Imaginary interview

Imaginary interview with Albert Camus

by Charactorium · Albert Camus (1913 — 1960) · Literature · Philosophy · 6 min read

Imaginary interview generated by AI from documented sources.

C'est dans un café enfumé de Saint-Germain-des-Prés, un soir d'automne 1951, que Jean-Paul Sartre retrouve Albert Camus autour de deux verres laissés à demi pleins. L'Homme révolté vient de paraître, et déjà la fracture se devine entre les deux hommes que l'après-guerre avait rendus inséparables. La lumière jaune des lampes tombe sur le carnet de notes que Camus pose près de son paquet de cigarettes. Sartre, l'œil aigu, n'est pas venu pour flatter — il est venu pour comprendre, et peut-être pour en découdre.

Albert, avant que nous nous querellions sur la révolte, reviens à la source. En 1942, tu publies L'Étranger et Le Mythe de Sisyphe la même année. Qu'appelles-tu au juste l'absurde ?

Toi qui aimes les définitions tranchées, Jean-Paul, tu seras déçu. L'absurde n'est pas dans l'homme, ni dans le monde, mais dans leur confrontation. J'ai un besoin viscéral de sens, et l'univers me répond par son silence. De ce divorce naît l'absurde. Meursault, dans L'Étranger, ne ment pas, et c'est pourquoi la société le condamne : il refuse de jouer la comédie des sentiments convenus. Mais attention, le constat de l'absurde n'est pas une fin. C'est un point de départ. On me croit désespéré ; je suis l'homme le plus têtu que tu connaisses. Sisyphe pousse son rocher, le voit redescendre, et recommence. Dans ce recommencement lucide, il y a une joie qui défie les dieux.

L'absurde n'est pas dans l'homme ni dans le monde, mais dans leur confrontation.

Tu écris qu'il faut imaginer Sisyphe heureux. Heureux ? Avoue que cette dernière phrase a quelque chose de provocant pour qui prend la condition humaine au sérieux.

Provocant, peut-être, mais c'est la phrase qui résume tout mon cœur, et je ne l'ai pas écrite en vain. Vois-tu, le malheur de Sisyphe ne tient pas à son fardeau, mais à l'espérance qu'on voudrait lui prêter. Ôte-lui l'espoir d'en finir, et son rocher devient son affaire, sa chose à lui. La conscience qu'il a de son sort, c'est précisément sa victoire. Le mépris des dieux, l'amour de la terre, le refus de se résigner : voilà ce que je mets dans ce bonheur-là. Ce n'est pas le sourire béat du croyant. C'est la joie sombre et droite de celui qui regarde son destin en face sans baisser les yeux. Tu vois, je ne console personne — je redonne le poids du rocher à celui qui le porte.

Le malheur de Sisyphe ne tient pas à son fardeau, mais à l'espérance qu'on voudrait lui prêter.

On te croit tout entier dans les idées. Mais toi qui parlais si peu de ton enfance, dis-moi : ce père que tu n'as pas connu, mort à la Marne en 1914, que pèse-t-il en toi ?

Tu touches là où je ne vais jamais, Jean-Paul, et c'est pour cela que je te réponds. Mon père est mort à la guerre quand j'avais un an. Je ne l'ai jamais connu : il n'est pour moi qu'un nom sur un monument et une histoire que ma mère, presque muette, ne savait pas raconter. Nous étions pauvres, à Mondovi puis à Alger, pauvres au point que le mot lui-même nous était inutile. Cette absence m'a fait, plus que tous les livres. Je porte en moi un homme que je dois inventer, faute de souvenir. Un jour, j'écrirai cela — l'histoire d'un fils qui part à la recherche d'un père plus jeune que lui. Le premier homme, en somme, celui qui n'hérite de rien et doit tout fonder seul.

Je porte en moi un homme que je dois inventer, faute de souvenir.

Pendant l'Occupation, tu tenais la plume à Combat quand d'autres se taisaient. Et puis vient La Peste en 1947. Cette épidémie d'Oran, c'est l'Occupation, n'est-ce pas ?

Tu as lu juste, comme souvent. La Peste a plusieurs sens, mais oui, je voulais que la résistance européenne au nazisme s'y reconnaisse. Le fléau qui s'abat sur la ville, ce sont les armées qui occupent, la bêtise qui contamine, la lâcheté qui s'installe. À Combat, nous écrivions la nuit, sous de faux noms, avec la peur au ventre — j'ai appris là que le courage est moins une vertu qu'une habitude qu'on prend. Le docteur Rieux ne croit pas qu'il vaincra la peste ; il la combat parce qu'il serait indécent de ne pas le faire. Voilà ma morale, sans grands mots : refuser de pactiser avec ce qui tue les hommes, même quand on sait qu'on ne guérira pas tout.

Le courage est moins une vertu qu'une habitude qu'on prend.

Toi le fils de pauvres d'Alger, comment as-tu vécu ce passage de l'écrivain solitaire au journaliste engagé, en pleine clandestinité ?

Je n'ai jamais cru à l'écrivain réfugié dans sa tour, tu le sais mieux que personne, Jean-Paul — nous étions d'accord là-dessus, au moins. La pauvreté m'avait appris très tôt que les idées n'ont de prix que si elles tiennent debout dans la rue. À Combat, je ne signais pas pour la gloire ; je signais parce qu'un journal libre, sous l'Occupation, valait une arme. Mais je me méfiais déjà de l'engagement qui se croit tout permis. Servir la vérité et servir la liberté, c'est parfois la même chose, et parfois non. J'ai voulu un journalisme qui informe avant de juger, qui n'insulte pas l'adversaire avant de l'avoir compris. On m'a reproché cette retenue. Je la tiens pour une forme d'honnêteté, pas pour une tiédeur.

Un journal libre, sous l'Occupation, valait une arme.
Sculpture rue Albert Camus (10763552304)
Sculpture rue Albert Camus (10763552304)Wikimedia Commons, CC BY 2.0 — Jeanne Menjoulet from Paris, France

Venons-en à ce qui nous sépare, puisque tu l'attends. Dans L'Homme révolté, tu refuses que la fin justifie les moyens. Tu sais que cela nous oppose. Pourquoi cette limite à tout prix ?

Parce que j'ai vu où mène la révolte qui s'affranchit de toute mesure : aux camps, à la potence, au meurtre érigé en logique. La révolte authentique dit non à l'oppresseur, mais elle dit aussi non au meurtre — sinon elle trahit ce qui l'a fait naître. Je sais, Jean-Paul, que tu me trouves timoré, que pour toi l'Histoire absout les violences nécessaires. Mais je ne peux pas signer ce contrat-là. L'homme révolté pose une limite qu'il refuse de franchir, même au nom de l'avenir radieux. Le révolutionnaire qui tue son frère en promettant le bonheur des générations futures, je ne le suis pas. Je préfère avoir tort avec les vivants que raison avec les bourreaux. Notre désaccord, je le crains, ne se réglera pas ce soir.

Je préfère avoir tort avec les vivants que raison avec les bourreaux.

Engagement, justement : le mot revient sans cesse entre nous. Tu me reproches mes silences sur certains crimes, je te reproche ton refus de choisir un camp. Où places-tu la frontière ?

La frontière, je la place là où l'on commence à mentir aux hommes pour leur bien. M'engager, oui, je l'ai toujours fait, mais jamais au point de fermer les yeux sur ce que mon camp commet. Tu me dis qu'on ne peut juger une cause au tribunal de la morale bourgeoise. Et moi je te réponds qu'une cause qui exige le silence sur ses propres crimes a déjà perdu son innocence. Je ne veux pas être l'idiot utile d'une Histoire qui broie ceux qu'elle prétend libérer. On me traitera d'âme sensible, de moraliste. Soit. Mais je n'écrirai jamais qu'un homme déporté l'a mérité au nom du sens de l'Histoire. Entre la justice et ma mère, je l'ai dit, je choisirais ma mère — et ce n'est pas une faiblesse, c'est ma boussole.

Une cause qui exige le silence sur ses propres crimes a déjà perdu son innocence.
Rue Albert Camus (Lyon) - panneau de rue
Rue Albert Camus (Lyon) - panneau de rueWikimedia Commons, CC0 — Benoît Prieur

Tu parles de ta mère, et donc de l'Algérie. Toi qui es né là-bas, qui aimes Tipasa et la lumière d'Alger, comment portes-tu ce pays déchiré entre ses peuples ?

C'est la blessure dont je guéris le moins. Tipasa, ses ruines romaines dans les absinthes, la mer qui éclate au soleil — c'est là que j'ai appris le bonheur des sens avant d'apprendre les livres. Cette terre, je l'aime d'un amour charnel que Paris ne comprendra jamais. Mais je vois deux peuples qui s'aiment mal et se déchirent, et je suis des deux. Ma famille est pauvre, française, attachée à ce sol ; et je sais l'injustice faite aux Arabes, je l'ai écrite quand personne ne voulait la lire. On voudrait que je tranche, que je choisisse un camp avec un drapeau. Je ne peux pas applaudir à des bombes qui tueront peut-être ma mère dans un tramway d'Alger. Je cherche une justice qui n'exige pas qu'on s'entretue. On me dit naïf. Je préfère cela à complice.

Cette terre, je l'aime d'un amour charnel que Paris ne comprendra jamais.

Le colonialisme, tu en parles avec une prudence qui agace beaucoup des nôtres. N'as-tu pas peur que cette position de l'entre-deux te laisse seul, sans aucun camp ?

Seul, je le serai, et je le sais déjà. Mais la solitude vaut mieux que le mensonge confortable. Le système colonial est injuste, je l'ai dénoncé dès mes reportages sur la misère de la Kabylie, quand cela ne se faisait pas. Seulement je refuse de remplacer une injustice par une autre, et de croire que le sang lave le sang. On me presse de choisir entre les colons et le terrorisme : c'est me demander de choisir entre deux malheurs. Je tiens pour une Algérie où les communautés vivraient ensemble, et l'on me rit au nez. Peut-être l'Histoire me donnera-t-elle tort. Mais l'écrivain n'est pas là pour servir ceux qui font l'Histoire, il est là pour ceux qui la subissent. Si défendre ces vies-là me condamne au silence des deux bords, je porterai ce silence.

L'écrivain n'est pas là pour servir ceux qui font l'Histoire, il est là pour ceux qui la subissent.

Une dernière, Albert. Après tant d'absurde, de peste et de révolte, qu'est-ce qui te tient encore debout, toi, l'homme du Sud égaré dans nos hivers parisiens ?

Ce qui me tient debout, Jean-Paul, c'est précisément ce que tes raisonnements ne saisissent pas : un matin de soleil sur la mer, le rire d'un ami, le goût d'un fruit. J'ai bâti toute une pensée sur l'absurde, et pourtant je reste un homme qui aime démesurément cette vie passagère. Au cœur de l'hiver, j'ai découvert en moi un invincible été — voilà ma seule certitude. Je ne crois pas qu'on sauve l'homme, mais je crois qu'on peut sauver en lui sa dignité, et c'est déjà immense. Nos querelles passeront, les régimes passeront. Restera, j'espère, quelques pages qui auront aidé un inconnu à tenir debout une nuit difficile. C'est tout ce que je demande à mon métier. Le reste, vois-tu, est trop intime pour qu'on en débatte dans un café.

Au cœur de l'hiver, j'ai découvert en moi un invincible été.
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This imaginary interview was generated by artificial intelligence from sources documented in Albert Camus's profile. It dramatises what the figure might have said based on what we know about them, but does not constitute attested historical testimony. For primary sources and factual documentation, refer to the full profile.