Interview imaginaire

Interview imaginaire avec Rābiʿa al-ʿAdawiyya

par Charactorium · Rābiʿa al-ʿAdawiyya (vers 717 — 801) · Spiritualité · 6 min de lecture

Interview imaginaire générée par IA à partir de sources documentées.

C'est dans la pénombre d'une humble demeure de Bassorah, par une nuit du printemps de l'an 160 de l'Hégire, que Ḥasan al-Baṣrī vient une fois encore s'asseoir auprès de Rābiʿa al-ʿAdawiyya. Une seule lampe à huile éclaire le tapis de prière étendu à même la terre battue ; dehors, la ville commerçante s'est tue. Le savant et l'ascète se connaissent de longue date — il a souvent quitté ses cercles d'étude pour venir l'écouter, et confesse en avoir plus appris ici qu'en des années de livres. Ce soir, il vient avec ses questions de toujours, et le désir de comprendre d'où lui vient cette lumière.

Rābiʿa, on murmure à Bassorah que tu naquis dans la misère et que l'on te vendit enfant. Que reste-t-il en toi de ces années ?

Tu sais comme moi, Ḥasan, ce qu'est la pauvreté dans cette ville où l'on étale les soieries de l'Inde. Je suis née la quatrième fille d'une famille qui n'avait rien, et l'on m'a vendue comme on vend une cruche. Mais je te le dis : ce dépouillement fut ma première grâce. N'ayant rien à perdre, je n'avais rien à craindre de perdre. Les riches qui viennent te consulter tremblent pour leurs greniers ; moi, je n'ai jamais eu de grenier. La servitude des hommes m'a appris très tôt qu'il n'est qu'un seul Maître à qui l'on doive vraiment obéissance. Le reste — les chaînes, la faim, le mépris — n'était qu'un voile léger sur cette certitude.

N'ayant rien à perdre, je n'avais rien à craindre de perdre.

On raconte que ton maître t'affranchit après t'avoir vue, une nuit, entourée d'une clarté inexplicable. Que s'est-il passé cette nuit-là ?

Je ne saurais te décrire ce que mon maître a cru voir, Ḥasan, car j'étais en prière et le monde m'avait quittée. Je sais seulement que cette nuit-là, comme les autres, je suppliais Dieu de me délivrer non pas des hommes, mais de moi-même. Au matin, mon maître, bouleversé, me rendit ma liberté et n'osa plus me regarder comme une servante. Je me suis retirée alors dans le désert aux abords de la ville, là où il n'y a plus de murs ni de visages, seulement le sable et le ciel. Les hommes ont vu une lumière ; moi je n'ai vu que ma propre indigence devant Lui. Si clarté il y eut, elle ne venait pas de moi — je ne suis qu'une lampe, et l'huile n'est pas la flamme.

Je ne suis qu'une lampe, et l'huile n'est pas la flamme.

Tu sais que je viens ici depuis des années quitter mes disciples pour t'écouter. Qu'est-ce qu'un savant comme moi peut bien apprendre d'une femme sans école ?

Ne te diminue pas, Ḥasan : tu connais le Livre mieux que personne à Bassorah, et tes leçons nourrissent toute la ville. Mais permets que je te le dise, puisque c'est toi : la science que tu enseignes est une lumière qui éclaire le chemin, et c'est un grand bien. Seulement on peut connaître toutes les stations de la route sans jamais se mettre en marche vers Celui qui attend au bout. Toi, tu décris l'amour ; il me reste à brûler. Voilà tout ce que tu trouves ici, et ce n'est pas grand-chose : non pas un savoir de plus, mais le rappel que le savoir n'est rien s'il ne devient soif. Tu es bien placé pour le savoir, toi qui pleures parfois au milieu de tes propres sermons.

Toi, tu décris l'amour ; il me reste à brûler.

On t'a vue, en plein jour, courir dans nos rues une torche dans une main et un seau d'eau dans l'autre. Bassorah en parle encore — explique-moi.

Je voulais, Ḥasan, mettre le feu au Paradis et noyer l'Enfer sous mon seau. Que les hommes ouvrent enfin les yeux ! Tant qu'il reste un Jardin à espérer, ils servent Dieu comme des marchands qui calculent leur gain ; tant qu'il reste un Feu à redouter, ils Le servent comme des esclaves qui craignent le fouet. Brûle l'un, éteins l'autre, et que reste-t-il ? Lui seul, nu, sans récompense ni châtiment. C'est alors seulement qu'on saura qui L'aime vraiment. Ma torche n'était pas folie de la rue, comme l'ont cru les passants : c'était ma prière rendue visible, pour ceux qui n'entendent que ce qu'ils voient. Toi qui prêches la crainte du Jugement, comprends que je ne nie pas le Feu — je veux seulement qu'on cesse d'aimer pour autre chose que Lui.

Tant qu'il reste un Jardin à espérer, ils servent Dieu comme des marchands qui calculent leur gain.

Cette nuit même tu priais avant que j'entre. Quels mots adresses-tu à Dieu dans ces veilles où tu pleures jusqu'à l'aube ?

Les mêmes mots chaque nuit, Ḥasan, car mon cœur n'en a pas d'autres. Je Lui dis : Ô Dieu, si je T'adore par crainte de l'Enfer, brûle-moi dans l'Enfer. Si je T'adore pour le Paradis, prive-m'en. Mais si je T'adore pour Toi-même, ne me prive pas de Ta beauté éternelle. Voilà toute ma théologie, plus brève que tes traités. Le jour, je reçois ceux qui viennent, je parle, j'enseigne ; mais la nuit m'appartient, ou plutôt elle Lui appartient. Quand le silence tombe sur Bassorah et que les marchands dorment, je n'ai plus de voile entre Lui et moi. Et je pleure, non de tristesse, mais parce que je Le devine si proche et que mon âme étroite ne peut pas Le contenir tout entier.

Le jour appartient aux hommes ; mais la nuit, ou plutôt elle Lui appartient.

Le gouverneur lui-même t'a demandée en mariage, et bien d'autres notables. Pourquoi avoir écarté tous les prétendants, toi qui pourrais vivre dans l'abondance ?

Que ferais-je d'un époux, Ḥasan ? J'appartiens déjà, tout entière, à un autre. Au gouverneur comme aux autres j'ai posé une seule condition : qu'il me promette de ne jamais mourir, et qu'il me dise quel sera mon sort au Jour du Jugement. Aucun n'a pu répondre, bien sûr — alors de quel droit réclameraient-ils ce qui ne m'appartient plus ? Le mariage lie deux êtres qui se partagent ; or il ne reste rien de moi à partager, tout a été donné. On me croit privée parce que je suis seule. Je suis au contraire la plus comblée des femmes de Bassorah : mon cœur n'a qu'un seul occupant, et nul rival ne viendra m'en distraire. Le célibat n'est pas pour moi un renoncement — c'est une fidélité.

Le célibat n'est pas pour moi un renoncement — c'est une fidélité.

Je regarde autour de moi : un tapis, cette lampe, une cruche, et rien d'autre. Et tu refuses, dit-on, les présents des riches. Comment vis-tu ?

Tu vois tout, Ḥasan, il n'y a rien de plus à voir, et c'est précisément ce que je voulais. Mon vêtement est de laine grossière, comme celui des premiers qui ont renoncé au monde — c'est de ce ṣūf que les gens commencent à nous nommer. Je mange du pain d'orge, quelques dattes, je bois l'eau de cette cruche. Les hommes fortunés m'envoient des plats et des étoffes ; je les renvoie, car celui qui accepte le don du riche se met à dépendre de lui, et bientôt il le flatte. Or je ne veux dépendre que de Dieu. Cette pauvreté n'est pas une souffrance que je m'inflige : c'est une légèreté. Moins je possède, moins il y a d'obstacles entre Lui et moi. Le dénuement est ma richesse, et le ventre vide rend l'âme attentive.

Celui qui accepte le don du riche se met à dépendre de lui, et bientôt il le flatte.

Tu veilles chaque nuit jusqu'au fajr, en larmes, presque sans dormir ni manger. Ton corps ne te réclame-t-il jamais son dû, Rābiʿa ?

Mon corps réclame, bien sûr — il a faim, il a sommeil, il vieillit comme le tien, Ḥasan. Mais qui doit commander, du cavalier ou de la monture ? Je dors peu parce que la nuit est trop précieuse pour la perdre dans l'oubli ; je mange peu parce que le corps repu s'alourdit et l'âme s'endort avec lui. Quand je m'agenouille sur ce tapis au coucher du soleil, je ne sens plus le froid de la terre ni la fatigue des jours. Les larmes ne sont pas de la peine : elles coulent comme l'eau coule vers le bas, naturellement, vers Celui qui m'attire. On me plaint de cette vie austère. Mais dis-moi, toi qui as goûté l'instant où Il se laisse pressentir : qui voudrait dormir quand l'Aimé veille à votre porte ?

Qui voudrait dormir quand l'Aimé veille à votre porte ?

Quand je t'interroge sur la connaissance de Dieu, la maʿrifa que je cherche dans mes livres, tu souris souvent. Pourquoi ce sourire, dis-moi franchement ?

Je souris, Ḥasan, parce que tu cherches au-dehors ce qui est au-dedans, comme un homme qui parcourrait les marchés de Bassorah pour acheter de l'eau alors qu'une source jaillit dans sa propre cour. La connaissance dont tu parles ne se lit pas, elle se reçoit. Elle ne vient pas au terme d'un raisonnement mais au terme d'un amour. Tes livres te diront tout des attributs de Dieu ; ils ne te donneront pas le tremblement de Sa présence. Et pourtant ne crois pas que je méprise ton étude : sans elle, combien s'égareraient. Mais l'étude est la lampe, et l'amour est le voyageur. À quoi sert la lampe si nul ne se lève pour marcher ? Voilà pourquoi je souris : non de toi, mais de tendresse pour ta soif, que je connais bien.

Tu cherches au-dehors ce qui est au-dedans.

Avant que je reparte vers mes disciples, Rābiʿa : que faut-il faire tomber pour Le voir enfin, ce voile dont tu parles toujours ?

Le voile, Ḥasan, ce n'est pas Lui qui le tend — c'est nous. Il n'est jamais absent ; c'est nous qui sommes ailleurs, occupés de nos craintes et de nos espoirs, de nos greniers et de nos peurs. Le voile a un seul nom, et ce nom est notre propre moi. Tant que je dis « moi », « ma prière », « ma piété », je reste devant le voile. Le jour où il ne restera plus rien de moi à nommer, il n'y aura plus rien non plus pour faire écran. Voilà mon unique travail, nuit après nuit sur ce tapis : non pas gagner quelque chose, mais m'effacer. Toi, retourne à tes disciples et enseigne-leur le chemin — mais souviens-toi qu'au bout du chemin, il faut encore oublier le marcheur.

Le voile a un seul nom, et ce nom est notre propre moi.
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Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Rābiʿa al-ʿAdawiyya. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.