Imaginary interview

Imaginary interview with Buffon

by Charactorium · Buffon (1707 — 1788) · Sciences · 6 min read

Imaginary interview generated by AI from documented sources.

C'est dans les allées du Jardin du Roi, en cet été 1776, qu'un visiteur singulier vient retrouver Buffon : Carl von Linné, le grand naturaliste d'Uppsala, de passage à Paris. Entre les serres et les parterres où sèchent des herbiers venus du monde entier, les deux hommes marchent côte à côte, l'odeur des plantes médicinales flottant dans l'air tiède. Ils se connaissent de réputation depuis quarante ans — depuis que le Systema Naturae a partagé l'Europe savante — et leur estime est aussi vive que leur désaccord. Le Suédois est venu confronter, une dernière fois peut-être, sa méthode à celle de son éternel rival français.

Monsieur de Buffon, depuis mon Systema Naturae de 1735, vous raillez ma nomenclature latine. Pourquoi refuser obstinément des noms simples au profit de longues descriptions ?

Mon cher Linné, vous le savez, je vous tiens pour le plus laborieux des hommes — mais vos deux mots latins enferment l'animal dans une case et croient l'avoir compris. Nommer n'est pas connaître. Quand je décris le cheval ou le lion, je veux qu'on entende sa démarche, qu'on devine ses mœurs, sa patrie, son rapport à l'homme. Vos étiquettes sont commodes pour le commis qui range, non pour le philosophe qui pense. La nature ne procède pas par genres et par classes : ce sont là des artifices de notre esprit. Elle ne connaît que des individus, et les individus se ressemblent par degrés insensibles. Voilà pourquoi j'écris en français, longuement, plutôt que de coller une vignette de cuisine au flanc de chaque créature.

Nommer n'est pas connaître. Vos deux mots latins enferment l'animal dans une case et croient l'avoir compris.

Vous parlez de ressemblances par degrés. Mais alors, comment fixez-vous les bornes d'une espèce, si tout glisse et se confond comme vous le prétendez ?

Par un seul critère, et il est sûr : la fécondité. Sont d'une même espèce les êtres qui, s'accouplant, perpétuent leur lignée ; l'âne et la jument font le mulet, mais le mulet est stérile — preuve qu'il y a là deux espèces et non une. Voilà du solide, là où vos caractères tirés d'une étamine ou d'un pétale ne sont qu'apparences. Et j'ajoute ceci, qui vous fera sursauter : une espèce peut dégénérer. Transportez un animal sous un autre climat, changez sa nourriture, et au fil des générations sa forme s'altère. Je ne dis pas qu'il devient autre — je dis qu'il varie, qu'il se modifie. La nature est moins immuable que votre tableau ne le laisse croire, mon ami.

Une espèce peut dégénérer. La nature est moins immuable que votre tableau ne le laisse croire.

Ce jardin où nous marchons vous a coûté la moitié de votre vie. Qu'avez-vous fait, au juste, de ce simple jardin de plantes médicinales ?

J'en ai fait ce que vous voyez. Quand le Roi me nomma intendant, en 1739, ce n'était qu'un enclos d'herbes pour apothicaires. J'ai doublé sa superficie, abattu les murs trop étroits, négocié les terrains voisins pied à pied. Surtout, j'ai écrit au monde entier : capitaines, missionnaires, voyageurs me font parvenir graines, peaux, minéraux, animaux dans l'esprit-de-vin. Mon cabinet est aujourd'hui l'un des plus riches d'Europe — vous l'avez parcouru ce matin, vous avez vu. Je ne lègue pas seulement des collections : je lègue une institution qui me survivra, un lieu où l'on viendra étudier la nature tout entière. Près de cinquante ans que j'y travaille. Le Roi m'a donné un jardin ; je rends à la France un sanctuaire des sciences.

On dit que votre réception à l'Académie française en 1753 fut moins un discours qu'un manifeste. Pourquoi un naturaliste se mêle-t-il ainsi de l'art d'écrire ?

Parce qu'on les sépare à tort, Linné ! Croyez-vous que la pensée et son expression soient deux choses ? Une idée mal écrite est une idée mal conçue, mal mûrie. Les faits, les découvertes, les curiosités, tout cela périt et se démode ; seuls les ouvrages bien faits passeront à la postérité. Le style, voyez-vous, c'est l'ordre et le mouvement qu'on met dans ses pensées — il tient à l'homme même, à sa manière propre de saisir le vrai. Voilà pourquoi je ne livre jamais une page que je ne l'aie pesée. Vos confrères latinistes méprisent peut-être ce soin comme une vanité de bel esprit ; moi j'y vois la condition même de la vérité durable. Écrire mal, c'est penser à demi.

Le style tient à l'homme même. Écrire mal, c'est penser à demi.

On murmure que vous reprenez certaines pages jusqu'à dix ou onze fois. Est-ce vrai, ou est-ce la légende que vous laissez courir sur vous ?

C'est vrai, et je n'en rougis point. Ma plume d'oie use plus d'encre à raturer qu'à tracer. Telle description de l'oiseau, telle ouverture sur les époques du globe, je l'ai recommencée dix fois, onze parfois, jusqu'à ce que la phrase coule sans que rien n'y accroche l'oreille ni l'esprit. On me croit facile parce qu'on me lit sans effort — c'est tout l'inverse : ce qui se lit aisément fut écrit péniblement. Le génie n'est qu'une longue patience, mon cher. Là où d'autres jettent leurs observations en vrac, j'attends que la matière se décante, que l'ordre se révèle de lui-même. Une vérité mal dite est une vérité qu'on ne retiendra pas. Le naturaliste qui néglige sa plume trahit la nature qu'il prétend servir.

Georges-Louis Leclerc
Georges-Louis LeclercWikimedia Commons, Public domain — After François-Hubert Drouais

À Montbard, on dit que vous faites rougir des boulets de fer dans vos forges pour de bien étranges calculs. Qu'espérez-vous tirer de ce feu ?

Rien de moins que l'âge du monde, Linné ! Suivez mon raisonnement : si la Terre fut d'abord une masse de feu, comme je le crois, elle se refroidit depuis son origine. J'ai donc fait fondre des boulets de fer de tailles différentes, je les ai laissés refroidir, et j'ai mesuré le temps qu'ils mettaient à redevenir maniables, puis froids. De ces proportions, en les rapportant au globe entier, je tire un calcul : la Terre compte au moins soixante-quinze mille ans, et sans doute bien davantage. Mes forges me servent autant de laboratoire que de gagne-pain. Vous classez le vivant d'aujourd'hui ; moi, je tâche de remonter le fil du temps jusqu'aux premiers âges. La nature a une histoire, et cette histoire, je la mesure au creuset.

La nature a une histoire, et cette histoire, je la mesure au creuset.

Soixante-quinze mille ans ! La Sorbonne ne vous a-t-elle pas déjà fait des remontrances pour de pareilles audaces contre la chronologie sacrée ?

Elle l'a fait, oui, dès 1751. La faculté de théologie releva quatorze propositions de mon Histoire naturelle qu'elle jugeait contraires à l'Écriture — mon âge de la Terre, mes vues sur sa formation. On me pressa de me rétracter. Je l'ai fait, en apparence : j'ai publié une déclaration où je disais abandonner tout ce qui pourrait choquer le récit de Moïse. Mais notez bien, mon ami, que je n'ai pas retiré une ligne de mon livre. On ne combat pas la robe de front ; on s'incline, on remercie, et l'on continue. Le savant doit vivre pour poursuivre son œuvre, non se faire briser pour une querelle de mots. Galilée m'a appris la prudence. Mes époques diront un jour ce que la déclaration tait.

On ne combat pas la robe de front ; on s'incline, on remercie, et l'on continue.
Portrait of Georges-Louis Leclerc, comte de Buffonlabel QS:Len,"Portrait of Georges-Louis Leclerc, comte de Buffon"
Portrait of Georges-Louis Leclerc, comte de Buffonlabel QS:Len,"Portrait of Georges-Louis Leclerc, comte de Buffon"Wikimedia Commons, Public domain — François-Hubert Drouais

Une dernière curiosité, plus familière. On raconte dans toute l'Europe savante que votre domestique vous tire du lit de force. Cette histoire est-elle fondée ?

Elle l'est, et c'est mon Joseph qu'il faut en remercier. Je suis paresseux de nature au réveil, voyez-vous, et j'ai compris très jeune que je perdrais mes plus belles heures à dormir. J'ai donc passé un marché avec lui : qu'il me jette à bas du lit dès cinq heures, de force s'il le faut, et qu'il ne cède ni à mes plaintes ni à mes ordres contraires. Je lui ai même promis un écu pour chaque fois qu'il me lèverait avant l'aube. Au début je le maudissais ; aujourd'hui je lui dois une douzaine de volumes. Ces heures du petit matin, dans le silence de ma tour, sont les plus fécondes de ma journée. Sans Joseph, je n'aurais peut-être écrit que la moitié de mon œuvre.

Vous voilà donc enfermé dans votre tour de Montbard chaque matin. Comment se règle le reste de vos journées, loin de l'agitation de ce jardin parisien ?

Avec une régularité de mécanique, car c'est elle qui fait la force d'un homme. Le matin, dès que Joseph m'a vaincu, je monte à ma tour, à l'écart de tout, et j'écris quatre ou cinq heures durant sans qu'on m'y dérange. L'après-midi, je redescends au monde : la correspondance, les affaires du Jardin, mes forges qu'il faut surveiller, les visiteurs qu'il faut recevoir. Le soir, je relis et corrige ce que le jour a produit, parfois jusqu'à neuf heures. Je mange peu, je dors tôt, je ne donne au plaisir que le strict nécessaire. On me croit favorisé du ciel ; mais le talent sans la discipline n'est qu'un champ qu'on laisse en friche. J'ai fait de chaque journée un instrument au service d'un seul dessein.

Le talent sans la discipline n'est qu'un champ qu'on laisse en friche.

Nous voici au terme, vieux rival. Si la postérité devait nous départager, vous et moi, à quoi tiendriez-vous le plus ?

Ne jouons pas aux prophètes, Linné — laissons ce soin à ceux qui viendront. Vous aurez mis de l'ordre dans le chaos, et c'est un service immense ; les écoliers vous béniront de leur avoir donné des noms à retenir. Moi, j'aurai voulu rendre la nature à sa grandeur et à son mouvement, lui restituer le temps et l'histoire que vos tableaux figent. Vous l'avez rangée ; j'ai tâché de la raconter. Peut-être nous trouvera-t-on plus complémentaires que rivaux — votre rigueur et mon ampleur. Ce que je sais, c'est que nous aurons l'un et l'autre regardé la nature en face, au lieu de la lire seulement dans les livres anciens. C'est là, je crois, notre véritable parenté. Le reste appartient aux siècles.

Vous l'avez rangée ; j'ai tâché de la raconter.
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This imaginary interview was generated by artificial intelligence from sources documented in Buffon's profile. It dramatises what the figure might have said based on what we know about them, but does not constitute attested historical testimony. For primary sources and factual documentation, refer to the full profile.