Interview imaginaire

Interview imaginaire avec Sophocle

par Charactorium · Sophocle (495 av. J.-C. — 405 av. J.-C.) · Lettres · 5 min de lecture

Interview imaginaire générée par IA à partir de sources documentées.

Deux jeunes visiteurs, en classe découverte, poussent la porte d'une vieille maison d'Athènes. Un homme très âgé les attend, assis près d'une cour ensoleillée. Il sourit : on dirait qu'il a tout le Ve siècle dans les yeux.

C'était comment, vos acteurs ? Ils montraient leur vrai visage sur scène ?

Oh non, mon enfant, jamais ! Chaque acteur portait un masque de théâtre en lin durci, qui couvrait tout le visage. Imagine un grand visage peint, plus grand que la tête, avec une bouche ouverte. Pourquoi ? Parce que les gradins étaient immenses. Tout au fond, on ne voyait pas un sourire ou une larme. Mais un masque, ça, on le voyait de loin. Un masque triste pour Antigone, un masque dur pour le roi Créon. Et comme un seul homme pouvait changer de masque, il jouait plusieurs rôles dans la même pièce. Le théâtre, à mon époque, c'était d'abord un grand jeu de visages.

Le théâtre, c'était d'abord un grand jeu de visages.

On dit que vous avez changé le théâtre. Vous avez fait quoi exactement ?

Tu sais, avant moi, il n'y avait que deux acteurs sur scène. Deux ! Toujours le même face-à-face, l'un contre l'autre. Moi, j'ai ajouté un troisième acteur. Ça paraît tout petit, mais ça change tout. Imagine que tu joues toujours à deux, et qu'un jour un troisième ami arrive : soudain, l'un peut se disputer pendant que l'autre écoute et trahit. L'histoire devient plus vivante, plus surprenante. C'est là qu'apparaît ce qu'on appelle la péripétie : le moment où tout bascule d'un coup, où le bonheur tourne au malheur. Avec trois voix, ces retournements deviennent possibles. Et le chœur, ce groupe qui chante, peut enfin commenter la vraie tempête des personnages.

Ajouter un troisième acteur paraît tout petit, mais ça change tout.

Vous avez écrit combien de pièces dans toute votre vie ?

Beaucoup, mon enfant... environ cent vingt-trois pièces, dit-on ! J'ai écrit presque toute ma vie, sur des rouleaux de papyrus, ces longues feuilles qu'on déroule pour lire. Mais je dois te dire une chose un peu triste. De toutes ces pièces, sept seulement sont arrivées jusqu'à toi. Sept sur cent vingt-trois. Imagine une grande bibliothèque qui prend feu : il ne reste que quelques pages dans la cendre. Le papyrus, vois-tu, c'est fragile. Ça brûle, ça pourrit, ça se déchire. Alors quand tu lis encore Antigone aujourd'hui, dis-toi que c'est presque un miracle. Ces mots ont traversé plus de temps que tu ne peux l'imaginer.

Sept pièces sur cent vingt-trois : ce qui te reste de moi est presque un miracle.

Et vous gagniez souvent les concours de théâtre ? Vous étiez le meilleur ?

Ha ! J'ai gagné souvent, c'est vrai, plus de vingt fois aux grandes fêtes des Dionysies. À Athènes, le théâtre n'était pas juste un divertissement : c'était un concours, comme une compétition. Plusieurs auteurs présentaient leurs pièces, et le public, des milliers de personnes, jugeait. Le gagnant recevait une couronne de laurier, ces feuilles vertes posées sur la tête. Tu sais ce que j'ai ressenti la première fois ? J'avais à peine la trentaine, et j'ai battu Eschyle, le maître que tout le monde admirait. Mon cœur battait si fort. Mais crois-moi : la couronne sèche en quelques jours. Ce qui dure, c'est l'histoire qu'on a su raconter.

La couronne de laurier sèche en quelques jours ; l'histoire, elle, reste.

Dans Antigone, pourquoi votre héroïne désobéit au roi ? Elle n'a pas peur ?

Si, elle a peur, bien sûr. Mais elle a quelque chose de plus fort que la peur. Écoute l'histoire. Le roi Créon a interdit d'enterrer le frère d'Antigone, comme une punition. Or, chez nous, ne pas enterrer un mort, c'est une horreur, une offense aux dieux. Antigone doit choisir : obéir au roi, ou obéir à ce qu'elle sent juste au fond d'elle. Et elle choisit son cœur. Dans ma pièce, elle dit au roi cette chose terrible : « Je ne pensais pas que tes édits eussent assez de force pour obliger un mortel à transgresser les lois non écrites et immuables des dieux. » Tu comprends ? Il existe des lois qu'aucun roi ne peut effacer.

Il existe des lois qu'aucun roi ne peut effacer.
Ernest Michel Sophocle
Ernest Michel SophocleWikimedia Commons, Public domain — Ernest Michel

Mais alors, qui a raison ? Le roi ou Antigone ?

Ah, voilà la question difficile ! Et je vais te décevoir un peu : je ne te donne pas la réponse. C'est ça, une tragédie. Les deux ont une part de raison. Le roi Créon veut protéger l'ordre de la cité, et ce n'est pas idiot. Antigone veut respecter les dieux et son frère, et ce n'est pas idiot non plus. Le malheur, c'est que Créon ne veut rien lâcher. On appelle ça l'hubris : un orgueil démesuré, quand on se croit plus fort que tout. Et l'hubris, dans mes pièces, ça finit toujours par t'écraser. À toi, mon enfant, de réfléchir : jusqu'où faut-il obéir ? C'est à ça que sert le théâtre.

Une tragédie ne donne pas la réponse : elle te force à réfléchir.

C'est qui Œdipe ? Pourquoi son histoire est si célèbre ?

Œdipe est un roi qui cherche la vérité... sans savoir que la vérité, c'est lui. Une terrible malédiction pèse sur sa ville. Alors il enquête, il veut trouver le coupable. Et plus il avance, plus il s'approche d'un secret affreux : le coupable, le monstre qu'il cherche, c'est lui-même. À la fin, il comprend tout d'un coup. Nous, on appelle ce moment l'anagnorisis, la reconnaissance : l'instant où le héros découvre la vérité cachée. Il s'écrie : « j'ai accompli sans le savoir les crimes que tu m'avais destinés. » Imagine ce vertige : chercher un coupable partout, et le trouver dans son propre miroir. C'est pour ça qu'on n'oublie pas Œdipe.

Œdipe cherche le coupable partout, et le trouve dans son propre miroir.
Budapest, château de Buda, Galerie nationale hongroise (Magyar Nemzeti Galéria), György ZALA (1858-1937),Philoctète (SOPHOCLE), circa 1880
Budapest, château de Buda, Galerie nationale hongroise (Magyar Nemzeti Galéria), György ZALA (1858-1937),Philoctète (SOPHOCLE), circa 1880Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0 — György Zala

Mais s'il savait que c'était son destin, il pouvait pas l'éviter ?

C'est exactement la question qui fait trembler, mon enfant. Pour nous, les Grecs, il existe le destin, qu'on nomme aussi Moira : une force invisible qui décide d'avance. Œdipe a tout essayé pour échapper à sa malédiction. Il a fui, il a couru loin. Et c'est justement en fuyant qu'il a foncé droit dedans. Voilà ce qui serre le cœur. Tu sais ce que ressent le spectateur en voyant ça ? De la pitié et de la frayeur mêlées. Et quand la pièce se termine, ces émotions le nettoient, le soulagent. Nous appelons ça la catharsis. On pleure pour Œdipe, et en pleurant, on se sent étrangement plus léger, plus humain.

C'est en fuyant son destin qu'Œdipe a foncé droit dedans.

C'est vrai que vous n'étiez pas qu'un écrivain ? Vous étiez aussi général ?

Oui, c'est vrai, et ça surprend toujours ! À Athènes, un citoyen ne faisait pas qu'un seul métier. Le matin tu pouvais discuter sur l'agora, la grande place publique, et plus tard servir ta cité comme soldat. On m'a choisi comme stratège, c'est-à-dire général. J'ai porté cette responsabilité aux côtés de Périclès, le plus grand homme politique de mon temps. Imagine : écrire des tragédies sur le destin le soir, et commander des navires le jour. Je n'étais pas un meilleur général que poète, je te l'avoue. Mais chez nous, on pensait qu'un homme devait servir sa cité de toutes les manières possibles. La parole et l'action, ensemble.

Écrire sur le destin le soir, commander des navires le jour.

Vous écriviez encore des pièces même très vieux ? Ça vous fatiguait pas ?

Mon enfant, je crois que je n'ai jamais vraiment arrêté ! J'ai vécu presque quatre-vingt-dix ans, ce qui était immense pour mon époque. J'ai traversé les guerres contre les Perses, la grandeur d'Athènes, puis la longue et triste guerre du Péloponnèse. Et tout du long, j'écrivais encore. Ma dernière pièce, Œdipe à Colone, parle d'un vieil homme fatigué qui trouve enfin la paix. Colone, c'est le village où je suis né. Tu vois, j'ai terminé là où j'avais commencé. Si je devais te laisser une chose, ce serait celle-ci : on peut créer jusqu'au dernier souffle. L'âge prend tes jambes, mais il ne prend pas ton imagination.

L'âge prend tes jambes, mais il ne prend pas ton imagination.
Voir la fiche complète de Sophocle

Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Sophocle. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.