Imaginary interview with Albert Camus
by Charactorium · Albert Camus (1913 — 1960) · Literature · Philosophy · 5 min read
Deux jeunes visiteurs, en classe découverte, poussent la porte d'un petit bureau. Une machine à écrire trône sur la table, une cigarette fume dans un cendrier. Albert Camus les accueille avec un sourire fatigué mais tendre, content qu'on s'intéresse encore à lui.
—Vous êtes né où, et c'était comment quand vous étiez petit ?
Tu sais, je suis né en 1913 à Mondovi, en Algérie. Pas dans une grande maison, non. On était très pauvres. Imagine un logement où l'on n'a presque rien, pas de livres, pas d'eau chaude. Mon père, je ne l'ai jamais connu : il a été tué à la guerre en 1914, à la bataille de la Marne. J'avais quelques mois. C'est ma mère qui m'a élevé, et elle entendait à peine. Mais il y avait le soleil, la mer d'Alger, les ruines de Tipasa. Quand tu n'as rien, le ciel et la mer deviennent ta richesse. Je crois que toute ma vie, j'ai cherché à retrouver cette lumière.
Quand tu n'as rien, le ciel et la mer deviennent ta richesse.
—Ça vous rendait triste, la guerre dans votre pays, l'Algérie ?
Oui, mon enfant. Très triste, et même déchiré. Tu vois, à partir de 1954, une guerre terrible a éclaté en Algérie. C'était mon pays, ma terre d'enfance. D'un côté il y avait les gens comme moi, nés là-bas ; de l'autre, le peuple algérien qui voulait sa liberté. Imagine que tu doives choisir entre deux personnes que tu aimes qui se battent. C'était ça, mon coeur. Beaucoup voulaient que je crie un camp contre l'autre. Moi, je voulais d'abord qu'on arrête de tuer des innocents. On m'a reproché ce silence. Mais parfois, refuser la haine, c'est déjà une réponse.
Parfois, refuser la haine, c'est déjà une réponse.
—C'est quoi, « l'absurde », ce mot que tout le monde dit à propos de vous ?
Ah, le grand mot ! Ne sois pas impressionné, c'est plus simple qu'il en a l'air. L'absurde, c'est quand toi, tu cherches un sens à la vie, une raison... et que le monde, lui, reste muet. Il ne répond pas. Imagine que tu poses une question très importante à quelqu'un, et qu'il regarde ailleurs sans rien dire. Ce silence, ce décalage, c'est l'absurde. J'ai écrit ça en 1942, dans Le Mythe de Sisyphe. Sisyphe, c'est cet homme puni qui doit rouler un rocher en haut d'une montagne, et le rocher retombe toujours. Pour toujours. Et pourtant, je dis : il faut imaginer Sisyphe heureux.
Tu cherches un sens, le monde reste muet : c'est ça, l'absurde.
—Pourquoi vous dites que Sisyphe est heureux ? Il est puni, quand même !
Bonne question, ça m'a longtemps fait réfléchir. Oui, Sisyphe est puni : il pousse son rocher, et tout recommence. C'est sans fin. Mais écoute bien. Au moment où il redescend chercher son rocher, il est libre dans sa tête. Il sait. Il accepte. Et il continue quand même, sans baisser les yeux. C'est ça, sa victoire. Dans L'Étranger, la même année 1942, mon personnage Meursault vit un peu pareil : indifférent, étrange, mais vrai. Ce que je veux te dire, c'est que même sans réponse du ciel, tu peux tenir debout. Le bonheur, ce n'est pas que tout aille bien. C'est de ne pas mentir.
Le bonheur, ce n'est pas que tout aille bien : c'est de ne pas mentir.
—Pendant la guerre, vous faisiez quoi exactement pour résister ?
À cette époque, mon enfant, la France était occupée. Des soldats étrangers commandaient tout, et écrire la vérité pouvait te coûter la vie. Moi, je n'avais pas de fusil. J'avais une plume. J'écrivais dans un journal secret qui s'appelait Combat. On l'imprimait en cachette, on le distribuait la nuit. Imagine devoir cacher des feuilles de papier comme si c'était de l'or, parce que si on te trouvait, c'était la prison ou la mort. On appelle ça l'engagement : prendre parti, risquer quelque chose pour ce qui est juste. Je croyais qu'un mot vrai pouvait être plus fort qu'une arme.
Je n'avais pas de fusil : j'avais une plume.

—Votre livre sur la peste, ça parle vraiment d'une maladie ?
Oui et non, c'est malin de demander. La Peste, que j'ai publié en 1947, raconte une ville, Oran, frappée par une épidémie terrible. Les portes se ferment, les gens meurent, la peur s'installe. Mais en vérité, je parlais d'autre chose en même temps. La peste, c'était aussi l'Occupation, le mal qui s'abat sur un peuple. Imagine une ombre qui couvre toute une ville d'un coup. Ce qui m'intéressait, c'était les hommes qui, malgré tout, soignent, aident, restent ensemble. Face au malheur, on n'est pas obligé de fuir. On peut se serrer les coudes. Ça, c'est notre vraie force.
Face au malheur, on peut toujours se serrer les coudes.
—C'est vrai que vous vous êtes fâché avec un autre philosophe célèbre ?
Oui, et ça m'a fait beaucoup de peine, je te l'avoue. Il s'appelait Jean-Paul Sartre. On était amis, on discutait des nuits entières dans les cafés de Paris. Mais en 1952, on s'est brouillés. Pourquoi ? À cause d'un livre que j'avais écrit, L'Homme révolté. J'y disais qu'une révolte juste ne doit jamais écraser des innocents pour gagner. Lui n'était pas d'accord. Imagine deux amis qui s'aiment mais ne voient plus le monde de la même façon. Ça a fait grand bruit, tous les intellectuels en parlaient. On ne s'est jamais vraiment réconciliés. Se disputer avec un ami, c'est l'une des choses les plus dures qui soient.
Une révolte juste ne doit jamais écraser des innocents pour gagner.

—Pourquoi c'était si important pour vous, cette idée de « révolte » ?
Parce que la révolte, mon enfant, c'est ce qui nous rend dignes. Attention, je ne parle pas de tout casser. Je parle de dire « non » quand quelque chose est injuste. Tu vois un plus grand que toi qui embête un petit dans la cour ? Quelque chose en toi se dresse et dit : « ça, non. » C'est ça, la révolte. J'ai écrit que la révolte, même si elle ne sauve pas tout, peut sauver en l'homme sa dignité. Mais il y a une règle d'or : on ne combat pas le mal en devenant un monstre à son tour. Sinon, on a déjà perdu.
Dire « non » à l'injustice, c'est déjà tenir debout.
—Ça fait quoi de gagner le prix Nobel ? Vous étiez content ?
Content, oui, mais surtout très surpris ! C'était en 1957, et je n'avais que 43 ans. C'est jeune, tu sais, pour ce prix-là : on le donne souvent à de vieux messieurs après toute une vie. Le prix Nobel de littérature, c'est la plus grande récompense du monde pour un écrivain. On t'envoie une médaille, on prononce de grands discours. Mais moi, au fond, je pensais à ma mère qui ne savait presque pas lire, à mon enfance pauvre à Alger. Comment ce petit garçon sans le sou était-il arrivé là ? Ça me dépassait un peu. La gloire ne m'a jamais fait oublier d'où je venais.
La gloire ne m'a jamais fait oublier d'où je venais.
—C'est triste comme vous êtes mort... Vous écriviez encore un livre ?
Oui, et c'est là toute la mélancolie de l'histoire. Je suis mort en 1960, à Villeblevin, dans un accident de la route. J'avais 46 ans, c'est jeune, n'est-ce pas. Je n'ai pas eu le temps de finir. Dans les débris, on a retrouvé un manuscrit, des pages remplies de mon écriture : Le Premier Homme. C'était mon livre le plus intime, je racontais mon enfance, mon père que je n'avais jamais connu, ma mère silencieuse. Imagine un dessin magnifique qu'on arrête au beau milieu. Mais tu sais quoi ? Que vous lisiez encore mes mots aujourd'hui, ça, c'est ma vraie survie.
Un livre qu'on lit encore, c'est un auteur qui ne meurt pas tout à fait.
This imaginary interview was generated by artificial intelligence from sources documented in Albert Camus's profile. It dramatises what the figure might have said based on what we know about them, but does not constitute attested historical testimony. For primary sources and factual documentation, refer to the full profile.


