Imaginary interview

Imaginary interview with Buffon

by Charactorium · Buffon (1707 — 1788) · Sciences · 5 min read

Imaginary interview generated by AI from documented sources.

Octobre 1782. La tour de Montbard se dresse au-dessus des jardins en terrasses que le maître a lui-même dessinés ; dedans, dans le silence d'un cabinet sans livres, un vieil homme en robe de chambre repose sa plume. À soixante-quinze ans, le comte de Buffon accepte de parler de la Terre, des bêtes et du fer.

Comment en êtes-vous venu à faire chauffer des boulets de fer pour interroger l'âge du monde ?

Tout savant qui veut peser le temps doit d'abord trouver une horloge, et la mienne, je l'ai trouvée dans mes propres forges de Montbard. J'ai fait porter au feu des boulets de différentes grosseurs, puis j'ai posé ma main dessus, jour après jour, pour saisir l'instant où le métal cessait de brûler la chair, puis celui où il rejoignait la fraîcheur de l'air. De ces refroidissements, j'ai tiré une proportion : si une masse de fer met tant à se figer, le globe entier, immense, en a mis bien davantage. J'en ai conclu que la Terre comptait au moins 75 000 ans, et j'ai consigné cela dans Les Époques de la nature. Voilà comment un maître de forge devient mesureur de siècles : non par révélation, mais par la patience du creuset.

Tout savant qui veut peser le temps doit d'abord trouver une horloge, et la mienne, je l'ai trouvée dans mes forges.

Cette estimation a-t-elle suscité des résistances de votre vivant ?

On ne défie pas impunément la chronologie des Écritures. En 1751, messieurs de la faculté de théologie de la Sorbonne m'ont fait savoir leur déplaisir, car mon globe vieux de soixante-quinze millénaires renversait le calcul commode qui ramenait le monde à six mille ans. J'ai fait amende, comme il convient à un homme qui tient à publier la suite de son Histoire naturelle — mais croyez bien que je n'ai rien retranché à mes boulets ni à mes proportions. Un naturaliste doit savoir plier la phrase sans courber le raisonnement. La Nature, elle, ne consulte pas les docteurs ; elle se refroidit à son rythme, et nul anathème n'a jamais réchauffé une masse de fer d'un seul degré.

Un naturaliste doit savoir plier la phrase sans courber le raisonnement.

Vous souvenez-vous de l'état du Jardin du Roi quand vous en avez pris la charge ?

Quand on me nomma intendant du Jardin du Roi en 1739, ce n'était qu'un jardin de simples, où l'on cultivait des herbes médicinales pour les apothicaires du voisinage. J'y ai vu autre chose : la place d'un véritable foyer de science, capable d'attirer l'Europe entière. J'ai donc fait acheter les terrains alentour, presque doublé la superficie, ouvert des allées, agrandi les serres. Et surtout j'ai garni le cabinet de tout ce que les vaisseaux et les voyageurs me rapportaient : minéraux, coquillages, bêtes des Indes et des Amériques. Près de cinquante années de ma vie auront passé là. Je n'ai pas planté des fleurs, monsieur : j'ai bâti une institution.

Je n'ai pas planté des fleurs, monsieur : j'ai bâti une institution.

Que représentait pour vous ce cabinet où s'entassaient tant de spécimens venus du monde entier ?

Mon cabinet de curiosités était le plus riche d'Europe, et je le dis sans fausse modestie, car cette richesse n'était pas la mienne mais celle du savoir. Imaginez des galeries où voisinent un fossile arraché à la pierre, le squelette d'un grand quadrupède, des cristaux et des oiseaux des îles que nul Parisien n'avait jamais contemplés. Chaque pièce était une lettre que la Nature m'adressait, et mon devoir était de les ranger en discours intelligible. C'est de cette matière accumulée qu'est sortie l'Histoire naturelle, générale et particulière, mes trente-six volumes. Un homme seul ne saurait tout voir ; mais en rassemblant ce que mille mains m'apportaient, j'ai tâché d'embrasser d'un seul regard le règne animal, le végétal et le minéral.

Chaque pièce était une lettre que la Nature m'adressait.

On retient de vous une formule devenue proverbiale sur le style. Que vouliez-vous dire ce jour-là à l'Académie ?

C'était en 1753, le jour de ma réception à l'Académie française, au fauteuil premier. Je tenais à dire une vérité que les savants oublient trop souvent : que la pensée ne vaut rien sans la forme qui la porte. « Le style est l'homme même » — voilà ce que j'ai avancé dans mon Discours sur le style. Les faits se découvrent, les connaissances s'amassent, mais elles passent ; ce qui demeure, c'est l'ordre que l'esprit leur impose. J'ajoutais ceci, que je crois encore : « Les ouvrages bien écrits seront les seuls qui passeront à la postérité. » Un naturaliste qui écrit mal trahit autant la Nature que celui qui observe mal, car il la rend obscure là où elle est lumineuse.

Un naturaliste qui écrit mal trahit autant la Nature que celui qui observe mal.
Georges-Louis Leclerc
Georges-Louis LeclercWikimedia Commons, Public domain — After François-Hubert Drouais

Travailliez-vous votre prose avec autant de soin que vos observations ?

Davantage, peut-être. Ma plume d'oie et mon encrier m'ont coûté plus de peine que mes boulets de fer. Il m'est arrivé de reprendre un même passage jusqu'à onze fois, raturant, recommençant, cherchant le mot qui ne souffrirait pas de remplaçant. On croit qu'écrire l'histoire de la Nature, c'est aligner des descriptions ; c'est au contraire composer, élaguer, peser chaque membre de phrase comme on pèse un minerai. Je me levais à cinq heures pour cet ouvrage de patience, dans le silence de ma tour, avant que le jour et les visiteurs ne vinssent me distraire. Le style n'est pas un ornement qu'on ajoute après coup ; c'est la trace même de l'ordre que l'on a su mettre dans ses idées.

Composer, élaguer, peser chaque membre de phrase comme on pèse un minerai.

Comment conciliiez-vous votre vie de savant et celle de maître de forges en Bourgogne ?

On s'étonne toujours qu'un homme de cabinet possède des hauts fourneaux ; moi, je n'y vois nulle contradiction. Mes forges de Montbard m'ont donné une fortune, il est vrai, mais aussi un laboratoire. Là où d'autres ne voyaient que du commerce, je voyais une expérience perpétuelle sur la chaleur, la fusion, le refroidissement des métaux. Le fer que je vendais m'enseignait les lois du globe. J'ai mené de front les deux états : l'après-midi à inspecter mes ouvriers et mes creusets, le matin à écrire dans ma tour isolée que j'avais aménagée pour n'être troublé par personne. Le savant et l'industriel, chez moi, soufflaient sur le même feu.

Le fer que je vendais m'enseignait les lois du globe.
Portrait of Georges-Louis Leclerc, comte de Buffonlabel QS:Len,"Portrait of Georges-Louis Leclerc, comte de Buffon"
Portrait of Georges-Louis Leclerc, comte de Buffonlabel QS:Len,"Portrait of Georges-Louis Leclerc, comte de Buffon"Wikimedia Commons, Public domain — François-Hubert Drouais

On dit que votre discipline matinale confinait à la sévérité envers vous-même. Est-ce exact ?

La régularité est la mère de toute œuvre durable, et je m'y suis astreint sans pitié. Mon domestique Joseph avait pour consigne de me tirer du lit dès cinq heures, de gré ou de force, et je lui promettais une récompense pour chaque réveil arraché à ma paresse — car la chair est faible quand l'esprit dort encore. Je travaillais ensuite jusqu'au soir, parfois jusqu'à neuf heures, dans ma tour de Montbard, sans permettre aux visites ni aux affaires d'entamer mes heures sacrées. Ce n'est point génie que de produire trente-six volumes ; c'est constance. Le talent sans la besogne quotidienne n'est qu'une terre riche qu'on laisse en friche.

Le talent sans la besogne quotidienne n'est qu'une terre riche qu'on laisse en friche.

Vous avez refusé la méthode du Suédois Linné. Pourquoi cette opposition ?

Linné a publié son Systema Naturae en 1735, et tout le monde s'est émerveillé de ses petites étiquettes latines, deux mots accolés pour nommer chaque créature. Moi, j'y vois un filet sec jeté sur le vivant. Sa nomenclature range, mais elle ne connaît pas ; elle enferme un animal dans une case sans rien dire de ses mœurs, de son climat, de sa figure véritable. J'ai préféré décrire en français, longuement, le cheval, le lion, l'oiseau, dans toute leur réalité sensible. Classer n'est pas comprendre. La Nature ne procède point par cases bien rangées : elle coule en nuances insensibles, et la prétention de tout nommer en latin la trahit plus qu'elle ne la sert.

Sa nomenclature range, mais elle ne connaît pas.

Vous employez ce mot étrange de « dégénération » pour parler des espèces. Qu'entendez-vous par là ?

J'appelle dégénération la transformation que subissent les bêtes sous l'empire du climat, de la nourriture et du temps. Voyez : transportez une espèce d'un pays chaud vers une terre froide, et au fil des générations sa taille, son poil, son tempérament s'altèrent. Cela me dit que les formes ne sont point fixées depuis le premier jour, comme on le croit, mais qu'elles se modifient lentement, ainsi que mon globe lui-même s'est transformé au cours de ses sept époques. Je définis d'ailleurs l'espèce non par la figure, mais par la fécondité : sont d'une même espèce les êtres qui engendrent ensemble une descendance féconde. Le vivant n'est pas une collection de statues ; c'est un fleuve qui charrie ses propres métamorphoses.

Le vivant n'est pas une collection de statues ; c'est un fleuve qui charrie ses propres métamorphoses.
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This imaginary interview was generated by artificial intelligence from sources documented in Buffon's profile. It dramatises what the figure might have said based on what we know about them, but does not constitute attested historical testimony. For primary sources and factual documentation, refer to the full profile.