Imaginary interview

Imaginary interview with Anne Frank

by Charactorium · Anne Frank (1929 — 1945) · Literature · 6 min read

Imaginary interview generated by AI from documented sources.

C'est dans l'Annexe du 263 Prinsengracht, un soir de l'été 1944, que Otto Frank s'assoit tout près de sa fille Anne, une fois les employés de l'entrepôt partis et les rideaux occultés. La lampe basse éclaire le cahier à carreaux rouge et blanc posé sur ses genoux ; deux étages plus bas, la radio chuchote encore les nouvelles de Londres. Père et fille se connaissent par cœur, mais ce soir Pim veut l'entendre parler de ce qu'elle écrit chaque jour, en silence, derrière la bibliothèque tournante. Il pose ses questions à voix basse, pour ne pas troubler le calme de la maison endormie.

Anne, je me souviens t'avoir offert ce cahier à carreaux pour tes treize ans, le 12 juin 1942. Pourquoi l'avoir aussitôt baptisé Kitty, comme une amie ?

Tu te rappelles, Pim, j'ai déchiré le papier avant même le petit-déjeuner. Un cahier rien qu'à moi, avec sa petite serrure — j'ai senti que je pourrais enfin tout dire. Mais un cahier reste muet tant qu'on ne lui donne pas un nom et un visage. Kitty, c'est devenu la confidente qui ne me juge jamais, celle à qui je raconte mes colères contre maman, mes rêves, mes bêtises. À toi, à Margot, je ne dirais pas la moitié de ces choses. Avec elle, je n'ai pas besoin de jouer la petite Anne sage que les autres veulent voir. Le soir, quand je lui écris, j'ai l'impression de respirer un peu plus grand que ces quelques pièces.

Kitty, c'est la confidente qui ne me juge jamais — à qui je dis ce que je tais à tout le monde.

Et ce stylo-plume auquel tu tenais tant, celui qui a fini brûlé dans le poêle — tu en as parlé comme d'un vrai chagrin. Pourquoi ?

Cela paraît ridicule, je sais : pleurer un stylo quand le monde brûle. Mais ce stylo, je l'avais depuis si longtemps qu'il connaissait ma main mieux que personne. Quand il a glissé dans le poêle avec les vieux haricots, j'ai eu l'impression de perdre un compagnon. Écrire n'est pas un passe-temps pour moi, Pim — c'est ma manière de tenir debout entre ces murs. Sans une plume entre les doigts, ces journées de silence m'écraseraient. Tu me vois griffonner des heures, et tu crois peut-être que je m'amuse ; en vérité, c'est là que je dépose tout ce que je ne peux dire à voix haute. Un stylo perdu, c'est un peu de cette liberté secrète qui s'en va en fumée.

Le jour, quand les hommes de l'entrepôt travaillent sous nos pieds, nous retenons jusqu'à nos toux. Comment supportes-tu, toi, ces longues heures de silence ?

C'est l'épreuve la plus dure, plus encore que la peur. De huit heures et demie jusqu'au soir, le moindre éternuement, une chasse d'eau, un éclat de rire peuvent nous trahir. Alors je m'allonge sur mon lit, je lis, j'apprends mes leçons par correspondance, j'écoute le tic-tac des heures qui n'en finissent pas. Mon corps voudrait courir, crier, et je dois le tenir immobile comme une statue. Le pire, c'est que mes pensées, elles, ne se taisent jamais — elles tournent, elles bouillonnent. Heureusement il y a Kitty : sur la page, je peux faire tout le bruit que ma bouche n'a pas le droit de faire. Quand enfin les employés s'en vont à cinq heures et demie, j'ai parfois envie de pleurer de soulagement.

Mon corps voudrait courir et crier, et je dois le tenir immobile comme une statue.

Derrière la bibliothèque que le père de Bep a fait pivoter pour cacher notre porte, nous vivons à huit. Toi qui partages ta chambre avec monsieur Pfeffer, où trouves-tu un coin à toi ?

Un coin à moi ? C'est presque un luxe introuvable, Pim. Partager ma chambre avec un dentiste de l'âge d'un grand-père, quand on a quinze ans, ce n'est pas exactement le rêve d'une jeune fille. Il a ses horaires, ses manies, sa table de travail dont il défend chaque centimètre. Alors je me suis fabriqué un refuge à ma façon : les photos de vedettes et de princesses punaisées au mur, mon cahier, les quelques livres qui sont vraiment miens. Quand la tension monte autour de la table, je me réfugie dans ma tête, là où personne ne peut entrer sans frapper. Cette bibliothèque tournante nous protège du dehors, mais à l'intérieur, c'est dans mes pages que je me cache vraiment du reste de l'Annexe.

Tu étais toute petite quand nous avons quitté Francfort en 1933 pour Amsterdam, fuyant ce qui montait là-bas. Que gardes-tu de cette Allemagne que nous avons laissée ?

Presque rien, Pim, et c'est peut-être une chance. J'avais quatre ans : il me reste des images floues, une maison, une lumière, ton visage plus jeune. Amsterdam, c'est là que j'ai grandi pour de bon, sur le Merwedeplein, à l'école Montessori avec mes amies. Le néerlandais est devenu ma langue, mes jeux, mes chansons. Longtemps j'ai cru que nous étions à l'abri, que la frontière nous protégeait de ce que tu avais fui. Je me sens hollandaise jusqu'au bout des doigts, même si un papier prétend le contraire. Ce qui me serre le cœur, c'est de comprendre maintenant que tu avais tout vu venir bien avant nous — et que cette sécurité que tu nous cherchais s'est refermée comme un piège, jusque dans cette ville que j'aimais.

Amsterdam (NL), Anne-Frank-Huis -- 2015 -- 7185
Amsterdam (NL), Anne-Frank-Huis -- 2015 -- 7185Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0 — Dietmar Rabich

On t'a chassée de ton école pour le lycée juif, puis cousu cette étoile sur ton manteau ; et la convocation de Margot a tout précipité. Comment as-tu vu l'étau se resserrer ?

Petit à petit, une interdiction après l'autre, comme on serre une corde sans qu'on s'en aperçoive tout de suite. D'abord plus de tramway, plus de piscine, plus de cinéma, ce trottoir-ci défendu, ce magasin-là interdit. Puis l'école publique fermée, et nous voilà au lycée juif, entre nous, comme mis à l'écart du monde. L'étoile jaune sur le manteau, c'était l'humiliation cousue à même le tissu : impossible de marcher sans être montrée du doigt. Mais le jour où la convocation est arrivée au nom de Margot, j'ai compris que ce n'était plus une gêne, c'était notre vie qu'on voulait. Tu avais préparé l'Annexe en secret ; en deux jours, nous avons disparu. J'ai laissé derrière moi mon chat, mes amies, mon enfance, sans pouvoir dire adieu.

L'étoile jaune sur le manteau, c'était l'humiliation cousue à même le tissu.

En mars, à la radio de Londres, le ministre Bolkestein a demandé qu'on conserve les journaux et les lettres de cette guerre. Je t'ai vue changer après cela. Qu'as-tu décidé ?

Ce soir-là, devant le poste, j'ai senti quelque chose s'allumer en moi. Le ministre disait que l'histoire vraie ne s'écrirait pas seulement avec les documents officiels, mais avec nos carnets, nos lettres, nos voix ordinaires. Et j'ai pensé : mais c'est exactement ce que je fais chaque soir avec Kitty ! Soudain mon journal n'était plus seulement le mien — il pouvait servir, témoigner, raconter ce que huit cachés ont vraiment vécu ici. Alors j'ai entrepris de tout reprendre, de recopier, de corriger, d'enlever les longueurs, d'imaginer un livre que j'appellerais Het Achterhuis. Tu me trouves bien ambitieuse, je le vois à ton sourire. Mais pour la première fois, ce que j'écris en cachette a peut-être un avenir au grand jour.

Ansichtkaart op de plaatjeswand in de kamer van Anne Frank met afbeelding van Rembrandts Portrait of an old man, niet gedateerd
Ansichtkaart op de plaatjeswand in de kamer van Anne Frank met afbeelding van Rembrandts Portrait of an old man, niet gedateerdWikimedia Commons, Public domain — Rembrandt

Tu ne remplis pas seulement Kitty : il y a aussi tes contes, tes petites histoires de l'Annexe. Oses-tu déjà rêver d'en faire un jour ton métier ?

Oui, Pim, et je n'ose le dire qu'à toi. À côté du journal, j'écris des contes, des fables, des souvenirs de mon enfance d'avant — un petit monde que personne ne peut m'enlever. J'aimerais devenir écrivaine, ou journaliste, avoir des lecteurs, laisser une trace qui dure plus longtemps que moi. Quand j'écris, je me débarrasse de tout, mon chagrin disparaît, mon courage renaît. Mais voilà la question essentielle : serai-je jamais capable d'écrire quelque chose de grand, deviendrai-je jamais journaliste ou écrivaine ? Je ne le sais pas encore. Ce que je sais, c'est que je ne veux pas avoir vécu pour rien, mourir comme tant de gens en n'ayant servi à personne. Écrire, c'est ma façon de continuer à vivre même quand tout est fermé.

Serai-je jamais capable d'écrire quelque chose de grand, deviendrai-je jamais journaliste ou écrivaine ?

Ces visages de vedettes et de princesses que tu as punaisés au mur de ta chambre — pourquoi tenais-tu tant à les coller là, malgré l'exiguïté ?

Parce qu'un mur nu, dans une pièce où l'on ne peut même pas ouvrir la fenêtre, c'est désespérant. J'ai apporté mes photos de stars de cinéma, des princesses, de jolies images découpées, et je les ai fixées au-dessus de mon lit. C'est puéril, peut-être, mais quand je m'éveille, au lieu d'un plâtre triste, je vois des sourires, des robes, un peu du monde qui continue dehors sans nous. Chaque visage est une petite fenêtre que les nazis n'ont pas pu murer. Maman trouve cela frivole ; moi, j'y tiens comme à un jardin secret. Dans une vie aussi rétrécie, il faut bien se fabriquer un coin de beauté, sinon le gris finirait par tout avaler, jusqu'à l'envie de rire.

Chaque visage au mur est une petite fenêtre que les nazis n'ont pas pu murer.

Nous ne sommes pas seuls : des milliers d'onderduikers vivent cachés comme nous à travers le pays. D'où te vient, à toi, cette espérance que tu gardes malgré tout ?

Je ne sais pas toujours, Pim. Il y a des nuits où j'entends les avions, où je pense à tous ces gens raflés, déportés, et où je voudrais disparaître sous mes couvertures. Je vois le monde se transformer peu à peu en un désert, j'entends le grondement du tonnerre approchant qui détruira tout, je ressens la souffrance de millions de gens. Et pourtant, quand je regarde le ciel, je pense que tout ira bien. Je crois, au fond, que les gens sont bons malgré tout — sinon, comment expliquer Miep, Bep, ceux qui risquent leur vie pour nous nourrir ? Tant qu'il me reste ce bout de ciel par la lucarne et ce cahier sur mes genoux, je refuse de croire que la cruauté aura le dernier mot.

Quand je regarde le ciel, je pense que tout ira bien.
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This imaginary interview was generated by artificial intelligence from sources documented in Anne Frank's profile. It dramatises what the figure might have said based on what we know about them, but does not constitute attested historical testimony. For primary sources and factual documentation, refer to the full profile.