Interview imaginaire

Interview imaginaire avec Sophocle

par Charactorium · Sophocle (495 av. J.-C. — 405 av. J.-C.) · Lettres · 5 min de lecture

Interview imaginaire générée par IA à partir de sources documentées.

Athènes, un soir tiède de la fin du Ve siècle. Le vieux poète reçoit près du sanctuaire de Colone, là où il est né, drapé dans son himation de laine claire. La voix est posée, les phrases brèves ; derrière lui, on devine encore les gradins du théâtre de Dionysos où, tant de fois, la cité a retenu son souffle.

On vous connaît comme poète, mais vous avez aussi porté les armes pour Athènes. Comment êtes-vous devenu stratège ?

Les Athéniens m'ont élu général l'année où Périclès gouvernait la cité comme un cocher mène un attelage nerveux. On croit qu'un homme de chœur ne sait que pleurer ses héros ; pourtant j'ai siégé au conseil, j'ai voté l'envoi des trières, j'ai vu de près combien la guerre ressemble peu aux récits qu'on en chante. Je n'étais pas le meilleur tacticien — mes collègues le disaient en souriant — mais un poète qui ignore l'Attique, ses ports et ses colères, écrit des ombres sans corps. Périclès me reprochait de juger les hommes comme des personnages ; moi je lui répondais qu'il jugeait les personnages comme des soldats. La cité avait besoin des deux regards.

Un poète qui ignore l'Attique, ses ports et ses colères, écrit des ombres sans corps.

Votre toute première victoire, en 472, vous a opposé à Eschyle, le maître incontesté. Que reste-t-il de ce jour ?

J'étais jeune, la barbe à peine drue, et Eschyle régnait sur les Dionysies comme un vieux lion sur sa colline. Quand l'archonte a proclamé mon nom au-dessus du sien, la foule a murmuré comme la mer avant la houle. Je n'ai pas triomphé : j'ai eu honte, presque, de devancer celui qui m'avait appris que la tragédie pèse les dieux et les hommes sur la même balance. On dit qu'il quitta Athènes peu après, blessé. Je ne l'ai jamais cru tout à fait. Au fil de ma vie j'ai gagné cette couronne de laurier près de vingt fois ; aucune ne m'a coûté autant de gravité que la première, parce qu'elle se prenait sur un maître que je vénérais.

La tragédie pèse les dieux et les hommes sur la même balance.

On vous attribue l'introduction d'un troisième acteur sur la scène. Pourquoi cette audace ?

Avec deux acteurs, le drame n'est qu'un duel : l'un parle, l'autre répond, et le chœur tranche. Mais la vie n'est pas un duel. Antigone affronte Créon, soit ; il fallait pourtant qu'Ismène fût là, tremblante, pour que le spectateur sentît la tentation de céder. J'ai donc fait monter une troisième voix, et soudain la scène a respiré comme une vraie maison où plusieurs cœurs se contredisent. Le masque de lin et de plâtre, immobile, oblige à tout dire par la posture et le souffle ; à trois, les silences deviennent des personnages eux-mêmes. Les acteurs ont d'abord pesté contre moi. Puis ils ont compris qu'on leur donnait, non pas un rival de plus, mais un miroir de plus.

Comment naissait une pièce, concrètement, dans votre quotidien d'auteur ?

Le matin, après le pain et les olives, je déroulais un rouleau de papyrus sur mes genoux et j'écoutais. Écrire une tragédie, ce n'est pas inventer : c'est tendre l'oreille à un mythe que tout Athénien connaît déjà, et chercher l'endroit exact où il fait mal. L'après-midi, je descendais au théâtre de Dionysos régler le chœur — quinze hommes qu'il faut accorder comme les cordes d'une lyre, pas trop tendus, sinon ils rompent le vers. Je leur reprenais un pas, une respiration, jusqu'à ce que la plainte sonne juste. Le soir, parfois, dans un banquet, un convive me récitait mes propres vers en les écorchant, et j'apprenais ainsi quelles lignes survivraient à ma voix.

Écrire une tragédie, c'est tendre l'oreille à un mythe que tout le monde connaît, et chercher l'endroit exact où il fait mal.

Venons-en à Antigone. Qu'avez-vous voulu mettre en jeu dans cette jeune femme qui défie le roi ?

Antigone ne se révolte pas par orgueil ; elle enterre son frère parce qu'il existe des lois plus anciennes que les édits des rois. Je lui fais dire à Créon qu'elle ne pensait pas que ses édits « eussent assez de force pour obliger un mortel à transgresser les lois non écrites et immuables des dieux ». Tout est là, dans ce face-à-face de 442. Créon n'est pas un tyran de pacotille : il croit sincèrement servir la cité. Voilà le tragique — non pas le combat du bien contre le mal, mais de deux justices qui ont chacune raison, et qui ne peuvent vivre ensemble. Le spectateur quitte le théâtre déchiré, et c'est très bien ainsi.

Le tragique, ce n'est pas le bien contre le mal, mais deux justices qui ne peuvent vivre ensemble.
Ernest Michel Sophocle
Ernest Michel SophocleWikimedia Commons, Public domain — Ernest Michel

Créon vous semble-t-il coupable, ou seulement aveugle ?

Aveugle, d'abord. C'est le mal des gouvernants : ils confondent l'ordre de la cité avec l'ordre du monde. Créon défend la polis, ses murs, ses morts honorés et ses traîtres jetés aux chiens — il a même des raisons. Mais il oublie qu'au-dessus de l'édit d'un soir veillent des lois que nul magistrat n'a signées. Quand il comprend, il a déjà perdu son fils et sa femme ; sa lucidité arrive comme la lampe qu'on allume sur un champ de cendres. Je n'ai pas écrit cette pièce pour condamner un homme. Je l'ai écrite pour que chaque archonte assis dans les gradins sente passer un frisson, et se demande, en rentrant, s'il n'est pas lui-même un Créon qui s'ignore.

Œdipe court à sa perte en croyant l'éviter. D'où vous est venue cette mécanique implacable ?

Œdipe est l'homme le plus intelligent de Thèbes : c'est lui qui a vaincu la Sphinge. Et c'est précisément son intelligence qui le précipite, car il veut savoir, à tout prix, qui a souillé la cité. Chaque pas vers la vérité est un pas vers l'abîme. Les Grecs nomment anagnorisis ce moment où le voile tombe ; chez Œdipe, la reconnaissance et la chute ne font qu'un. Quand il découvre tout, il crie : « O destin ! pourquoi suis-je né ? Hélas ! j'ai accompli sans le savoir les crimes que tu m'avais destinés. » Je n'ai pas voulu peindre un coupable, mais un homme qui paie des fautes commises les yeux bandés. Le spectateur, lui, sait depuis le début. C'est ce savoir-là qui le serre à la gorge.

Chaque pas d'Œdipe vers la vérité est un pas vers l'abîme.
Budapest, château de Buda, Galerie nationale hongroise (Magyar Nemzeti Galéria), György ZALA (1858-1937),Philoctète (SOPHOCLE), circa 1880
Budapest, château de Buda, Galerie nationale hongroise (Magyar Nemzeti Galéria), György ZALA (1858-1937),Philoctète (SOPHOCLE), circa 1880Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0 — György Zala

Vous parlez souvent du destin. L'homme y est-il donc sans liberté ?

Ne te méprends pas : la Moira fixe le terme, non chaque pas du chemin. L'oracle annonce à Œdipe son sort, mais c'est lui qui choisit la colère au carrefour, lui qui choisit de chercher la vérité jusqu'au bout. L'hubris, cet excès qui fait croire à l'homme qu'il dépasse les dieux, n'est pas dans le destin : elle est dans la manière de le porter. Voilà pourquoi mes héros restent grands jusque dans leur ruine — ils tombent debout. Je n'enseigne pas la résignation. Je montre qu'un mortel peut être brisé sans être avili, et qu'il y a, dans cette tenue face à l'inévitable, quelque chose que même les dieux peuvent envier.

La Moira fixe le terme, non chaque pas du chemin.

Vous avez traversé presque tout un siècle. Quels bouleversements avez-vous vus de vos propres yeux ?

Enfant, j'ai entendu les hommes revenir de Salamine, en 480, le sel encore dans la barbe, racontant comment la flotte du Grand Roi s'était brisée sur nos rames. J'ai vu ensuite Athènes se couvrir de marbre, le Parthénon monter pierre à pierre, et la cité croire qu'elle ne mourrait jamais. Puis vint 431, la guerre contre Sparte, et l'année suivante la peste qui emporta Périclès comme un fétu. J'ai vu, en somme, le jour et le crépuscule d'une même cité. Un poète qui vit si longtemps devient une mémoire vivante : je porte en moi des morts que les jeunes ne connaissent que par mes vers.

À plus de quatre-vingts ans, vous écrivez encore. Que cherche-t-on à donner au théâtre à cet âge ?

On me croit fini, et je ramène Œdipe sur la scène — non plus le roi orgueilleux, mais le vieillard aveugle qui meurt à Colone, sur ma propre terre natale. Œdipe à Colone, je l'ai composé quand mes mains tremblaient déjà sur le papyrus. À cet âge, on n'écrit plus la fureur : on écrit l'apaisement, le pardon qu'on n'espérait plus. Le héros maudit devient, en mourant, une bénédiction pour la cité qui l'accueille. Je crois que j'avais besoin, avant de partir, de réconcilier le destin et la douceur. Les dieux m'ont accordé une longue vie ; il eût été ingrat de la clore sur un cri. Je voulais qu'elle s'achève comme le soir tombe sur l'Attique — sans fracas, lentement.

À cet âge, on n'écrit plus la fureur : on écrit l'apaisement.
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Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Sophocle. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.