Imaginary interview

Imaginary interview with François Rabelais

by Charactorium · François Rabelais (1500 — 1553) · Literature · 6 min read

Imaginary interview generated by AI from documented sources.

C'est dans les jardins de Saint-Maur-des-Fossés, près de Paris, que le cardinal Jean du Bellay reçoit son vieux médecin et compagnon en cet automne 1552. Les vignes rougissent, un feu de sarments crépite dans la salle voisine, et sur la table reposent des feuillets fraîchement imprimés du Quart Livre. Voilà près de vingt ans que le prélat protège cet ancien moine devenu médecin et conteur, qu'il a mené deux fois à Rome et arraché plus d'une fois aux foudres de la Sorbonne. Aujourd'hui, loin des affaires du royaume, il veut entendre l'homme derrière le froc, le scalpel et la plume.

Maître François, avant de te connaître, j'ai ouï qu'à Fontenay tes frères franciscains te confisquèrent tes livres de grec. Que t'ont-ils vraiment ôté ?

Monseigneur, ils m'ont ôté bien plus que des feuillets reliés — ils m'ont arraché une fenêtre sur le monde. À Fontenay-le-Comte, mon compagnon Pierre Amy et moi lisions Platon dans le texte, et Homère, et les Pères grecs. Cela suffit pour qu'on nous jugeât suspects : un cordelier qui sait le grec, voilà un hérétique en puissance ! Mes frères saisirent mes livres comme on confisque une arme. J'ai compris ce jour-là que l'ignorance ne se contente pas d'être sotte : elle veut que tous le soient avec elle. C'est pourquoi je suppliai Rome de me laisser passer chez les bénédictins, plus doux aux bonnes lettres. On ne m'a pas pris des livres, Monseigneur — on m'a appris pourquoi il fallait les défendre.

Et lorsque tu publias ce Pantagruel sous ce nom tortueux, Alcofribas Nasier, craignais-tu déjà les chiens de la Sorbonne ?

Toi qui as fréquenté la Sorbonne, Monseigneur, tu sais quels chiens de garde y aboient. Alcofribas Nasier n'est qu'un masque de carnaval — l'anagramme exacte de François Rabelais, mais qui pouvait le démêler sinon les rieurs ? Je voulais que mon Pantagruel courût les foires et les tavernes avant que ces messieurs ne flairent l'auteur. Peine perdue : ils l'ont condamné comme obscène avant d'en avoir compris un traître mot. Ces sorbonagres prennent le rire pour de la débauche et l'érudition pour du blasphème. Mais le peuple, lui, riait franc — et un livre qu'on lit sous le manteau se vend dix fois mieux qu'un sermon bâillé en chaire. Le masque, vois-tu, n'était point couardise : c'était stratégie de capitaine.

Ces sorbonagres prennent le rire pour de la débauche et l'érudition pour du blasphème.

Toi qui m'as soigné plus d'une fois sur les routes d'Italie, dis-moi : ces dissections publiques de Lyon, comment les supportais-tu ?

Tu te souviens, Monseigneur, des fièvres qui t'ont saisi sur les chemins d'Italie — j'ai appris à les combattre non dans les nuées, mais sur la chair même. À l'Hôtel-Dieu de Lyon, dès 1532, j'ai ouvert des corps devant les étudiants, ce qu'on osait à peine alors. Comment soigner ce qu'on ne connaît point ? Galien lui-même se trompait faute d'avoir assez disséqué. J'avais pris mon bonnet de médecin à Montpellier deux ans plus tôt, en quelques semaines il est vrai, mais avec quarante ans de grec dans la cervelle. Voir de mes yeux le cheminement des veines, le logis du foie, la fabrique du cerveau : voilà ma vraie théologie. Le corps humain est le plus beau livre que Dieu ait écrit, et trop de docteurs refusent de l'ouvrir.

Tu as édité les Aphorismes d'Hippocrate à Lyon. Pourquoi un conteur de géants se fait-il aussi philologue du grec médical ?

Parce qu'il n'y a pas deux hommes en moi, Monseigneur, mais un seul qui aime le vrai sous toutes ses robes. Quand j'ai édité les Aphorismes d'Hippocrate à Lyon, en 1532, j'ai collationné les manuscrits grecs comme un orfèvre pèse l'or, car les copistes et les traducteurs latins avaient corrompu le texte de mille fautes. Un médecin qui lit Hippocrate dans un mauvais latin soigne à l'aveugle. Le même soin que je mets à rendre Pantagruel plaisant, je le mets à rendre Hippocrate exact — car l'un et l'autre veulent guérir l'homme, celui-ci de son corps, celui-là de sa tristesse. Les bonnes lettres et la bonne médecine boivent à la même source : la Grèce. Sépare-les, et tu n'auras plus qu'un pédant ou qu'un charlatan.

Dans ton Gargantua, cette abbaye de Thélème où l'on vit selon Fais ce que voudras, songeais-tu aux cloîtres que tu fuyais ?

Tu as percé mon dessein, Monseigneur, toi qui m'as vu grincer dans plus d'un cloître. Thélème est l'envers exact des couvents où j'ai gelé ma jeunesse : là où la règle dit 'tu ne feras pas', ma seule loi dit Fais ce que voudras. Non point licence de pourceaux, entends-moi bien : j'y loge des gens libres, bien nés, bien instruits, qui par cette liberté même fuient le vice et courent à l'honneur. Les âmes serviles ont besoin de barreaux ; les âmes franches se gouvernent seules. J'ai bâti de papier l'abbaye que j'aurais voulu habiter — sans cloche pour scander les heures, sans vœux pour enchaîner le désir. Quand on a porté la bure trente ans, Monseigneur, on rêve d'une maison sans serrures.

Les âmes serviles ont besoin de barreaux ; les âmes franches se gouvernent seules.
François Rabelais, ca 1494-1553
François Rabelais, ca 1494-1553Wikimedia Commons, Public domain — Unknown authorUnknown author

Sans cloche ni horloge, dis-tu ? Tes Thélémites se lèvent donc quand bon leur semble, sans nulle contrainte de l'heure ?

Justement, Monseigneur ! Dans mon livre, ils se lèvent du lit quand bon leur semble, boivent, mangent, travaillent, dorment quand le désir leur vient. Nul ne les éveille, nul ne les contraint à rien. J'ai eu trop de matines glacées, tiré du sommeil par une cloche stupide, pour ne pas haïr la tyrannie de l'horloge sur les hommes libres. Note bien que je ne parle point des paresseux : mes Thélémites sont si bien nés et nourris en bonne compagnie qu'ils ont par nature un instinct qui les pousse au bien. Voilà ma foi, Monseigneur : la contrainte engendre l'hypocrite, la liberté révèle l'honnête homme. Ôte les chaînes à qui est bon, il restera bon ; ôte-les au méchant, il l'était déjà sous ses fers.

Te souviens-tu, à notre retour de Rome, ces sachets de graines que tu serrais comme des reliques ? Qu'en espérais-tu faire ?

Ha, Monseigneur, tu te moques, mais ces sachets valaient mieux que bien des bulles ! De nos voyages à Rome j'ai rapporté des graines de laitue romaine, de melons, et ces artichauts qu'on ne connaissait guère en France. Pendant que tu négociais avec le Saint-Père, moi je rôdais dans les jardins et les marchés, le nez sur les simples et les légumes. Un médecin doit savoir ce que mange son malade : la table est la première des pharmacies. J'ai vu là-bas des plantes dont nos anciens parlaient et que nul Français n'avait goûtées. Les rapporter, c'était enrichir nos potagers et nos écuelles tout ensemble. On retient les conquérants pour les villes qu'ils brûlent ; moi, je voudrais qu'on me sût gré d'un artichaut. Voilà, Monseigneur, ma façon de servir le royaume.

François Rabelais. Lithograph by C. Nanteuil, 1836, after E. Delacroix.
François Rabelais. Lithograph by C. Nanteuil, 1836, after E. Delacroix.Wikimedia Commons, CC BY 2.0 — Inconnu

Quand je t'entraînais par les rues de Rome étudier les ruines antiques, qu'y cherchais-tu donc, toi le médecin ?

Cherchais-je les ruines, Monseigneur ? J'y cherchais des maîtres ! Ces colonnes brisées, ces aqueducs, ces marbres m'enseignaient une grandeur que nos siècles gothiques avaient oubliée. Je mesurais les pierres, je dessinais les plans, je rêvais d'une description fidèle de la Rome antique. Mais tu sais qu'à Rome j'avais une autre affaire, plus pressante pour mon salut : obtenir du Saint-Père l'absolution de mon apostasie, moi qui avais quitté le froc sans congé. Grâce à ton crédit, Monseigneur, j'ai pu rentrer dans l'Église par la grande porte, séculier et en règle. Étrange chose : la même ville qui me lavait de ma faute de moine me rendait amoureux des païens d'autrefois. Mais l'humaniste que je suis ne voit nulle guerre entre Athènes et l'Évangile.

On dit que le rire guérit. Toi médecin et conteur tout ensemble, crois-tu vraiment soigner les hommes par tes fables ?

Voilà ma plus sérieuse plaisanterie, Monseigneur ! Oui, je tiens que le rire guérit. J'ai vu des malades que nul électuaire ne soulageait reprendre vigueur pour une bonne farce. Le chagrin épaissit le sang, la joie le rend clair — c'est physique autant que moral. Mon pantagruélisme, vois-tu, n'est ni ivrognerie ni sottise : c'est une certaine gaieté d'esprit confite en mépris des choses fortuites, une façon de vivre en paix malgré les vérolés, les guerres et les sorbonagres. J'écris pour les beuveurs très illustres et les vérolés très précieux, c'est-à-dire pour tous les hommes, car tous souffrent. Si mes géants font rire un seul moribond, j'aurai mieux pratiqué qu'avec toutes mes saignées. Le médecin guérit le corps une heure ; le bon conteur réjouit l'âme pour la vie.

Le médecin guérit le corps une heure ; le bon conteur réjouit l'âme pour la vie.

Maintenant que je t'ai obtenu la cure de Meudon, vas-tu enfin reposer ta plume, ou Pantagruel voguera-t-il encore ?

M'assagir ? Monseigneur, tu me connais trop pour l'espérer ! Je te suis infiniment obligé de cette cure de Meudon — un curé qui aime ses vignes et ses paroissiens, voilà qui me va. Mais crois-tu qu'un curé ne puisse tenir la plume ? Mon Quart Livre vient de paraître, et Pantagruel n'a pas encore atteint l'oracle de la Dive Bouteille qu'il cherche par-delà les mers. Tant qu'il me restera de l'encre et du vin de Touraine, mes géants navigueront. Je vieillis, c'est vrai, et la Sorbonne ne désarme point ; mais on ne réduit pas un homme au silence en lui donnant une paroisse. Je veux mourir la plume à la main et le verre plein, en riant de la mort comme on rit d'un sergent qui se trompe de porte.

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This imaginary interview was generated by artificial intelligence from sources documented in François Rabelais's profile. It dramatises what the figure might have said based on what we know about them, but does not constitute attested historical testimony. For primary sources and factual documentation, refer to the full profile.