Interview imaginaire

Interview imaginaire avec Sophocle

par Charactorium · Sophocle (495 av. J.-C. — 405 av. J.-C.) · Lettres · 6 min de lecture

Interview imaginaire générée par IA à partir de sources documentées.

C'est sur les pentes du théâtre de Dionysos, sous l'Acropole encore baignée par le soleil déclinant d'un soir de printemps, vers 440 av. J.-C., que Périclès retrouve son ami Sophocle. Les gradins sont vides, le sol jonché de couronnes fanées après les Dionysies. Les deux hommes ont siégé ensemble au collège des stratèges ; l'un gouverne la cité, l'autre la fait pleurer et trembler. Périclès vient ce soir non en homme d'État, mais en ami curieux de comprendre comment naît, dans cette tête de poète, ce qui remue tout un peuple.

Sophocle, ton Antigone a bouleversé l'assemblée. Toi qui sièges avec moi à la cité, comment oses-tu donner raison à celle qui défie l'édit du roi ?

Tu touches là, Périclès, ce qui me tient éveillé la nuit. Je n'ai pas voulu donner raison à Antigone contre Créon, ni à Créon contre elle — j'ai voulu montrer que les deux ont une part de vérité, et que c'est précisément pour cela qu'ils se brisent. Antigone invoque les lois non écrites et immuables des dieux, ces lois qu'aucun édit de mortel ne peut abolir. Créon, lui, défend la cité, comme toi tu la défends chaque jour. Mais il pousse trop loin, il devient rigide, et son orgueil, son hubris, le mène à perdre son fils et sa femme. Je n'écris pas pour trancher : j'écris pour que l'Athénien, en sortant, sente le poids des deux devoirs.

Je n'écris pas pour trancher : j'écris pour que l'Athénien sente le poids des deux devoirs.

Mais ne crains-tu pas, mon ami, qu'un peuple voyant Créon ridiculisé apprenne à mépriser l'autorité de ceux qui le gouvernent ?

Au contraire, Périclès. Un peuple qui n'a jamais vu un dirigeant se tromper sur la scène est un peuple sans défense devant un dirigeant qui se trompe dans la cité. La tragédie est une école de prudence. Quand Créon comprend trop tard son erreur, chaque spectateur se dit : voilà ce que produit l'entêtement. Je ne ridiculise pas l'autorité ; je la montre faillible, donc humaine. Toi qui gouvernes, tu sais mieux que personne combien il est tentant de confondre sa volonté avec celle des dieux. Mon théâtre rappelle aux puissants qu'ils restent mortels — et cela, crois-moi, sert la cité plus qu'une flatterie.

Un peuple qui n'a jamais vu un dirigeant se tromper sur la scène est sans défense devant un dirigeant qui se trompe dans la cité.

On dit que tu as introduit un troisième acteur sur la scène. Explique-moi, toi le faiseur de spectacles : pourquoi rompre ainsi avec l'usage d'Eschyle ?

Avec deux acteurs seulement, Périclès, on ne peut montrer qu'un affrontement : un face à un. Mais la vie n'est pas un duel, elle est un nœud. En ajoutant un troisième visage masqué sur la scène, j'ai pu faire entrer le doute, le témoin, celui qui hésite entre deux camps. Soudain Créon, Antigone et Ismène existent ensemble, et le spectateur ne sait plus à qui donner son cœur. Le masque de lin fige une émotion, mais à trois, ces émotions se heurtent et créent la vérité. Le chœur, lui, demeure cette voix du peuple qui commente et juge. J'ai cherché toute ma vie à rapprocher le théâtre de la complexité des hommes — et trois voix valent mieux que deux pour cela.

La vie n'est pas un duel, elle est un nœud.

Dans cet amphithéâtre où nous sommes assis, des milliers de citoyens te regardent. Que ressens-tu, le jour où ta pièce affronte le jugement de la foule ?

Une terreur sacrée, je l'avoue. Quand le jour se lève sur les Dionysies et que les gradins se remplissent, je sais que tout repose sur le silence ou le murmure de cette foule. J'ai remporté bien des couronnes ici, oui — mais aucune victoire n'efface l'angoisse de la suivante. Ce théâtre n'est pas un divertissement de cour : c'est la cité tout entière rassemblée, riches et pauvres mêlés, qui vient se voir elle-même. Quand le masque tragique surgit et qu'un frisson parcourt les milliers de spectateurs comme un vent sur les blés, je sens que nous avons touché quelque chose de plus grand que nous. C'est pour cet instant que j'écris, et il me coûte chaque fois ma sérénité.

Aucune victoire n'efface l'angoisse de la suivante.

Tu te souviens, Sophocle, quand on t'a élu stratège à mes côtés, en 468. Un poète au commandement des armées : n'as-tu pas tremblé d'endosser cette charge ?

Comment l'oublier, Périclès ? Le jour où la cité m'a confié le commandement, j'ai compris que mes concitoyens ne séparaient pas l'homme qui écrit de l'homme qui sert. Cela m'a honoré autant qu'effrayé. Je ne suis pas un grand soldat, tu le sais, et j'ai souvent suivi des hommes plus aguerris que moi. Mais notre démocratie veut que le citoyen soit entier : qu'il délibère à l'assemblée, qu'il porte les armes, et qu'il monte aussi sur la scène. Servir à tes côtés m'a appris une chose que mes tragédies répètent : gouverner, c'est décider sans jamais être sûr, et porter ensuite le poids de ses choix. Le stratège et le poète interrogent la même question — que faire quand tout devoir en contredit un autre ?

Gouverner, c'est décider sans jamais être sûr, et porter ensuite le poids de ses choix.
Ernest Michel Sophocle
Ernest Michel SophocleWikimedia Commons, Public domain — Ernest Michel

Crois-tu vraiment que cette cité où chaque citoyen vote et délibère ait besoin de tes tragédies ? Ne suffit-il pas de nos lois et de nos assemblées ?

Les lois disent ce qu'il faut faire, Périclès ; la tragédie dit ce qu'il en coûte. Ton assemblée tranche, elle vote, elle agit — et c'est bien. Mais le matin où l'on a décidé d'envoyer des hommes mourir, qui rappelle à la cité le prix des larmes ? C'est là que j'interviens. La démocratie la plus belle reste aveugle si elle n'apprend pas à pleurer ce qu'elle sacrifie. Mes héros tombent pour que les vivants réfléchissent. Quand je vois, depuis ces gradins, des milliers de regards humides après Antigone, je sais que la cité ne s'est pas seulement gouvernée ce jour-là : elle s'est regardée. Toi et moi servons le même peuple, mais toi tu décides, et moi je le fais douter.

Les lois disent ce qu'il faut faire ; la tragédie dit ce qu'il en coûte.

Parle-moi d'Œdipe. Cet homme découvre peu à peu qu'il a tué son père sans le savoir. Pourquoi t'acharner ainsi sur un malheureux innocent de cœur ?

Parce qu'il n'y a rien de plus humain, Périclès, que cet instant où l'on se reconnaît enfin. Œdipe cherche le coupable d'un crime, et plus il cherche, plus il s'approche de lui-même. C'est ce que j'appelle l'anagnorisis, la reconnaissance : le moment terrible où le héros voit ce qu'il était depuis toujours. J'aime aussi la péripétie, ce retournement où l'enquêteur devient le criminel, où celui qui voulait sauver Thèbes se découvre sa souillure. Œdipe n'est pas puni pour une faute volontaire — il est broyé par sa Moira, son destin, qu'il a fui justement en croyant le fuir. Je ne m'acharne pas sur lui : je montre que nul ne connaît vraiment qui il est, et que la vérité, quand elle vient, peut crever les yeux.

Plus Œdipe cherche le coupable, plus il s'approche de lui-même.
Budapest, château de Buda, Galerie nationale hongroise (Magyar Nemzeti Galéria), György ZALA (1858-1937),Philoctète (SOPHOCLE), circa 1880
Budapest, château de Buda, Galerie nationale hongroise (Magyar Nemzeti Galéria), György ZALA (1858-1937),Philoctète (SOPHOCLE), circa 1880Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0 — György Zala

Cette idée d'un destin que l'homme ne peut fuir, même en le connaissant, ne désespère-t-elle pas le citoyen libre que nous voulons former ?

Je comprends ta crainte, toi qui veux des hommes maîtres de leurs décisions. Mais regarde bien : Œdipe n'est pas grand parce qu'il échappe à son destin — il est grand parce qu'il refuse de se mentir. Quand tout est révélé, il ne fuit pas, il ne nie pas : il assume, jusqu'à se punir de ses propres mains. Voilà sa liberté. Le destin trace la route, mais la façon de la parcourir nous appartient. Mes héros ne sont pas des pantins des dieux ; ils sont des hommes qui, acculés, choisissent leur dignité. C'est cela que je veux donner au citoyen : non l'illusion qu'il commande à tout, mais le courage de regarder en face ce qu'il ne commande pas. Là est la vraie grandeur.

Le destin trace la route, mais la façon de la parcourir nous appartient.

Nous avons l'âge des grandes mémoires, mon ami. Tu étais presque un enfant à Salamine. Que reste-t-il en toi de cette journée où la Grèce faillit périr ?

Tout, Périclès, tout reste. J'étais adolescent quand nos navires ont brisé la flotte du Perse dans le détroit, et l'on dit que j'ai dansé, nu et la lyre à la main, parmi les choeurs qui célébraient la victoire. Je revois encore la fumée sur la mer et l'ivresse de la cité sauvée. C'était le matin du monde où nous vivons aujourd'hui. J'ai vu ensuite Athènes s'élever, le Parthénon monter pierre à pierre sous ton impulsion, la démocratie rayonner. J'ai traversé presque tout ce siècle comme on traverse une vie entière de gloire. Et c'est peut-être pour cela que mes tragédies parlent tant du destin : j'ai vu une cité passer du péril suprême à la splendeur, et je sais combien la fortune des hommes tient à peu de chose.

J'ai vu une cité passer du péril suprême à la splendeur — je sais combien la fortune des hommes tient à peu de chose.

Les nuages s'amoncellent entre Athènes et Sparte. Toi qui as connu tant d'années heureuses, comment regardes-tu l'ombre qui vient sur notre cité ?

Avec la lucidité que l'âge et la scène m'ont donnée, Périclès. J'ai chanté les victoires, mais je n'ai jamais cru que la fortune sourie toujours. Mes pièces le disent assez : nul mortel ne doit se dire heureux avant le dernier jour. Athènes est au sommet, et c'est précisément du sommet que l'on craint la chute. Je ne suis pas un devin, mais j'ai assez observé les hommes pour savoir que l'orgueil d'une cité comble peut être son hubris, comme celui de Créon. Je ne te dis pas cela pour t'attrister, toi qui portes le fardeau de nos choix. Je te dis seulement que je continuerai d'écrire, tant que les dieux me prêtent vie, pour que mon peuple n'oublie jamais qu'il est mortel. C'est ma manière à moi de veiller sur Athènes.

Nul mortel ne doit se dire heureux avant le dernier jour.
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Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Sophocle. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.