Imaginary interview with Danton
by Charactorium · Danton (1759 — 1794) · Politics · 5 min read
C'est dans l'appartement de la cour du Commerce-Saint-André, par un soir glacé de janvier 1794, que Camille Desmoulins retrouve son vieux compagnon. Une bûche crépite, un verre de vin de Champagne luit sur la table encombrée des épreuves du Vieux Cordelier. Ils se connaissent depuis les premiers jours des Cordeliers, ont crié ensemble contre la tyrannie, et ce soir Camille vient chercher l'homme derrière le tribun, pendant que la Terreur gronde au-dehors.
—Georges, j'étais là le 2 septembre 1792, quand les Prussiens marchaient sur Paris. D'où t'est venu ce cri d'audace ?
Toi qui étais dans la salle, Camille, tu sais que je n'ai rien préparé. La peur était partout : les ennemis à Verdun, les traîtres derrière nous, et l'Assemblée qui tremblait. J'ai senti qu'il fallait jeter la frayeur dehors comme on jette une bête malade. J'ai dit qu'il fallait de l'audace, encore de l'audace, toujours de l'audace, et que la France serait sauvée. Ce n'était pas de la rhétorique, c'était un ordre que je me donnais à moi-même. Quelques semaines plus tard, Valmy nous a donné raison. Je n'ai jamais cru aux discours qui endorment ; je crois à ceux qui mettent un fusil dans les mains et du feu dans le ventre.
Je n'ai jamais cru aux discours qui endorment, mais à ceux qui mettent du feu dans le ventre.
—Au mois de mars dernier, tu as voulu ce Tribunal révolutionnaire. Ne crains-tu pas, aujourd'hui, d'avoir forgé une arme trop tranchante ?
J'ai dit alors qu'il fallait être terribles pour dispenser le peuple de l'être — c'était vrai dans le sang de septembre, quand les massacres souillaient les prisons. Je voulais une justice qui remplace l'émeute, un glaive de l'État plutôt que mille couteaux dans la rue. Mais une arme, mon ami, n'a pas d'âme : elle obéit à la main qui la tient. Aujourd'hui cette main n'est plus la mienne, et je vois bien ce qu'on en fait. On frappe pour frapper, on confond la suspicion avec la preuve. Si j'ai péché, c'est d'avoir cru qu'un instrument resterait sage parce que je l'avais voulu sage. La Révolution dévore vite ceux qui lui ont donné des dents.
Une arme n'a pas d'âme : elle obéit à la main qui la tient.
—Tu sais ce que je risque avec mon journal. Pourquoi m'as-tu poussé, toi, à réclamer la clémence en pleine Terreur ?
Parce que ton Vieux Cordelier dit tout haut ce que beaucoup pensent tout bas, Camille, et qu'il fallait quelqu'un d'assez fou et d'assez tendre pour l'écrire. La République n'a pas vaincu Valmy et Toulon pour finir en abattoir. Le peuple est las ; on ne gouverne pas longtemps des hommes qui ont peur de leur ombre. J'ai voulu qu'on ouvre les prisons aux innocents, qu'on rende la justice moins avide. On nous appelle les Indulgents comme une injure : moi je tiens la clémence pour le dernier courage des forts. Crois-moi, il est plus aisé de signer des têtes que d'en sauver une. Mais je sais que ce chemin-là nous met tous deux en danger.
La clémence est le dernier courage des forts ; signer des têtes est plus aisé que d'en sauver une.
—Entre nous, redoutes-tu une rupture ouverte avec Robespierre ? Vous fûtes pourtant Montagnards des mêmes bancs.
Maximilien et moi avons combattu côte à côte les Girondins, et je lui garde de l'estime, ne va pas croire le contraire. Mais nous ne sommes pas faits du même bois. Lui croit qu'on rend les hommes vertueux à coups de loi et de soupçon ; moi je crois qu'on les rend libres et qu'ils deviennent meilleurs en respirant. Il a la République dans la tête, je l'ai dans le sang. Je ne veux pas la rupture, je veux qu'on s'arrête avant l'abîme. S'il faut choisir entre la Terreur sans fin et le risque de déplaire, tu me connais : j'aime mieux déplaire. Reste à savoir si l'on me laissera encore monter à la tribune pour le dire.
Il a la République dans la tête, je l'ai dans le sang.

—On t'a toujours moqué pour ton visage. D'où te viennent ces cicatrices que les pamphlets aiment tant caricaturer ?
Ah, mon pauvre museau ! Petit, à Arcis-sur-Aube, un taureau m'a encorné la lèvre, des porcs m'ont piétiné la face, et j'ai bien failli me noyer par-dessus le marché. La campagne champenoise ne m'a pas fait beau, elle m'a fait solide. Mes ennemis voient là un masque de brute ; moi j'y vois la marque d'un gamin qui n'est jamais resté à l'abri. Au fond, ce visage m'a servi : on ne m'écoute pas pour ma joliesse, on m'écoute parce que ma voix sort d'une gueule qui a connu les bêtes et la boue. Un orateur trop lisse, le peuple s'en méfie. Moi, il voit que je viens de chez lui.
La campagne ne m'a pas fait beau, elle m'a fait solide.
—Quand tu t'es retiré à Arcis cet automne, après la mort de Gabrielle, qu'es-tu allé y chercher loin de Paris ?
J'y suis allé chercher la terre, Camille, la vraie, celle qui ne ment pas. À Paris on dîne de complots ; là-bas on dîne de pain, de fromage et d'un vin qui sent ma jeunesse. J'avais besoin de marcher dans mes champs, de revoir l'Aube couler, de tenir mes fils contre moi loin du fracas des tribunes. Gabrielle partie, j'ai cru un moment tout abandonner, vivre simple, gros et heureux. Et puis Louise est venue, jeune comme un printemps, et la vie a repris malgré moi. Mais ne t'y trompe pas : on ne quitte pas la Révolution comme on quitte une table. Elle m'a rappelé. On revient toujours là où l'on a allumé l'incendie.
À Paris on dîne de complots ; à Arcis on dîne de pain, de fromage et d'un vin qui sent ma jeunesse.

—Toi qui as vu tant d'hommes monter à l'échafaud, dis-moi vrai : la mort, sur la place de la Révolution, te fait-elle peur ?
La mort ? Je l'ai côtoyée trop tôt pour la craindre comme un enfant craint le noir. Ce qui me serre le cœur, ce n'est pas la lame, c'est de quitter la table avant la fin du repas, de laisser Louise et les petits, de te laisser, toi. Mais regarde : un homme qui a crié l'audace devant l'Europe entière ne peut pas trembler devant un couperet. Si l'on devait me conduire là-bas, je veux y aller le front haut, sans donner aux curieux le plaisir de me voir blêmir. Le courage, vois-tu, ce n'est pas de ne pas mourir, c'est de mourir sans renier ce qu'on a été. Le reste, c'est la besogne du bourreau.
Le courage, ce n'est pas de ne pas mourir, c'est de mourir sans renier ce qu'on a été.
—Et ton nom, Georges, après nous ? Te soucies-tu de ce que l'avenir dira de Danton ?
Je m'en soucie comme on se soucie d'un enfant qu'on ne verra pas grandir. On me reprochera mes audaces, mes colères, peut-être mon goût de l'argent et de la bonne chère — qu'on me les reproche, je n'ai jamais joué au saint. Mais qu'on n'oublie pas qu'au jour où Paris allait tomber, c'est moi qui ai dit de tenir. J'aime mieux une mémoire orageuse qu'une réputation de fade. Si ma tête doit tomber un jour, eh bien, qu'on la montre : elle aura été pleine, vivante, et ce visage cabossé en vaudra encore la peine. Le néant prendra mon corps, Camille, mais pas tout à fait mon nom.
J'aime mieux une mémoire orageuse qu'une réputation de fade.
—Une dernière chose, mon ami : si l'on te traînait devant ce Tribunal que tu as fondé, comment t'y défendrais-tu ?
Je ne plaiderais pas comme un accusé, je tonnerais comme un accusateur. Tu m'as entendu à la tribune : ma voix porte jusqu'aux quais de la Seine quand la colère me prend. Je leur dirais qui je suis, ce que j'ai fait pour la République aux jours où d'autres se cachaient. Ils auraient beau m'opposer leurs décrets et leurs greffiers, je les forcerais à m'écouter, ou ils devraient m'arracher la parole de force pour me faire taire. Car c'est cela leur faiblesse, vois-tu : ils peuvent couper la tête, ils ne savent pas répondre. Un homme qui n'a pas peur de mourir est l'orateur le plus dangereux du monde.
Ils peuvent couper la tête, ils ne savent pas répondre.
This imaginary interview was generated by artificial intelligence from sources documented in Danton's profile. It dramatises what the figure might have said based on what we know about them, but does not constitute attested historical testimony. For primary sources and factual documentation, refer to the full profile.


