Imaginary interview with Françoise de Graffigny
by Charactorium · Françoise de Graffigny (1695 — 1758) · Literature · 4 min read
Ce matin-là, une classe découverte visite une exposition sur le Siècle des Lumières. Deux élèves d'une douzaine d'années s'arrêtent devant le portrait d'une dame du XVIIIe siècle au regard vif. À leur grande surprise, Françoise de Graffigny semble prête à répondre à toutes leurs questions.
—C'était comment, votre salon ? Il y avait qui chez vous le soir ?
Tu sais, mon enfant, mon salon n'avait rien de grandiose. C'était un appartement modeste, rue Saint-Hyacinthe, à Paris. Mais le soir, il s'y passait de grandes choses ! Des penseurs venaient s'asseoir près de moi : Helvétius, le jeune Turgot, et même un garçon plein de feu nommé Diderot. On discutait des livres nouveaux, des idées de raison et de progrès. Imagine une pièce un peu froide, éclairée à la bougie, où chacun parlait fort et riait. Je n'avais guère d'argent, vois-tu, mais j'avais mieux : des amis qui pensaient. Ce qu'on appelait un bel esprit, c'est ça : quelqu'un de cultivé qui sait faire briller la conversation.
—Vous écriviez vraiment plus de 2 500 lettres ? Comment vous faisiez ?
Oh, plus encore ! J'ai passé ma vie à écrire à un ami très cher, François-Antoine Devaux. Parfois plusieurs lettres dans la même journée ! J'avais une petite écritoire portative : une boîte de voyage avec de l'encre, des plumes et du papier. Le soir venu, j'allumais un bougeoir à main, ce petit chandelier qu'on tient pour s'éclairer. Et j'écrivais, tard dans la nuit, jusqu'à ce que mes yeux me brûlent, car j'avais la vue bien fatiguée. Imagine une chambre silencieuse, juste le grattement de ma plume. Ces lettres, c'était ma façon de n'être jamais tout à fait seule.
Écrire à un ami, c'est lui tenir la main de loin.
—C'est vrai que Voltaire vous a chassée de chez lui ?
Ah… cette histoire me fait encore mal. En décembre 1738, j'étais invitée au château de Cirey, chez Voltaire et son amie savante, Émilie du Châtelet. Un soir, Voltaire m'a accusée d'avoir recopié et fait circuler des pages secrètes de son poème, La Pucelle d'Orléans. Devant tout le monde, il m'a couverte de reproches. À cette époque, on scellait les lettres à la cire pour garder ses secrets, et lui croyait que j'avais trahi les siens. J'ai dû repartir dans le froid, humiliée. Tu sais, le pire n'est pas d'être chassée. C'est d'être accusée par quelqu'un qu'on admirait.
—Vous étiez triste à ce moment-là ?
Triste ? J'étais effondrée. J'ai écrit à mon ami Devaux des mots que je n'ai jamais oubliés : « Je suis ici comme une criminelle. Voltaire m'a fait les plus affreux reproches devant tout le monde. » Imagine-toi accusée injustement, loin de chez toi, sans personne pour te défendre. Le château de Cirey était devenu une prison. Mais cette douleur m'a appris une chose, mon enfant. Les grands hommes ne sont pas toujours grands. Voltaire était un génie, oui, mais ce soir-là il a été cruel. Et moi, j'ai survécu. C'est en tombant qu'on découvre si l'on sait se relever.
—Votre livre le plus connu, ça parle de quoi ?
De mon grand roman, les Lettres d'une Péruvienne, paru en 1747 ! J'y raconte l'histoire de Zilia, une jeune princesse inca arrachée à son pays, le Pérou, et emmenée de force en France. Tout l'étonne, tout la choque. Par ses yeux d'étrangère, je montre combien notre société française pouvait être injuste, surtout envers les femmes. Imagine quelqu'un qui débarque dans un monde inconnu et dit tout haut ce que personne n'ose voir. Le livre a eu un succès fou : on l'a réimprimé plus de quarante fois ! Pour critiquer son propre pays, le mieux, c'est parfois de le regarder avec des yeux venus d'ailleurs.

—C'est quoi les quipos dans votre histoire ?
Ah, les quipos ! C'est une vraie merveille. Les Incas, le peuple de mon héroïne Zilia, ne connaissaient pas notre écriture. Pour se souvenir des choses, ils faisaient des nœuds sur des cordelettes de couleur. Chaque nœud, chaque couleur voulait dire quelque chose. Dans mon roman, Zilia tisse ses quipos pour parler à celui qu'elle aime, resté au Pérou. C'est sa façon à elle d'écrire des lettres, tu vois ? Imagine que tu racontes toute ta vie avec des ficelles et des nœuds, sans une seule lettre. Moi, cela m'émerveillait. Il y a mille façons de se parler ; l'encre n'en est qu'une.
—Pourquoi vous faisiez parler une étrangère plutôt que vous ?
Bonne question, vraiment ! Tu sais, à mon époque, une femme qui critiquait la France ouvertement risquait gros. Mais une princesse inca, elle, pouvait tout dire ! Personne ne lui en voulait d'être surprise par nos coutumes. Dans mon livre, j'écris que « l'on ne m'accusera jamais d'en avoir trop pris en peignant des mœurs qui nous sont étrangères ». Par la voix de Zilia, je pouvais dénoncer le sort des femmes, qu'on instruisait si mal. Imagine pouvoir dire la vérité en se cachant derrière un masque. Zilia était mon masque à moi.

—Et au théâtre, vous avez eu du succès ?
Oh oui, et quel souvenir ! En 1750, ma pièce Cénie fut jouée à la Comédie-Française, le grand théâtre de Paris. Le public a pleuré ! On appelait cela une comédie larmoyante : une pièce qui mêle le rire et les larmes pour toucher le cœur des gens. Elle a été jouée vingt-cinq fois de suite, un triomphe pour l'époque ! Imagine une salle comble, des mouchoirs partout, et moi cachée, le cœur battant, qui écoute les applaudissements. Après tant d'années difficiles, j'ai enfin senti qu'on m'aimait. Faire pleurer les gens de bonheur, c'est un beau métier, tu sais.
—Et vos pièces ont toujours bien marché ?
Hélas, non. La gloire ne dure pas toujours. En 1758, peu avant ma mort, j'ai donné une dernière pièce, La Fille d'Aristide. J'y avais mis tout mon cœur… mais le public ne l'a pas aimée. Cet échec m'a fait beaucoup de peine, surtout que j'étais déjà vieille et bien malade. Imagine que tu prépares un cadeau pendant des mois, et que personne ne le regarde. C'était un peu cela. Mais je ne regrette rien, mon enfant. Une vie d'artiste, ce sont des triomphes et des chutes ; il faut aimer les deux.
On n'écrit pas pour réussir, on écrit parce qu'on ne peut pas faire autrement.
—Si on se souvient de vous aujourd'hui, ce sera pour quoi ?
J'aimerais qu'on se souvienne de Zilia, ma petite princesse inca, et de ses Lettres d'une Péruvienne. Si un jour une fille lit mon livre et se dit qu'elle aussi a le droit d'apprendre, de penser, d'écrire, alors je n'aurai pas vécu pour rien. À mon époque, on instruisait si peu les filles ! Moi, j'ai écrit malgré un mariage malheureux, malgré la pauvreté, malgré ceux qui me croyaient incapable. Imagine une femme seule, à sa table, avec sa plume pour seule arme. Voilà qui j'étais.
Une plume ne fait pas de bruit, mais elle traverse les siècles mieux qu'une épée.
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This imaginary interview was generated by artificial intelligence from sources documented in Françoise de Graffigny's profile. It dramatises what the figure might have said based on what we know about them, but does not constitute attested historical testimony. For primary sources and factual documentation, refer to the full profile.



