Imaginary interview

Imaginary interview with Alfred de Musset

by Charactorium · Alfred de Musset (1810 — 1857) · Literature · 6 min read

Imaginary interview generated by AI from documented sources.

Paris, un soir de la fin des années 1830. Dans un appartement du Quartier Latin où la lampe à huile fume encore, Alfred de Musset reçoit, redingote dénouée, le verre à portée de main. Il parle vite, l'ironie au bord des lèvres, la mélancolie juste derrière. Voici, rêvée, sa parole.

Comment un tout jeune homme se retrouve-t-il assis parmi les grands romantiques ?

J'avais dix-huit ans, presque rien, et l'on me faisait déjà une place auprès de Victor Hugo et de Théophile Gautier, dans ce petit Cénacle où l'on récitait des vers comme on prie. J'écoutais, j'admirais, et pourtant je me sentais d'une autre espèce. Ces messieurs voulaient bâtir des cathédrales, ressusciter le Moyen Âge, faire trembler l'Histoire sur les planches. Moi, je rêvais d'un sourire et d'une larme dans la même phrase. On me prenait pour un enfant gâté du Romantisme ; je l'étais peut-être, mais un enfant qui se moquait gentiment des solennités de ses aînés. J'ai compris très tôt que je ne serais jamais un prophète drapé dans son manteau. Tout au plus un farceur qui pleure.

Je rêvais d'un sourire et d'une larme dans la même phrase.

Pourquoi cette distance ironique, alors que vos amis prenaient le drame si au sérieux ?

Parce que je n'ai jamais cru qu'on guérissait du chagrin en le déclamant à pleine voix. Le grand drame historique, avec ses rois et ses échafauds, me semblait souvent un beau costume vide. J'ai préféré ce que j'appellerais l'ironie romantique : cette manière de sourire de soi-même au moment précis où l'on souffre le plus. Voyez-vous, on me reprochait ma légèreté ; mais ma légèreté est une politesse que je fais à mon désespoir. Quand Hugo faisait tonner ses tirades, je glissais une réplique qui faisait rire la salle, et trois lignes plus loin, le rire se changeait en serrement de gorge. C'est là, je crois, tout mon art : ne jamais laisser le lecteur certain de pleurer ou de sourire.

Ma légèreté est une politesse que je fais à mon désespoir.

Que diriez-vous de cette idée curieuse d'écrire des pièces destinées à un fauteuil plutôt qu'à une scène ?

Tout est parti d'une humiliation. En 1831, ma Nuit vénitienne fut sifflée ; une comédienne avait taché sa robe contre un décor fraîchement peint, et la salle riait de ma pièce comme de cette robe gâchée. J'ai juré de ne plus livrer mes enfants à ce tribunal de chahuteurs. Alors j'ai inventé autre chose : un théâtre qu'on lit au coin du feu, Un spectacle dans un fauteuil, publié en 1832. Mes personnages n'avaient plus besoin de planches ni de quinquets : ils jouaient dans la tête du lecteur, qui devenait à lui seul tout le parterre, le décorateur et l'acteur. Étrange liberté, croyez-moi : sans souci des entrées et des sorties, mes drames lyriques pouvaient changer de pays en une réplique, ce que jamais une vraie scène ne m'eût permis.

Mes personnages jouaient dans la tête du lecteur, qui devenait à lui seul tout le parterre.

Votre comédie « On ne badine pas avec l'amour » est aujourd'hui célèbre — fut-elle aimée dès le départ ?

Pas le moins du monde. Quand je l'ai écrite, en 1834, elle dormait dans un livre, parmi les autres pièces de fauteuil, et nul ne songeait à la dire tout haut. Il a fallu des années, presque l'oubli, pour qu'on s'aperçoive qu'elle vivait. Pourtant c'est là que j'ai mis ce que je sais de plus vrai sur les cœurs qui jouent à s'aimer et qui se perdent à force de ruse. Perdican y lance cette chose que je ne renie pas : « Perdre l'amour plutôt que de le trahir, voilà tout ce que je sais. Le reste m'est égal. Je ne veux pas être heureux ; je veux être aimé. » On a fini par la jouer au Théâtre-Français, et l'on m'a dit qu'elle entrerait dans les classes. Drôle de destin pour une pièce née sans théâtre.

Drôle de destin pour une pièce née sans théâtre.

Avec « Lorenzaccio », vous quittez le badinage pour la politique et la corruption. D'où vient ce drame florentin ?

De Florence, oui, mais surtout d'un dégoût qui était bien de mon temps. J'avais vu, en 1830, une révolution chasser un roi pour en couronner un autre, et le peuple rentrer chez lui les mains vides. Lorenzaccio, mon drame de 1834, c'est l'histoire d'un homme qui tue un tyran et qui découvre, le poignard encore tiède, que rien ne change : la cité retombe aussitôt sous un nouveau maître. Lorenzo se croyait un sauveur, il n'était qu'un meurtrier inutile. J'ai voulu peindre cette corruption qui souille même celui qui prétend la combattre, l'âme qui se salit à force de fréquenter le mal pour mieux le frapper. Aucune scène, alors, n'aurait osé monter cette fresque ; elle aussi est née pour le fauteuil, et c'est tant mieux, car elle y respire à l'aise.

Lorenzo se croyait un sauveur, il n'était qu'un meurtrier inutile.
Paul (1804-1880) et Alfred de Musset (1810-1857) enfants
Paul (1804-1880) et Alfred de Musset (1810-1857) enfantsWikimedia Commons, Public domain — Fortuné Dufau

Vos personnages parlent de liberté, mais aussi de lois. Où vous situez-vous vous-même entre les deux ?

Dans cet entre-deux inconfortable où j'ai toujours vécu. Il y a dans Lorenzaccio une parole qui pourrait être la mienne : « J'aime le peuple, et je veux que le peuple soit libre. Cependant je ne suis pas un ami de la liberté absolue ; je crois qu'il faut des lois. » Voyez le paradoxe : un romantique se défie de l'ivresse ! C'est que j'ai trop vu ce que devient la liberté quand elle n'a plus de digue : une foule qu'un nouveau maître ramasse au premier matin. Je me méfie autant des tyrans que des enthousiasmes. La liberté sans loi, c'est l'amour sans fidélité : une belle flamme qui brûle la maison. J'aime mieux une flamme qu'on sait tenir dans la lampe.

La liberté sans loi, c'est l'amour sans fidélité : une belle flamme qui brûle la maison.

Vous souvenez-vous de votre rencontre avec George Sand ?

Comment l'oublierais-je ? 1833, un dîner parisien, et soudain cette femme de neuf ans mon aînée, avec ses yeux immenses et sa réputation d'écrivain qui faisait scandale. J'avais vingt-trois ans et la sottise de croire que je connaissais déjà tout de l'amour. Je lui ai écrit des lettres dont la flamme me fait encore rougir ; je lui disais qu'elle était l'être le plus extraordinaire que j'eusse jamais connu, qu'une passion me dévorait et me détruisait tout à la fois. C'était vrai, et c'était ma perte. Nous étions deux orgueils qui se prenaient pour deux tendresses. De cette passion je tirerai, plus tard, La Confession d'un enfant du siècle — car un écrivain ne souffre jamais tout à fait pour rien : il garde toujours une plume cachée dans sa douleur.

Nous étions deux orgueils qui se prenaient pour deux tendresses.
Landelle, Charles - Alfred de Musset - Musée d'Orsay
Landelle, Charles - Alfred de Musset - Musée d'OrsayWikimedia Commons, Public domain — Charles Landelle

Votre voyage en Italie tourna mal. Que s'est-il passé là-bas ?

Venise, l'hiver 1834. Nous étions partis chercher le bonheur dans les canaux et nous y avons trouvé la fièvre. Je suis tombé gravement malade, alité des semaines durant, le front brûlant, l'esprit en déroute. George me soignait — et c'est précisément à mon chevet que notre amour a commencé de mourir. Rien n'use une passion comme la maladie : on se voit laid, on se voit faible, on devient injuste à force de dépendre de l'autre. La ville qui devait être un décor de fête s'est faite chambre de souffrance. J'en suis revenu vivant de corps, mais convaincu que les plus belles amours se défont moins par trahison que par lassitude, dans l'odeur des tisanes et des nuits sans sommeil.

Rien n'use une passion comme la maladie : on se voit laid, on se voit faible.

On vous décrit en dandy élégant, mais vos nuits passaient pour orageuses. Quel homme étiez-vous une fois la nuit tombée ?

Deux hommes, et c'est tout mon malheur. Le jour, le dandy soigné : la redingote sombre, la cravate nouée avec art, l'allure qu'il fallait pour traverser un salon sans baisser les yeux. La nuit, autre chose. Je me levais tard, je dînais peu, et je courais les théâtres, les cabarets, les soupers qui finissaient au petit matin dans la fumée et le vin. La bougie brûlait jusqu'au bout pendant que j'écrivais ou que je buvais — souvent les deux. Cette vie de bohème, on me l'enviait ; moi je sentais qu'elle me rongeait. Le dandy était un masque que je portais sur un homme qui se détruisait lentement, et qui le savait, ce qui est la pire des lucidités.

Le dandy était un masque que je portais sur un homme qui se détruisait lentement.

Ces excès ont-ils pesé sur votre œuvre autant que sur votre santé ?

Ils sont mon œuvre, hélas, autant que mon poison. On ne fait pas de bons vers avec de l'eau claire et des journées rangées — du moins n'y suis-je jamais parvenu. Ma mélancolie, ce fond de tristesse rêveuse que je traîne, je l'ai nourrie de toutes ces nuits où le plaisir laissait, au réveil, un goût de cendre. Mes poèmes oscillent comme moi : un éclat d'esprit, puis une chute dans le noir. Le mal qui usait mon corps versait son encre dans mes pages. Je ne le recommande à personne ; je dis seulement que ma douleur et ma plume ont longtemps bu au même verre, et que je n'ai jamais su séparer l'une de l'autre sans craindre de me taire tout à fait.

Ma douleur et ma plume ont longtemps bu au même verre.
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This imaginary interview was generated by artificial intelligence from sources documented in Alfred de Musset's profile. It dramatises what the figure might have said based on what we know about them, but does not constitute attested historical testimony. For primary sources and factual documentation, refer to the full profile.