille. Alors Camille, folle de douleur, retourne contre la patrie toute la fureur de son amour brisé : « Rome, l'unique objet de mon ressentiment ! Rome, à qui vient ton bras d'immoler mon amant ! » J'avais besoin de cette malédiction. Car la gloire de la cité ne coûte rien si l'on ne montre pas ce qu'elle écrase. Le sacrifice de l'individu au nom de la patrie, je ne l'ai jamais chanté sans en faire entendre le prix de sang. Une tragédie qui ne fait pas trembler la raison d'État n'a pas mérité son nom.

Les doctes vous reprochaient de mal respecter les règles. Qu'en pensiez-vous au fond ?

Je l'ai écrit sans détour à l'abbé de Pure : « Je n'ai jamais bien su les règles, et je me suis toujours défié de ma capacité à les appliquer avec rigueur ; mais j'ai toujours tâché de plaire au public. » Voilà ma profession de foi. Ces messieurs voulaient que l'action tînt en vingt-quatre heures, en un seul lieu, en une seule intrigue — la fameuse règle des trois unités. Soit, j'ai appris à m'y plier ; Horace leur a donné satisfaction. Mais je n'ai jamais cru qu'une pièce vaille par sa docilité. La vraisemblance, la bienséance, tout cela sert quand cela seconde l'émotion, et nuit quand cela l'étouffe. On n'émeut pas un parterre avec un règlement. On l'émeut avec un homme qui souffre.

On n'émeut pas un parterre avec un règlement. On l'émeut avec un homme qui souffre.
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Pierre Corneille (1606–1684) title QS:P1476,en:"Pierre Corneille (1606–1684) "label QS:Len,"Pierre Corneille (1606–1684) "Wikimedia Commons, Public domain — anonymous

Avec le recul, comment jugiez-vous vous-même Le Cid, des années après la querelle ?

En 1660, dans l'Examen que j'ai placé devant la pièce, j'ai reconnu sans fausse modestie : « Cette pièce a tant d'avantages du côté du brillant qui éblouit, qu'elle a peu souffert du côté des règles, dont elle s'écarte en quelque chose. » Vous voyez, je ne renie pas mes écarts ; je les revendique. Le Cid éblouit, et c'est précisément ce qui lui a été pardonné par le public quand les doctes le condamnaient. Le parterre, debout, bruyant, prompt à siffler comme à pleurer, ne consulte pas l'Académie avant d'aimer. C'est lui mon vrai juge. J'ai passé ma vie à courtiser cette foule changeante plutôt que le cénacle des savants — et si l'on me lit encore dans un siècle, ce sera grâce à elle, non grâce à eux.

Un jeune dramaturge nommé Racine est monté en gloire. Comment avez-vous accueilli sa montée ?

Jean Racine... Il avait l'âge d'être mon fils, et la cour s'est entichée de lui comme on se lasse d'un vieux meuble pour un neuf. J'ai donné Suréna en 1674 — ma dernière tragédie, et peut-être la plus tendre, la plus déchirée de toutes. On y sent, je crois, un homme qui sait que la scène lui échappe. Le public, lui, courait déjà vers une autre douceur, une autre musique de vers, plus coulante que la mienne. Je ne dirai pas de mal de son talent ; je dirai seulement qu'il est cruel de voir le goût se déplacer sous vos pieds comme un sable. J'avais bâti la tragédie héroïque ; il a inventé la tragédie de la passion. Deux royaumes voisins — mais il n'y a jamais place pour deux rois sur le même trône.

Il n'y a jamais place pour deux rois sur le même trône.

Vos dernières années furent assombries. Que reste-t-il à un homme quand la faveur s'éloigne ?

Il reste l'amertume, je ne vous le cacherai pas. Boileau, tout dévoué à Racine, n'a guère ménagé ma vieillesse, et la mode m'a relégué dans l'ombre où elle range les gloires d'hier. J'ai connu la gêne, presque la pauvreté, moi qui avais fait courir tout Paris au Marais. Le soir, à la chandelle, dans mon logis, je relisais parfois ce vieux cri de Rodrigue, « ô vieillesse ennemie », et je souriais d'y trouver ma propre figure. Mais tenez : un homme de théâtre n'écrit pas pour la faveur d'une saison. Il écrit pour ce parterre invisible des temps à venir, qu'il ne verra jamais. Si mes héros tiennent debout après moi comme ils tiennent debout dans la tempête, alors la cour pourra m'oublier — la postérité, peut-être, me relèvera.

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Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Pierre Corneille. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.