Imaginary interview with Artemis
by Charactorium · Artemis · Mythology · 6 min read
On ne rencontre pas Artémis dans un palais, mais à la lisière, là où la forêt mange la lumière du jour. Elle s'est arrêtée au bord d'une clairière du mont Taygète, l'arc encore à l'épaule, ses chiennes haletant à ses pieds. Elle accepte de répondre tant que dure le crépuscule — après, dit-elle, le ciel l'attend.
—Commençons par le commencement. Que pouvez-vous dire de votre venue au monde ?
Ma mère Léto errait, traquée, sans une terre pour la recevoir. Seule Délos, l'île flottante, a osé l'accueillir. J'y suis née d'abord — et l'on raconte que, à peine venue, j'ai aidé ma mère à mettre au monde mon frère Apollon. Voilà pourquoi les femmes en couches m'appellent : j'ai connu la douleur de l'enfantement avant même d'avoir grandi. Hésiode le dit simplement, que Léto enfanta Apollon et moi, fruits de son union avec Zeus qui porte l'égide. Mon frère et moi sommes deux faces d'une même lumière : à lui le jour éclatant, à moi la clarté froide de la nuit. Nous ne nous quittons jamais tout à fait, même quand le ciel nous sépare.
À lui le jour éclatant, à moi la clarté froide de la nuit.
—On raconte que, toute jeune, vous avez demandé une faveur singulière à votre père Zeus. Vous en souvenez-vous ?
J'étais une enfant assise sur ses genoux, et il m'a offert ce que je voudrais. Les autres auraient demandé un époux, un trône, des fils. Moi, j'ai demandé de rester vierge à jamais — non par mépris du mariage, mais parce que je voulais m'appartenir. Je voulais les montagnes plutôt que la chambre nuptiale, l'arc plutôt que le fuseau, mes nymphes plutôt qu'un maître. Zeus a souri et m'a accordé tout cela. C'est pour cela que les jeunes filles grecques, au seuil de leur vie de femme, viennent vers moi : elles savent que j'ai préservé en moi quelque chose qu'on ne reprend jamais. La liberté, voyez-vous, n'est pas un refus. C'est un serment qu'on tient contre le monde entier.
La liberté n'est pas un refus. C'est un serment qu'on tient contre le monde entier.
—Parlons de vos armes. Comment décririez-vous cet arc que l'on vous prête toujours ?
Mon arc est d'or, et mes flèches aussi — l'hymne qu'on me chante parle de la fille de Zeus aux flèches d'or, qui aime le fracas de la chasse. Ce n'est pas un ornement. C'est un prolongement de ma main, aussi sûr que mon regard. Je porte un chiton court, taillé pour la course, et le carquois ne quitte jamais mon épaule : une déesse de la chasse ne se laisse jamais surprendre désarmée. Quand je relâche la corde, l'animal ne souffre pas longtemps — je n'aime ni la cruauté ni le gaspillage. Mes chiennes débusquent, je vise, la flèche part. Il y a dans ce geste une justice : je prends ce dont la forêt peut se passer, et je punis qui prend davantage.
—Et la nuit venue, que devenez-vous ?
Quand le soleil de mon frère s'éteint, je monte sur mon char d'argent que tirent des chevaux blancs, et je parcours le ciel. Le croissant de lune que l'on me met au front n'est pas un bijou : c'est ma charge. Je veille sur les voyageurs égarés, sur les marins qui guettent une lueur, sur les jeunes filles qui dorment. Parfois je descends dans les forêts avec une torche enflammée, et l'on me nomme alors la déesse-torche, reine des carrefours. La nuit n'est pas le règne de la peur, comme le croient les hommes des villes. Pour qui connaît les sentiers, elle est la part du monde où l'on est enfin seul avec soi. J'aime ce silence où l'on n'entend que le pas des bêtes.
La nuit n'est pas le règne de la peur : c'est la part du monde où l'on est enfin seul avec soi.
—Venons-en à une histoire plus sombre. Que s'est-il passé avec le chasseur Actéon ?
Il s'était égaré, dit-on, et m'a surprise au bain, nue dans une source, mes nymphes autour de moi. Je n'ai pas crié. J'ai pris l'eau dans le creux de ma main et je la lui ai jetée au visage — et déjà ses bois poussaient sous mes doigts, son cou s'allongeait, ses jambes se faisaient pattes. Actéon est devenu le cerf qu'il traquait. Ses propres chiens, qui ne reconnaissaient plus leur maître, l'ont mis en pièces. On me trouve cruelle. Mais comprenez : il n'y a pas de hasard qui justifie qu'on profane le sacré. Ce qui m'appartient — mon corps, mes forêts, mes bêtes — n'est pas offert au regard de qui passe. La transgression appelle le châtiment, et le mien ne tremble jamais.
Actéon est devenu le cerf qu'il traquait.

—Pourquoi punir si durement ceux qui s'en prennent aux animaux ou à la forêt ?
Parce que la nature sauvage n'a d'autre défenseur que moi. Le cerf et la biche sont mes créatures, et qui les tue sans nécessité, par pure vanité de chasseur, m'insulte directement. Les hommes croient que la forêt leur est donnée pour qu'ils la vident. Je leur rappelle qu'elle a une gardienne. Sur les pentes du mont Citéron, comme dans les bois d'Arcadie, mes rituels enseignent qu'on ne prend qu'avec mesure et qu'on rend grâce avant de partir en chasse. Celui qui respecte cet ordre a ma faveur — j'accorde aux chasseurs pieux une main heureuse. Celui qui le brise apprend, comme Actéon, que la proie peut devenir chasseresse. Je ne protège pas les bêtes par tendresse. Je les protège parce qu'elles sont l'équilibre du monde.
—Vous êtes aussi celle vers qui se tournent les jeunes filles. Que se passait-il dans votre sanctuaire de Brauron ?
À Brauron, en Attique, les petites Athéniennes venaient à moi avant de quitter l'enfance. On les appelait mes petites ourses. Elles dansaient, vêtues de safran, et apprenaient à laisser derrière elles l'âge des jeux pour entrer dans l'âge des femmes. C'est un passage redoutable, et j'en suis la gardienne : je protège la jeune fille à ce seuil fragile, puis je protège la femme quand vient l'heure d'enfanter. Les mères m'offraient des vêtements, parfois ceux des mortes en couches. Voyez l'étrangeté de mon domaine : moi qui ne connaîtrai jamais la maternité, je veille sur toutes celles qui la traversent. C'est peut-être pour cela qu'elles me font confiance — je n'ai rien à leur prendre, rien à leur envier.
Moi qui ne connaîtrai jamais la maternité, je veille sur toutes celles qui la traversent.

—Que diriez-vous à une jeune fille qui s'approche de vous pour la première fois ?
Je lui dirais de ne pas avoir peur de la forêt en elle. On apprend aux filles à se faire petites, douces, disponibles. Moi je leur montre l'autre voie : celle des Amazones, ces femmes qui montaient à cheval et tendaient l'arc sans demander la permission d'aucun homme. Je ne demande pas qu'on me ressemble en tout — toutes ne resteront pas vierges, toutes ne chasseront pas. Mais qu'elles gardent, au fond d'elles, un territoire qui n'appartient qu'à elles. Qu'elles viennent à Brauron comme on vient reconnaître sa propre force. Le carquois que je porte, chacune en possède un, invisible : c'est la part d'elle-même qu'aucun mariage, aucune loi, aucun père ne doit pouvoir saisir.
—Vous évoquez souvent Apollon. Comment vivez-vous ce lien avec votre frère jumeau ?
Nous sommes nés du même ventre, à un souffle d'intervalle, et pourtant nos royaumes ne se touchent qu'au crépuscule et à l'aube. Lui règne sur Délos avec ses oracles, sa lyre, le grand soleil ; moi je règne sur les montagnes ombreuses et les îles battues par les vents. Les Grecs aiment nous représenter ensemble, et c'est juste : nous formons le cercle entier du temps, le jour et la nuit, le chant et le silence. Mais ne croyez pas que je vive dans son ombre. J'ai reçu de mon père une lumière égale à celle de mon frère. Simplement, la mienne ne brûle pas — elle éclaire. C'est une autre manière de régner que d'illuminer sans aveugler.
—Pour finir : avec les siècles, on pourrait croire que votre serment de virginité vous a isolée. Le ressentez-vous ainsi ?
Isolée ? Je n'ai jamais été seule. J'ai mes nymphes, mes chiennes, les cerfs qui traversent mes clairières, et ce ciel que je parcours chaque nuit. Les poètes — ceux d'Alexandrie, plus tard, qui ont composé tant d'hymnes à mon nom — ont compris que mon célibat n'était pas un manque mais une plénitude. On me croit farouche parce que je vis loin des cités, dans les forêts vierges où nul ne commande. Mais la solitude que j'ai choisie est habitée. Je préfère le froid de la lune à la chaleur des chambres closes, et la liberté du sentier à la sécurité des murs. Les hommes ont peur de cela chez une femme. Qu'ils aient peur. Je ne change pas mon serment pour leur tranquillité.
La solitude que j'ai choisie est habitée.
This imaginary interview was generated by artificial intelligence from sources documented in Artemis's profile. It dramatises what the figure might have said based on what we know about them, but does not constitute attested historical testimony. For primary sources and factual documentation, refer to the full profile.


