Kids interview Annie Oakley
by Charactorium · Annie Oakley (1860 — 1926) · Performing Arts · Sports · Society · 5 min read

Deux eleves de douze ans visitent ce matin-la une exposition sur la conquete de l'Ouest. Devant une vieille affiche, une petite dame en jupe longue et grand chapeau les invite a s'asseoir. C'est Annie Oakley, et elle a promis de tout leur raconter.
—Vous mangiez quoi le matin, quand vous etiez petite dans votre ferme ?
Ah, mon enfant, on ne mangeait pas grand-chose ! Je suis nee en 1860 dans le comte de Darke, en Ohio, dans une famille pauvre de quakers. Mon pere est mort quand j'etais toute petite. Alors, des huit ans, je partais avec un fusil dans les bois. Je chassais le lapin, la caille, la perdrix. Imagine une gamine qui rentre le soir avec du gibier pour toute la famille : c'etait ca, mon petit-dejeuner, il fallait d'abord le tuer ! J'ai meme rembourse comme ca l'hypotheque de la ferme de ma mere. Tu vois, j'ai appris a viser juste parce qu'on avait faim.
J'ai appris a viser juste parce qu'on avait faim.
—C'est vrai que vous avez rencontre votre mari pendant un concours de tir ?
C'est vrai, et quelle histoire ! J'avais a peine quinze ans. Pres de Cincinnati, un tireur professionnel appele Frank Butler avait parie que personne de la region ne pouvait le battre. On m'a inscrite, cette petite fille de la campagne. Imagine sa tete quand il a vu son adversaire ! On a tire, cible apres cible. Je l'ai battu d'une seule cible, une seule ! Il etait vexe, mais aussi... comment dire... charme. Il m'a courtisee, puis epousee. Et le plus drole : cet homme que j'avais battu est devenu mon assistant et mon impresario pour toute ma vie.
Je l'ai battu d'une seule cible, et il est devenu mon mari.
—Comment on vous a donne ce surnom de Little Sure Shot ?
C'est une belle histoire, et elle me touche encore. En 1884, un grand chef sioux, Sitting Bull, est venu voir mon tir. Tu sais, un Wild West Show, c'est un spectacle itinerant qui rejoue la conquete de l'Ouest, avec des cow-boys et des Indiens. Sitting Bull a ete si emerveille par ma precision qu'il a voulu m'adopter, comme une fille. Il m'a appelee Watanya Cicilla. Les organisateurs ont traduit ca par Little Sure Shot, la Petite Visee Sure. Ce nom m'a suivie sur toutes les affiches. Imagine : une petite femme de l'Ohio, baptisee par un grand chef guerrier.
Un grand chef sioux m'a nommee, et ce nom ne m'a jamais quittee.
—C'etait quoi votre numero le plus impressionnant sur scene ?
Oh, j'en avais beaucoup ! Le public retenait son souffle. Je tirais une cigarette tenue entre les levres de Frank, mon mari. Une balle, pfft, et la cendre sautait ! J'eteignais aussi la flamme d'une bougie d'un seul coup. Et je criblais de balles des cartes a jouer lancees en l'air. Tu sais, aux Etats-Unis, on a longtemps appele un billet gratuit an Annie Oakley, parce qu'il etait perce de trous comme mes cartes ! Mais ecoute-moi bien : derriere le spectacle, il y avait des heures et des heures de travail. La chance, ca n'existe pas au tir.
La chance, ca n'existe pas au tir : il n'y a que le travail.
—Vous avez vraiment tire devant des rois et des reines ?
Devant les plus grands, mon enfant ! En 1887, nous sommes alles a Londres pour le jubile de la reine Victoria. Elle m'a regardee tirer, moi, la petite chasseuse de l'Ohio ! Puis, en 1889, nous voila a Paris, pour l'Exposition universelle, avec cette tour Eiffel toute neuve qui montait dans le ciel. Imagine le chemin parcouru : le matin je chassais le lapin pour survivre, et voila que des monarques d'Europe applaudissaient. On raconte meme qu'a Berlin, j'aurais fait sauter la cendre d'une cigarette tenue par le futur Kaiser. Je n'ai jamais oublie d'ou je venais.
Le matin je chassais pour survivre, et un jour des reines m'applaudissaient.

—C'etait dur d'etre une femme dans un sport reserve aux hommes ?
Dur, oui, mais quelle joie de leur prouver le contraire ! A mon epoque, on disait qu'une femme ne pouvait pas manier une arme comme un homme. Alors un jour, j'ai touche 4 472 cibles de verre sur 5 000, en une seule journee. Ces cibles, ce sont des billes de verre lancees en l'air par une machine. Imagine tenir un fusil des heures durant, sans faiblir ! Je cousais moi-meme mes costumes, des jupes longues, pour montrer qu'on pouvait etre une dame respectable ET la meilleure tireuse du monde. Les deux ne se battent pas, mon enfant.
On peut etre une dame respectable et la meilleure tireuse du monde.
—Pourquoi vous vouliez apprendre a tirer aux autres femmes ?
Parce que je croyais, du fond du coeur, que chaque femme doit savoir se defendre. J'ai initie des milliers de femmes au maniement des armes. Et en 1898, quand la guerre avec l'Espagne menacait, j'ai ecrit au president McKinley. Je lui ai propose de lever une compagnie de cinquante dames tireuses d'elite, qui fourniraient leurs propres armes ! On ne m'a pas ecoutee, tu penses bien. Mais je voulais dire une chose simple : une femme n'est pas fragile par nature. Elle l'est parce qu'on ne lui apprend rien. Moi, j'ai voulu leur apprendre.
Une femme n'est pas fragile par nature : elle l'est parce qu'on ne lui apprend rien.

—On a dit des mensonges sur vous dans les journaux ? Ca a du faire mal.
Tres mal, mon enfant. En 1903, les journaux d'un homme puissant, William Randolph Hearst, ont ecrit que j'avais ete arretee pour un vol, afin d'acheter de la cocaine. C'etait entierement faux ! Une autre femme avait donne mon nom. Mais mon nom, vois-tu, c'etait tout mon honneur. Alors je me suis battue, non pas au fusil cette fois, mais devant les tribunaux. J'ai intente une cinquantaine de proces, dans tout le pays. Cela a dure des annees, jusqu'en 1910. J'en ai gagne la plupart. Je defendais ma reputation, mais aussi celle de toutes les femmes qu'on salit sans preuve.
Mon nom, c'etait tout mon honneur, alors je me suis battue pour lui.
—Pourquoi vous n'avez pas juste laisse tomber les proces ? C'etait fatigant, non ?
Fatigant, tu n'imagines pas ! Voyager de ville en ville, encore et encore, pour repeter la meme verite devant des juges. J'aurais pu tout arreter, empocher un peu d'argent et me taire. Mais tu sais quoi ? Une accusation mensongere, si on la laisse vivre, elle grandit. Les gens finissent par y croire. Je me suis dit : si moi, la celebre Annie Oakley, je baisse les bras, quelle femme ordinaire osera se defendre ? Alors j'ai tenu bon. Le tir m'avait appris la patience. On ne gagne pas un concours d'un seul coup ; on gagne cible apres cible.
Un mensonge qu'on laisse vivre finit par grandir.
—Si on pouvait vous voir aujourd'hui, qu'est-ce qu'on remarquerait en premier ?
Une petite femme, plus petite que tu ne l'imagines, avec un grand chapeau orne d'une etoile ! En 1901, un grave accident de train m'a blessee au dos. On raconte que mes cheveux ont blanchi d'un coup, sous le choc. J'ai subi plusieurs operations. Mais je suis remontee sur scene, et j'ai continue a tirer juste jusqu'a un age avance. Ce que je voudrais que tu retiennes, mon enfant, ce n'est pas mon adresse. C'est ceci : je suis partie d'une ferme sans le sou, et je n'ai jamais laisse personne decider a ma place ce qu'une fille pouvait faire. Vise haut, toujours.
Ne laisse jamais personne decider a ta place ce qu'une fille peut faire.
This imaginary interview was generated by artificial intelligence from sources documented in Annie Oakley's profile. It dramatises what the figure might have said based on what we know about them, but does not constitute attested historical testimony. For primary sources and factual documentation, refer to the full profile.


