Imaginary interview with Caracalla
by Charactorium · Caracalla (188 — 217) · Politics · 5 min read
Ce matin-là, deux élèves d'une classe découverte poussent la porte d'une grande salle de marbre. Devant eux se tient un homme au regard sévère, enveloppé dans un long manteau à capuche. C'est Caracalla, empereur de Rome, et il a accepté de répondre à toutes leurs questions.
—Pourquoi on vous appelle Caracalla ? C'est un drôle de nom !
Tu sais, ce n'est même pas mon vrai nom de naissance. Mais je portais tout le temps un long manteau à capuche, venu de Gaule, qu'on appelait le caracallus. Imagine un grand vêtement de laine qui descend jusqu'aux pieds, avec une capuche pour la pluie. C'était l'habit des gens simples, pas des empereurs ! Mais mes soldats l'adoraient, alors je le gardais sur les épaules du matin au soir. Aux pieds, je chaussais des caligae, les grosses sandales cloutées des légionnaires. Petit à petit, on a oublié mon nom, et tout le monde s'est mis à m'appeler par celui de mon manteau. Un empereur surnommé d'après son habit, avoue que c'est rare !
—C'est vrai que vous avez tué votre frère ? Comment c'est possible ?
Oui, mon enfant. Et je ne te mentirai pas : c'est la part la plus sombre de ma vie. Quand notre père Septime Sévère mourut en 211, mon frère Géta et moi devions régner ensemble. Mais nous nous détestions. Le palais du Palatin, à Rome, n'était pas assez grand pour nous deux. Un jour, j'ai envoyé des hommes le tuer. Il a couru se réfugier dans les bras de notre mère, Julia Domna. Elle l'a vu mourir là, contre elle. Ensuite, j'ai ordonné qu'on efface son nom partout : sur les murs, les pièces, les statues. On appelait ça la damnatio memoriae, la condamnation du souvenir. Comme si Géta n'avait jamais existé.
Le pouvoir rend parfois les hommes monstrueux.
—C'est quoi votre grande loi dont tout le monde parle ?
Ah, ça, c'est ce dont je suis le plus fier ! En 212, j'ai signé un édit qu'on appelle la Constitutio Antoniniana. Un mot compliqué pour une idée toute simple : j'ai fait de presque tous les hommes libres de l'Empire des citoyens romains. Avant moi, être cives Romani, citoyen romain, c'était un privilège réservé à quelques-uns. Imagine un club fermé, où seuls certains ont le droit d'entrer. D'un coup, j'ai ouvert les portes à des millions de personnes, de l'Égypte jusqu'à la Gaule. Un Égyptien, un Gaulois, un Syrien : tous Romains, tous égaux devant la loi. On a même retrouvé un bout de mon édit écrit sur un vieux papyrus, le Papyrus de Giessen.
—Tout le monde devenait romain, même au bout du monde ?
Presque tout le monde, oui ! Imagine une cité tout au bout de l'Empire : Volubilis, dans ce qu'on appelle aujourd'hui le Maroc. Là-bas, si loin de Rome, on a dressé un arc de pierre en mon honneur, parce que même ces habitants-là étaient devenus citoyens. C'est dire si ma loi voyageait loin ! Mais je dois être honnête avec toi : tout le monde n'y avait pas droit. Les deditici, ces peuples vaincus par la guerre et soumis de force, restaient sans doute à l'écart. La citoyenneté, c'était un cadeau immense, mais pas pour absolument tous. Un Empire, vois-tu, ce n'est jamais aussi simple qu'on voudrait.
—C'est vrai que vous adoriez Alexandre le Grand ?
Oh oui, c'était mon héros ! Alexandre le Grand avait conquis presque le monde entier des siècles avant moi, et je rêvais de lui ressembler. Quand je suis allé à Alexandrie, la grande ville d'Égypte qui porte son nom, je suis allé me recueillir sur son tombeau. J'ai posé là ma propre cuirasse et mes bijoux, comme une offrande. Tu imagines ? Un empereur qui dépose ses trésors devant un mort ! J'allais même plus loin : j'organisais mes soldats en phalanges, ces blocs serrés de lanciers qu'Alexandre utilisait pour gagner ses batailles. Certains se moquaient de moi en cachette. Mais moi, je sentais que je marchais dans les pas d'un géant.
—Et après, à Alexandrie, il s'est passé quelque chose de grave, non ?
Oui... et là encore, je ne vais pas me cacher derrière de belles paroles. Les habitants d'Alexandrie étaient moqueurs. Ils avaient inventé des chansons et des blagues cruelles sur moi, sur la mort de mon frère. Ça m'a rendu fou de colère. En 215, j'ai lâché mes légionnaires dans la ville. Beaucoup de jeunes hommes sont morts ce jour-là. C'est ce qu'on appelle le massacre d'Alexandrie. Tu vois, j'aimais cette ville pour le tombeau d'Alexandre, et pourtant je l'ai ensanglantée. Un homme qui a trop de pouvoir et trop de colère devient dangereux. Retiens bien cette leçon, mon enfant.
—On dit que vous avez construit des bains géants. C'était comment ?
Ah, mes thermes ! Si tu venais à Rome, c'est sûrement ce que tu remarquerais en premier. Imagine un bâtiment immense, grand comme plusieurs temples collés ensemble, où plus de 1 600 personnes pouvaient se baigner en même temps ! Les thermae, c'étaient les bains publics : on s'y lavait, mais on y bavardait aussi, on y faisait du sport, on y lisait dans des bibliothèques. Après l'effort, on se grattait la peau avec un strigile, un petit racloir en bronze, pour enlever la sueur et l'huile. Riches ou pauvres, tout le monde s'y croisait. J'aimais y aller moi-même, comme un simple Romain. Un empereur tout nu dans l'eau, ça surprend, non ?
—Et c'est vrai que vous avez eu des problèmes d'argent ?
Hélas, oui. Faire la guerre et payer les soldats, ça coûte une fortune ! Alors en 215, j'ai inventé une nouvelle pièce d'argent, l'antoninianus. Le problème, c'est que je trichais un petit peu. La pièce valait soi-disant deux deniers, mais elle contenait moins d'argent véritable. Imagine qu'on te donne une pièce en te disant qu'elle vaut deux pommes, alors qu'il n'y a de quoi en acheter qu'une et demie. À force, les gens s'en aperçoivent, et tout devient plus cher : c'est ce qu'on appelle l'inflation. Sans le vouloir, j'ai aidé à ouvrir une longue crise pour l'Empire.
L'argent, c'est comme la confiance : si on triche, ça finit par se voir.
—Vous mangiez quoi, vous, un empereur ? Des trucs de luxe ?
Tu serais surpris ! Beaucoup d'empereurs adoraient les grands banquets. Moi, je voulais être un empereur-soldat, proche de mes hommes. Alors le matin, je mangeais tout simplement : du pain et du fromage, rien de plus. En campagne militaire, je partageais la gamelle de mes légionnaires : du lard, des lentilles, ce pain dur qu'on appelait le pain de munition. Je buvais mon vin coupé d'eau, comme eux. Je dormais même sous la tente avec mes soldats, alors que les généraux avaient de belles chambres ! Pourquoi ? Parce qu'un chef qui mange le même pain que ses hommes, ses hommes le suivent jusqu'au bout.
—Comment vous êtes mort ? Et qu'est-ce qu'on garde de vous ?
Je suis mort loin de Rome, mon enfant. En 217, j'étais en Orient, près d'une ville nommée Carrhes, en Mésopotamie, où je préparais une guerre contre les Parthes. Un jour, je me suis écarté de la route pour un besoin naturel... et l'un de mes propres soldats m'a poignardé. Il avait été poussé par Macrin, le chef de ma garde, qui voulait ma place — et il l'a obtenue. Voilà comment finissent souvent les empereurs : par une trahison. Mais tu sais, ce qu'on garde de moi, ce n'est pas ma mort. C'est mon édit de 212, qui a fait de tant de gens des citoyens romains.
On oublie comment un homme meurt ; on se souvient de ce qu'il a changé.
This imaginary interview was generated by artificial intelligence from sources documented in Caracalla's profile. It dramatises what the figure might have said based on what we know about them, but does not constitute attested historical testimony. For primary sources and factual documentation, refer to the full profile.



