Imaginary interview

Imaginary interview with Charlotte Brontë

by Charactorium · Charlotte Brontë (1816 — 1855) · Literature · 6 min read

Imaginary interview generated by AI from documented sources.

Janvier 1854. Le vent des Pennines bat les vitres du presbytère de Haworth, et le feu du salon peine à réchauffer la pierre. Une petite femme en robe de laine sombre, le visage grave et le regard fixe, accepte de parler à voix basse, comme on confie un secret dont on n'est pas tout à fait remis.

Comment l'écriture est-elle entrée dans votre vie d'enfant ?

Nous étions des enfants singuliers, élevés ici, à Haworth, dans une maison de pierre adossée au mur du cimetière, où le brouillard tenait lieu d'horizon. Mon frère Branwell et moi avions bâti un royaume entier, Angria, que nous tenions dans de minuscules cahiers cousus de nos mains, d'une écriture si fine qu'un étranger l'aurait crue tracée par des insectes. On nous donnait peu de jouets, mais nous avions les landes et l'imagination, qui sont des biens autrement plus vastes. Je crois sincèrement que tout ce que j'ai publié depuis n'est que la suite, mieux ordonnée, de ces gribouillages de la nursery. L'enfance ne m'a pas préparée à écrire : elle écrivait déjà, par ma main, avant que je sache ce que c'était.

L'enfance ne m'a pas préparée à écrire : elle écrivait déjà, par ma main.

Pourquoi avoir choisi de publier sous le nom d'un homme, Currer Bell ?

Parce qu'une femme qui prend la plume est jugée avant même qu'on l'ait lue. En 1846, mes sœurs et moi avons fait paraître un mince recueil de poèmes signés Currer, Ellis et Acton Bell — trois noms d'hommes choisis à dessein, ambigus juste ce qu'il faut. Nous craignions, et l'expérience nous a donné raison, qu'on traite une autrice avec une indulgence ou un mépris qui ne touchent jamais au texte lui-même. J'ai écrit un jour à monsieur Lewes, qui ne cessait de me rappeler à mon sexe : « I wish you did not think me a woman. I wish all reviewers believed 'Currer Bell' to be a man; they would be more just to him. » Un masque, voyez-vous, n'est pas un mensonge : c'est parfois la seule porte par laquelle on vous laisse entrer.

Un masque n'est pas un mensonge : c'est parfois la seule porte par laquelle on vous laisse entrer.

Que s'est-il passé le jour où vous avez révélé votre véritable identité à votre éditeur ?

C'était à Londres, en 1849, chez Smith, Elder & Co. Le jeune George Smith et son entourage avaient imaginé Currer Bell sous mille traits virils ; on s'attendait peut-être à quelque gentleman tourmenté. Et voilà qu'on vit entrer une petite femme provinciale, mal assurée, échappée d'un presbytère du Yorkshire, ses gants serrés dans ses mains. La stupeur fut presque comique, si elle n'avait pas révélé tout le poids du préjugé que je redoutais. Je n'aime pas les salons, ni qu'on me regarde comme une curiosité. Mais ce jour-là j'ai compris une chose : le livre avait existé d'abord par lui-même, jugé pour ce qu'il valait. C'était précisément la justice que je réclamais.

D'où est venue Jane Eyre, cette orpheline qui refuse de plier ?

De l'humiliation, pour être franche. Entre 1839 et 1841, j'ai été gouvernante dans des familles où l'on me payait pour instruire des enfants tout en me traitant comme un meuble utile — ni domestique ni dame, suspendue entre deux mondes, sans appartenir à aucun. On apprend là, mieux que partout, ce que vaut une femme sans fortune ni nom. Jane Eyre est née de cette position fausse : j'ai voulu une héroïne ni belle ni riche, petite et obscure comme moi, mais dont l'âme ne se vendrait à aucun prix. On m'a reproché de l'avoir faite si peu docile. C'était tout le projet. Je ne pouvais pas écrire une poupée souriante quand j'avais devant les yeux, chaque jour, le sort réel des femmes de ma condition.

Y a-t-il une phrase de ce roman qui vous semble dire l'essentiel de Jane ?

Une, oui, que je relis encore comme une profession de foi. Lorsque Jane tient tête à l'homme qui croit pouvoir la garder par la pitié ou par l'or, elle lui jette : « I am no bird; and no net ensnares me: I am a free human being with an independent will. » Tout est là. Non pas la révolte d'une exaltée, mais l'affirmation tranquille qu'une conscience ne se met en cage pour personne. Quand George Smith a reçu le manuscrit chez Smith, Elder & Co., en 1847, on m'a rapporté qu'il l'avait lu d'une seule traite, sans pouvoir le lâcher. Je crois que c'est cette voix-là, têtue, à la première personne, qui l'a retenu — pas l'intrigue, mais quelqu'un qui parle et refuse de se taire.

Une conscience ne se met en cage pour personne.
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The Brontë Sisters (Anne Brontë; Emily Brontë; Charlotte Brontë) title QS:P1476,en:"The Brontë Sisters (Anne Brontë; Emily Brontë; Charlotte Brontë) "label QS:Len,"The Brontë Sisters (Anne Brontë; EmWikimedia Commons, Public domain — Branwell Brontë

Que représente Bruxelles dans votre parcours ?

Une fracture, et une école. En 1842, Emily et moi sommes parties à la pension Héger pour perfectionner notre français et notre allemand — je voulais un jour ouvrir notre propre établissement. J'y ai trouvé un maître, Constantin Héger, dont l'intelligence m'a éveillée comme aucune autre, et pour qui j'ai conçu un attachement que je n'avais le droit ni d'avouer ni de nourrir. Il était marié ; je n'étais qu'une élève étrangère. Cet amour resté muet m'a coûté des années de silence et de honte. Mais un écrivain ne perd rien tout à fait : ce que je n'ai pu vivre, je l'ai donné à mes livres. Le Professeur d'abord, refusé partout de mon vivant, puis Villette, où Bruxelles devient la ville où l'on apprend à survivre seule.

Vous dites que Villette parle de survivre seule — comment l'avez-vous écrit ?

Avec ce que je connaissais le mieux : l'isolement. Villette, paru en 1853, est ce que j'ai fait de plus proche de moi, peut-être de plus douloureux. J'y ai mis cette vérité que peu de gens veulent regarder en face : « The world can understand well enough the process of perishing for want of food: perhaps few persons can enter into or follow out that of going mad from solitary confinement. » On comprend qu'un corps meure de faim ; on ne comprend pas qu'une âme se défasse, lentement, faute d'un être à qui parler. J'ai écrit ce livre dans le presbytère vidé de mes sœurs, à la table où nous étions naguère trois. La solitude n'y est pas une métaphore. C'était ma vie même.

On comprend qu'un corps meure de faim ; on ne comprend pas qu'une âme se défasse faute d'un être à qui parler.
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The Brontë Sisters (Anne Brontë; Emily Brontë; Charlotte Brontë) title QS:P1476,en:"The Brontë Sisters (Anne Brontë; Emily Brontë; Charlotte Brontë) "label QS:Len,"The Brontë Sisters (Anne Brontë; EmWikimedia Commons, Public domain — Branwell Brontë

Vous évoquez vos sœurs disparues. Pouvez-vous parler de cette année terrible ?

En l'espace de quelques mois, j'ai perdu presque tout ce qui me restait. Branwell s'est éteint en septembre 1848, puis Emily en décembre de la même année, emportée par la consomption sans avoir voulu se soigner ni même s'aliter avant la fin. Anne a suivi au printemps 1849. J'ai écrit alors à monsieur Williams, mon éditeur, des mots que je ne sais pas mieux dire aujourd'hui : « My sister Emily first declined. The details of her illness are deep-branded in my memory, but to dwell on them, either in thought or narrative, is not in my power. » Il y a des douleurs qu'on ne peut ni raconter ni oublier. On les porte, simplement, comme on porte le deuil noir, des saisons entières.

Comment a-t-on pu continuer à écrire après de telles pertes ?

Parce que c'était cela, ou sombrer. Je terminais Shirley tandis qu'elles mouraient l'une après l'autre ; les chapitres portent la trace de ces deuils, et j'ai dédié le livre à leur mémoire. Notre vieux rituel du soir — nous nous réunissions au coin du feu pour nous lire à voix haute les pages du jour et nous critiquer sans pitié — ce rituel-là avait cessé, faute de voix. J'ai dû apprendre à écrire dans le silence, à faire moi-même les questions et les réponses qu'Emily et Anne m'auraient données. Le travail ne console pas, n'allez pas le croire. Mais il donne au chagrin une forme, une discipline, une raison de se lever le matin et d'allumer le feu encore une fois.

Le travail ne console pas : mais il donne au chagrin une forme, et une raison de se lever.

Que diriez-vous de ce paysage de landes qui revient sans cesse dans vos pages ?

Que je ne saurais écrire sans lui. Les landes des Pennines qui cernent Haworth ne sont pas un décor que je choisis : c'est l'air que je respire, sauvage, venteux, mélancolique, indifférent aux peines des hommes. Avec mes sœurs, nous y marchions chaque jour, par tous les temps, et nous y discutions de nos intrigues comme d'autres parlent de leurs voisins. J'en rapportais des brins de bruyère séchée que je glissais entre mes pages. Cette nature-là n'est ni douce ni consolatrice ; elle ressemble à la vie telle que je l'ai connue. Si l'on veut comprendre mes livres, qu'on ne lise pas seulement mes phrases : qu'on monte sur la lande un jour de grand vent, et qu'on écoute.

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This imaginary interview was generated by artificial intelligence from sources documented in Charlotte Brontë's profile. It dramatises what the figure might have said based on what we know about them, but does not constitute attested historical testimony. For primary sources and factual documentation, refer to the full profile.