Interview imaginaire

Interview imaginaire avec Voltaire

par Charactorium · Voltaire (1694 — 1778) · Lettres · Philosophie · 6 min de lecture

Interview imaginaire générée par IA à partir de sources documentées.

C'est dans un hôtel particulier du faubourg Saint-Germain, au cœur d'un Paris qui l'acclame depuis son arrivée en février 1778, que nous avons trouvé Voltaire. À quatre-vingt-trois ans, enveloppé dans sa robe de chambre de soie, un bol de chocolat posé sur la table de chevet et ses manuscrits empilés autour de lui comme des sentinelles, le philosophe reçoit encore des visiteurs avec une vivacité qui dément son âge. Il parle vite, rit plus vite encore, et semble n'avoir oublié aucune des batailles de sa longue vie.

Vous souvenez-vous de la nuit où les sbires du chevalier de Rohan vous ont battu dans la rue — et de ce que vous avez résolu dès le lendemain ?

Ce soir de 1726, je sortais d'un souper en ville quand six goujats en livrée m'ont saisi dans la rue et battu comme plâtre, pendant que le chevalier de Rohan regardait depuis son carrosse, bien à l'abri de toute riposte. Le lendemain, j'ai cherché des seconds pour un duel — on m'a répondu en m'envoyant à la Bastille. Voilà l'équité de l'Ancien régime : l'insulte vient d'un grand seigneur, la prison échoie au plébéien. On m'a offert l'exil en Angleterre comme si c'était une faveur, et j'ai accepté — non par peur, mais parce que j'avais compris quelque chose d'essentiel en cette nuit de bastonnade : ma vengeance ne se ferait pas à l'épée. Un philosophe qui se bat en duel donne raison à ses ennemis. Un philosophe qui écrit leur survit, et leur survit longtemps.

Trois ans en Angleterre vous ont profondément transformé — qu'avez-vous découvert là-bas que la France vous avait refusé ?

L'Angleterre m'a montré, entre 1726 et 1729, qu'il était possible de penser sans trembler. J'ai vu des sectes religieuses coexister sans s'égorger, des journaux critiquer ouvertement le gouvernement sans que leur imprimeur finisse au cachot, un parlement où un lord pouvait être mis en cause comme un simple roturier. Ce n'était pas le paradis — les Anglais ont leurs propres absurdités —, mais c'était la démonstration vivante que la liberté de penser n'était pas une utopie de philosophe, c'était une pratique concrète, quotidienne, praticable. Quand je suis rentré et que j'ai publié les Lettres philosophiques, j'ai simplement dit à mes compatriotes : regardez ce qui existe à vingt lieues de vos côtes. Le livre fut condamné et brûlé aussitôt. Ce qui prouvait, à lui seul, que j'avais eu raison d'écrire.

La liberté de penser n'est pas une utopie de philosophe — c'est une pratique concrète, quotidienne, praticable.

Vous souvenez-vous du moment précis où vous avez décidé de prendre la défense de Jean Calas ?

C'était mars 1762. On m'avait remis à Ferney un résumé de l'affaire — un marchand protestant de Toulouse, roué vif sur la place publique, accusé d'avoir tué son fils pour l'empêcher de se convertir. J'ai d'abord douté. Non de son innocence — la logique la criait —, mais de mes propres forces. Avais-je encore assez d'énergie, à soixante-huit ans, pour combattre le parlement d'une ville entière et la meute de ceux qui crient au sacrilège ? J'ai relu les actes du procès : pas de preuve, pas de témoin, juste la rumeur d'une ville et la haine d'une confession contre une autre. Ce fut là ma décision : non pas sauver un mort — Jean Calas était déjà cendres —, mais faire en sorte que son nom cesse d'être une calomnie. Et que la prochaine fois qu'un fanatique lèverait la main, quelqu'un quelque part tînt une plume.

Le Traité sur la tolérance aurait pu n'être qu'un mémoire juridique — comment avez-vous choisi d'en faire une œuvre de portée universelle ?

J'aurais pu écrire un simple plaidoyer pour les Calas. Mais l'affaire n'était pas un cas particulier : c'était la maladie qui se donnait un visage. L'intolérance religieuse ne frappe pas qu'un marchand de Toulouse en 1762 — elle a brûlé des hérétiques à travers tous les siècles, en tous pays, sous toutes les couleurs de Dieu. Mon Traité sur la tolérance commence par l'histoire d'une famille, et se déploie vers une question simple : peut-on condamner un homme pour ses croyances ? La raison répond non. Le fanatique répond toujours oui. Je voulais que le livre reste debout quand l'affaire Calas serait oubliée — et pour cela, il fallait nommer le principe, pas seulement le crime. Un texte de circonstance meurt avec la circonstance. Une idée, elle, traverse.

Candide paraît en 1759 sous pseudonyme — pourquoi ce voile, et qu'espériez-vous que le lecteur ne perçoive pas trop vite ?

Candide paraît en 1759 sans mon nom, mais tout Paris savait qui l'avait écrit avant la fin du premier chapitre. Le vrai secret n'était pas l'auteur, c'était le couteau caché dans la farce. Le conte a l'air d'une promenade légère — un jeune naïf traverse le monde, subit mille désastres, et conclut qu'il faut cultiver son jardin —, mais chaque catastrophe est réelle, documentée, contemporaine : les guerres entre nations chrétiennes, les autodafés de l'Inquisition, les tremblements de terre dont j'ai vu le bilan à Lisbonne quelques années plus tôt. Je voulais que le lecteur rie d'abord, et comprenne ensuite ce qu'il avait ri. Quand le rire se fige dans la gorge, c'est là que la philosophie commence. La satire est plus dangereuse qu'un traité : elle entre dans la tête par plaisir, et elle n'en ressort pas.

La satire est plus dangereuse qu'un traité : elle entre dans la tête par plaisir, et elle n'en ressort pas.

Le tremblement de terre de Lisbonne en 1755 vous a profondément ébranlé — comment ce désastre a-t-il changé votre rapport à la Providence ?

Lisbonne s'est effondrée un matin de novembre 1755, un jour de Toussaint, pendant que les fidèles étaient à la messe. Soixante mille morts, peut-être davantage. Et les théologiens ont aussitôt prétendu que c'était la justice divine, que Lisbonne avait péché. J'ai trouvé cela révoltant. Si Dieu punit les villes qui pèchent, qu'il commence donc par d'autres capitales — elles ne manquent pas de raisons d'être châtiées. Non : un tremblement de terre n'est pas une leçon de morale, c'est la terre qui se convulse sans consulter personne. Candide est né de cette colère. L'optimisme de Pangloss — l'idée que tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles — est une formule que j'ai prise et éprouvée contre les faits. Lisbonne m'a fourni les faits. L'ironie a fait le reste.

Pendant cinquante ans, vous avez correspondu avec Frédéric II de Prusse — comment définiriez-vous cette amitié singulière entre un philosophe et un roi ?

Frédéric m'écrivait des lettres de jeune homme épris de philosophie — il avait dix-neuf ans à peine quand nous avons commencé à échanger —, et j'y répondais avec le même enthousiasme, peut-être naïf. Voilà un roi qui cite les philosophes, joue de la flûte, proclame mépriser la guerre tout en la faisant avec génie. Quand il m'a invité à Potsdam en 1750, j'ai cru rejoindre quelque chose d'inédit : un palais où les idées gouverneraient enfin. J'y ai trouvé un souverain qui voulait des philosophes pour briller à sa table, pas pour le contredire dans son cabinet. C'est une distinction capitale que je n'avais pas faite assez tôt. Moi, je ne sais pas faire autrement que contredire. La brouille était inscrite dans notre nature respective, dès la première lettre.

Cette amitié s'est terminée par votre emprisonnement sur son ordre — que vous a appris cette trahison sur les limites du despotisme éclairé ?

Nous nous sommes brouillés pour des raisons où je n'étais pas entièrement innocent — une affaire de manuscrits, de jalousies d'écrivains, de mots trop vifs échangés. En 1753, Frédéric a fait retenir mes papiers à Francfort et m'a fait arrêter quelques semaines, comme si j'étais son serf. Ce moment m'a appris ce que les livres n'enseignent pas aussi bien que l'expérience : il n'existe pas de despote assez éclairé pour renoncer à son pouvoir quand il se sent humilié. La raison est un ornement pour un roi, non une contrainte. J'ai quitté la Prusse sans me retourner. Nous avons continué à correspondre — comme deux vieux ennemis qui s'estiment encore —, mais l'illusion était morte : la philosophie peut instruire un prince, elle ne peut pas le convertir.

Il n'existe pas de despote assez éclairé pour renoncer à son pouvoir quand il se sent humilié.

Pendant près de trente ans, vous avez évité Paris par crainte d'être arrêté — qu'est-ce qui vous a finalement décidé à braver ce retour ?

La peur n'était pas abstraite. J'avais connu la Bastille deux fois, j'avais vu mes livres brûlés en place publique, j'avais des ennemis dans les parlements et dans les sacristies. Ferney était à portée de la frontière suisse — une prudence, non une lâcheté. Mais à quatre-vingt-trois ans, avec les forces qui déclinent, j'ai senti qu'il y avait quelque chose de plus absurde encore que le danger : mourir sans avoir revu Paris une dernière fois. On m'a dit que la ville avait changé, que mes idées avaient fait leur chemin jusque dans les salons et les cafés où je n'osais plus paraître. J'avais envie de le vérifier par moi-même. Et puis, Irène allait être jouée à la Comédie-Française — un philosophe peut résister à bien des choses, mais pas à l'appel de sa propre pièce de théâtre.

Vous voilà à Paris, acclamé dans les rues, couronné sur scène — que pense le philosophe qui a défendu la raison toute sa vie de ce triomphe tardif ?

C'est beau, et c'est vertigineux. On arrête ma voiture dans les rues, on me touche la main comme si j'étais une relique — moi qui ai passé ma vie à me moquer des reliques. Les acteurs de la Comédie-Française ont couronné mon buste de lauriers dès ce mois de février 1778, et j'ai souri, parce qu'il serait ingrat de ne pas sourire. Mais je suis un homme de raison, et la raison me dit que cette gloire n'est pas la mienne : c'est celle des idées. La tolérance, la liberté de penser, la critique de l'intolérance religieuse — ces combats ont fait leur chemin seuls, dans des milliers de têtes, sans que j'aie besoin d'être à Paris pour les escorter. Quand une idée n'a plus besoin de son auteur pour vivre, c'est le signe qu'elle a vraiment pris racine. Le reste — les couronnes, les acclamations — c'est du théâtre. Et j'ai toujours aimé le théâtre.

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Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Voltaire. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.