Imaginary interview with Anne Frank
by Charactorium · Anne Frank (1929 — 1945) · Literature · 5 min read
Amsterdam, été 1944. Au fond d'un immeuble de commerce du 263 Prinsengracht, derrière une bibliothèque qui pivote sur ses gonds, une adolescente de quinze ans nous reçoit dans la pénombre d'une pièce aux fenêtres masquées. Un cahier à carreaux rouge et blanc posé sur ses genoux, Anne Frank accepte de parler — à voix basse, car en bas, dans l'entrepôt, les employés travaillent encore.
—Ce cahier à carreaux que vous tenez là, comment est-il entré dans votre vie ?
Le 12 juin 1942, pour mes treize ans, on m'a offert ce cahier recouvert d'un tissu à carreaux rouge et blanc, fermé par une petite serrure. Je l'ai aimé aussitôt, plus que tous mes autres cadeaux. Très vite, je n'ai plus traité ce carnet comme un simple objet : je lui ai donné un nom, Kitty, et je me suis mise à lui écrire comme à une amie à qui l'on confie tout, sans honte ni détour. C'est étrange, peut-être, qu'une fille parle ainsi à des pages blanches. Mais je n'avais personne à qui dire ces choses-là — ni mes peurs, ni mes colères contre maman. Kitty, elle, ne m'interrompait jamais. Elle écoutait.
—Avant de disparaître dans cette cachette, qu'est-ce qui vous a fait basculer dans la clandestinité ?
Avant l'Annexe, il y a eu l'étoile jaune. Dès le printemps 1942, tous les Juifs de plus de six ans devaient la coudre bien en vue sur leurs vêtements — un morceau de tissu qui vous désignait dans la rue comme un être à part. Puis les interdictions sont tombées, l'une après l'autre : plus de tramway, plus de cinéma, le couvre-feu, le lycée juif obligatoire. Mais ce qui a tout précipité, c'est la convocation reçue par ma sœur Margot — un papier la sommant de se présenter pour un prétendu travail en Allemagne. Nous savions ce que ce mot cachait. Le lendemain, nous plongions. On ne répond pas à une convocation pareille ; on disparaît.
On ne répond pas à une convocation pareille ; on disparaît.
—Que signifie, concrètement, vivre caché jour après jour dans ces quelques pièces ?
Notre cachette avait une règle d'airain : de huit heures et demie à dix-sept heures trente, quand les employés de l'entrepôt travaillaient juste sous nos pieds, le moindre bruit pouvait nous trahir. Une toux, un éternuement, une chasse d'eau tirée au mauvais moment, et tout s'effondrait. Imaginez huit personnes retenant leur souffle des journées entières, marchant en chaussettes, n'osant même pas remplir une casserole. J'ai appris à lire allongée sur mon lit, à étudier sans faire grincer une chaise. Le silence, qui devrait être un repos, devenait une discipline épuisante. Le soir, quand les ouvriers partaient enfin, c'était comme si la maison entière recommençait à respirer avec nous.
—Comment cette cachette est-elle agencée, et comment tient-on à huit dans si peu d'espace ?
La porte de notre refuge est dissimulée derrière une bibliothèque pivotante, fabriquée par l'un de nos protecteurs : on la fait tourner pour entrer, et de l'extérieur il n'y a qu'un rayonnage banal chargé de classeurs. Derrière, quelques pièces exiguës sur deux niveaux, les fenêtres occultées en permanence pour qu'aucune lumière, aucun regard ne filtre. Je partage ma chambre avec Fritz Pfeffer, un dentiste arrivé après nous — un homme méthodique avec qui il faut négocier chaque heure passée à écrire à la petite table. Vivre à huit dans si peu d'espace, c'est apprendre par cœur les nerfs des autres. On finit par reconnaître le bruit de chaque pas dans l'escalier.
—Que vous apporte le fait d'écrire, dans un tel enfermement ?
Écrire n'a jamais été pour moi un passe-temps de jeune fille. Ici, c'est une délivrance. Je l'ai confié à Kitty un jour d'avril 1944 : « Quand j'écris, je me débarrasse de tout, mon chagrin disparaît, mon courage renaît. Mais voilà la question essentielle : serai-je jamais capable d'écrire quelque chose de grand, deviendrai-je jamais journaliste ou écrivaine ? » Voilà exactement ce que je ressens. Quand les disputes éclatent à table, quand la peur me serre la gorge, je monte retrouver mes pages et la tempête se calme. Le papier ne juge pas. Il prend tout — la honte, la rage, l'espoir ridicule — et me le rend allégé.

—Comment êtes-vous passée d'un simple journal intime à l'idée d'un véritable livre ?
En mars 1944, nous avons entendu à la radio un appel de Gerrit Bolkestein, le ministre de l'Éducation réfugié à Londres. Il demandait que l'on conserve les journaux, les lettres, les témoignages ordinaires, car l'Histoire, disait-il, ne s'écrit pas seulement avec des documents officiels. Cet appel m'a bouleversée. J'ai compris d'un coup que mon cahier à carreaux pouvait être bien davantage qu'un secret de jeune fille. Alors je me suis mise à relire, corriger, recopier mes pages sur des feuilles volantes, choisissant mes mots avec plus de soin, comme on prépare un ouvrage. J'avais déjà le titre en tête : Het Achterhuis, l'Arrière-maison.
Mon cahier à carreaux pouvait être bien davantage qu'un secret de jeune fille.
—Vous n'écrivez pas que votre journal, dit-on — que sont ces autres pages ?
Le journal n'est pas tout. J'écris aussi des contes, des fables, de petits souvenirs d'enfance — mes histoires, comme je les appelle, que je rêve de rassembler un jour dans un recueil. C'est une autre manière de m'évader de ces murs. J'ai un stylo-plume auquel je tiens énormément, fidèle compagnon de toutes ces pages. Le jour où il a fini par tomber dans le poêle et brûler, je l'ai pleuré presque comme un ami ; j'ai même rédigé une petite oraison funèbre en son honneur. Cela vous paraîtra futile. Mais quand on ne possède presque rien, le moindre objet devient précieux, et une plume qui court sur le papier, c'est déjà un peu de liberté.

—Quel lien gardez-vous avec le monde du dehors depuis votre cachette ?
Notre seul fil avec l'extérieur, c'est le poste de radio. Le soir, après le départ des employés, nous descendons au bureau et nous nous serrons autour de l'appareil pour écouter la BBC et Radio Orange, la voix des Pays-Bas libres. Chaque communiqué est scruté, pesé, commenté pendant des heures : où en sont les Alliés, combien de kilomètres encore, combien de mois. C'est de l'espoir en conserve, distribué à doses minuscules. Entendre cette voix nous rappelle qu'au-delà des fenêtres masquées, un autre monde continue d'exister — et qu'il ne nous a peut-être pas tout à fait oubliés.
C'est de l'espoir en conserve, distribué à doses minuscules.
—Que représente pour vous l'annonce du débarquement de Normandie ?
Le 6 juin 1944, la radio a annoncé le débarquement en Normandie. Quelle journée ! Dans l'Annexe, nous osions à peine y croire — la libération, enfin, semblait possible, peut-être même avant la fin de l'année. Cet été-là, malgré la peur qui ne nous quitte jamais, je garde une étrange confiance. J'ai écrit à la mi-juillet : « Je vois le monde se transformer peu à peu en un désert, j'entends le grondement du tonnerre approchant qui détruira tout, je ressens la souffrance de millions de gens et pourtant, quand je regarde le ciel, je pense que tout ira bien. » Je le pense vraiment. Même cachée, je n'ai jamais cessé de regarder le ciel.
—Comment décririez-vous la peur qui accompagne cette existence dissimulée ?
Nous sommes ce que l'on appelle en néerlandais des onderduikers — littéralement ceux qui « plongent sous l'eau », qui s'effacent de la surface du monde pour échapper aux rafles. Nous ne sommes pas seuls : des milliers de Juifs se cachent ainsi aux Pays-Bas, chez des inconnus, dans des greniers, des fermes, des arrière-boutiques. La nuit, j'entends en pensée le bruit des bottes, la razzia qui emporte des familles entières vers Westerbork, puis vers l'Est. Vivre caché, c'est vivre suspendu : reconnaissant d'être encore là, et rongé de culpabilité de l'être quand tant d'autres ne le sont plus. La peur d'être découvert ne s'endort jamais tout à fait.
This imaginary interview was generated by artificial intelligence from sources documented in Anne Frank's profile. It dramatises what the figure might have said based on what we know about them, but does not constitute attested historical testimony. For primary sources and factual documentation, refer to the full profile.


