Imaginary interview

Imaginary interview with Georges Clemenceau

by Charactorium · Georges Clemenceau (1841 — 1929) · Politics · 6 min read

Imaginary interview generated by AI from documented sources.

C'est sous la grande verrière de l'atelier de Giverny, en ce mois de septembre 1923, que Claude Monet retrouve son vieil ami Georges Clemenceau, retiré de la politique depuis trois ans. Sur les chevalets sèchent encore d'immenses panneaux de nymphéas bleus et mauves, et l'odeur de l'huile de lin flotte dans la lumière de fin d'après-midi. Les deux hommes se connaissent depuis des décennies — le peintre cabochard et le « Tigre » devenu vieux lion — et Monet, les mains tachées de couleur, vient cette fois retourner les questions vers celui qui d'ordinaire le houspille devant ses toiles. Entre deux silences, le grincement d'un fauteuil d'osier ponctue la conversation.

Georges, en novembre 1917, quand on est venu te chercher pour présider le Conseil, le pays vacillait. Qu'as-tu ressenti, toi qui avais tant attendu ce moment ?

Tu sais, Claude, j'avais soixante-seize ans et l'on me croyait fini. Le 16 novembre 1917, la France saignait, les mutineries couvaient, les défaitistes chuchotaient déjà la paix blanche. Quand Poincaré m'a appelé, je n'ai pas hésité une seconde. Devant la Chambre, je l'ai dit sans détour : ma politique étrangère et ma politique intérieure, c'est tout un — je fais la guerre, je fais toujours la guerre. Voilà tout mon programme. Pas de demi-mesure, pas de marchandage avec l'ennemi. J'ai fait arrêter ceux qui sapaient le moral, traduire les traîtres devant les tribunaux. On m'a trouvé brutal. Mais un peuple qu'on veut sauver, mon vieux, on ne le sauve pas avec des aquarelles — pardonne-moi cette pointe. On le sauve avec une volonté qui ne plie jamais.

Je fais la guerre, je fais toujours la guerre. Voilà tout mon programme.

On m'a raconté que tu allais sans cesse dans les tranchées, sous les obus. Pourquoi un vieil homme s'exposait-il ainsi auprès des poilus ?

Parce qu'on ne commande pas des hommes à mourir depuis un salon parisien, Claude. J'allais en Picardie, en Champagne, dans la boue jusqu'aux genoux, serrer la main de ces gamins barbus qu'on appelait les poilus. Ils me voyaient arriver avec ma canne et mon chapeau, et quelque chose se redressait dans leur regard. Je ne leur faisais pas de discours — je leur demandais s'ils mangeaient à leur faim, je goûtais leur gnôle. Ces tournées valaient mille proclamations. Tu peindrais cela mieux que je ne le raconte : des visages creusés, mais qui tenaient debout. Ils m'ont donné plus de courage que je ne leur en ai jamais rendu. C'est d'eux, et non de moi, qu'est venue la victoire.

On ne commande pas des hommes à mourir depuis un salon parisien.

Bien avant la guerre, en 1898, tu dirigeais L'Aurore. C'est toi, dit-on, qui as trouvé le titre du fameux article de Zola ?

C'est vrai, et j'en garde une fierté tranquille. Zola m'avait apporté sa lettre au président Faure, ce long réquisitoire contre l'injustice faite à Dreyfus. Il fallait un titre qui frappe comme un coup de poing. J'ai lu, relu, et ces deux mots me sont venus : J'accuse…!. Le 13 janvier 1898, L'Aurore en tirait trois cent mille exemplaires. Vois-tu, Claude, j'ai toujours pensé que la plume était une arme aussi tranchante qu'un sabre. On me reprochait mes campagnes féroces, mais devant une condamnation montée de toutes pièces, se taire eût été une lâcheté. Un innocent croupissait au bagne pour une faute commise par d'autres. Le journalisme, ce n'est pas raconter le monde : c'est le forcer à regarder ce qu'il préfère ne pas voir.

Le journalisme, ce n'est pas raconter le monde : c'est le forcer à regarder ce qu'il préfère ne pas voir.

Pour signer la paix en 1919, tu as choisi la Galerie des Glaces de Versailles. Ce lieu, n'était-ce pas une revanche savamment préparée ?

Tu me connais trop bien pour que je le nie, Claude. En 1871, dans cette même Galerie des Glaces, les Prussiens avaient proclamé leur Empire sur nos ruines, sous nos lustres, pour mieux nous humilier. J'étais jeune homme alors, et cette blessure ne s'est jamais refermée. Alors le 28 juin 1919, j'ai voulu que l'Allemagne vînt signer là, exactement là où elle nous avait outragés. Ce n'était pas de la rancune mesquine — c'était rendre à l'Histoire sa juste symétrie. Faire fermer le cercle ouvert un demi-siècle plus tôt. Quand les plénipotentiaires allemands ont traversé cette galerie sous nos yeux, j'ai senti que quelque chose se réparait dans la mémoire du pays. Certains lieux pèsent plus lourd que mille traités.

Je voulais que l'Allemagne signât là, exactement là où elle nous avait outragés.

Mais cette paix, tu l'as arrachée de haute lutte face à Wilson et Lloyd George. Fut-elle plus dure à faire que la guerre elle-même ?

Infiniment plus, Claude, et je le redirai jusqu'à mon dernier souffle : il est plus facile de faire la guerre que la paix. À la guerre, l'ennemi est en face, désigné, simple. À la table des négociations, mes alliés étaient mes adversaires les plus retors. Wilson arrivait d'Amérique avec ses quatorze points et ses rêves de monde nouveau — un bon prêcheur qui n'avait jamais vu une frontière saignée. Lloyd George ménageait ses intérêts d'île. Et moi, je n'avais qu'une obsession : que jamais plus l'invasion ne franchisse nos champs. J'ai bataillé pour le Rhin, pour les garanties, pour la sécurité de nos enfants. On m'a trouvé tantôt trop dur, tantôt trop tendre. Une paix, vois-tu, ne contente jamais personne — c'est peut-être à cela qu'on reconnaît qu'elle est juste.

Il est plus facile de faire la guerre que la paix.
Portrait of Georges Clemenceau
Portrait of Georges ClemenceauWikimedia Commons, Public domain — Édouard Manet

En février 1919, un anarchiste t'a logé une balle près du poumon. Et quelques jours plus tard, te voilà de nouveau au travail. Comment as-tu tenu ?

Ce gaillard de Cottin m'a tiré sept balles dessus, le 19 février, alors que je montais en voiture. Sept ! Une s'est nichée tout près du poumon, et elle y est encore — je la promène avec moi comme un vieux souvenir. À soixante-dix-sept ans, on me croyait fini une fois de plus. J'ai repris mon bureau au bout de quelques jours. J'ai seulement fait remarquer que mon tireur, à sept coups, m'avait raté presque entièrement : le bougre méritait quelques semaines de cours de tir avant de recommencer ! Vois-tu, Claude, je ne crois pas qu'on prolonge sa vie en la dorlotant. On la tient par le travail, par la colère, par l'ouvrage qui reste à finir. Le repos, ce sera pour le cimetière — et encore, debout.

Le repos, ce sera pour le cimetière — et encore, debout.

On t'a surnommé « le Tigre », toi qui as fait tomber tant de ministères et qui t'es même battu en duel. D'où te vient cette férocité ?

La férocité, Claude ? Disons plutôt l'horreur de la mollesse. J'ai vu seize gouvernements s'effondrer parce qu'ils tergiversaient, et oui, j'ai prêté la main à plusieurs de ces chutes — d'où ce surnom de tombeur de ministères. Quant au duel contre Déroulède en 1892, nous nous sommes tirés dessus au pistolet et manqués proprement tous les deux. J'ai dit que nous avions visé comme des parlementaires ! Le combat ne m'a jamais effrayé, qu'il fût d'idées, de plume ou de poudre. Je tiens cela de la Vendée, de mon père républicain qui m'a appris à ne jamais courber l'échine devant un puissant. Toi, tu te bats avec tes pinceaux contre la lumière qui s'enfuit. Moi, c'était contre la bêtise et la lâcheté des hommes. Au fond, nous sommes deux entêtés.

Nous nous sommes tirés dessus et manqués : nous avions visé comme des parlementaires !
Georges Clemenceau - portrait peint par Eugène Carrière
Georges Clemenceau - portrait peint par Eugène CarrièreWikimedia Commons, Public domain — Eugène Carrière

Te souviens-tu, Georges, du nombre de fois où tu as débarqué ici sans prévenir, pour me sortir de mon atelier ? Que viens-tu chercher à Giverny ?

Des dizaines de fois, Claude, et je ne compte plus. Je viens chercher ce que la politique m'a toujours refusé : le silence et la couleur. Quand je sortais d'une séance au Sénat, la tête pleine de fureurs et de faussetés, ton jardin m'apparaissait comme une rémission. Je te trouvais grognon devant tes nénuphars, te plaignant de tes yeux qui faiblissaient, prêt à lacérer dix toiles. Et moi je te tançais, je te forçais à reprendre les pinceaux. Vois-tu, je t'ai houspillé comme j'ai houspillé la France : par amour, et parce que je ne supporte pas qu'un génie renonce. Ici, auprès de toi, je redeviens un homme et non plus une fonction. C'est le seul endroit au monde où l'on m'engueule autant que je n'engueule les autres.

Je viens chercher ce que la politique m'a toujours refusé : le silence et la couleur.

Ces grands panneaux de nymphéas, tu insistes pour que je les offre à la nation. Pourquoi t'acharnes-tu tant à les sauver pour la France ?

Parce que ces toiles-là, Claude, sont à toi ce que la victoire fut à mon pays : l'œuvre d'une vie qu'on n'a pas le droit de laisser se perdre. Tu peins l'eau, le ciel, le tremblement de la lumière sur tes bassins — une paix que les hommes ne savent pas faire, mais que ton pinceau, lui, sait dire. Je veux qu'après nous, n'importe quel passant, un ouvrier, un gamin, puisse entrer dans une salle et s'y baigner de calme. La nation a saigné quatre ans ; elle a besoin que tu lui rendes la beauté. Alors oui, je harcèle les ministres, je tempête, je menace. On a fait la guerre pour défendre la France ; il faut maintenant lui offrir de quoi guérir. Tes nymphéas seront ce remède-là.

On a fait la guerre pour défendre la France ; il faut maintenant lui offrir de quoi guérir.

Maintenant que tu es retiré, loin des tribunes, dis-moi vraiment, mon vieil ami : de tout ce que tu as fait, que garderas-tu près du cœur ?

Étrange question dans ta bouche, toi qui me connais. On retiendra le « Père la Victoire », l'homme du 11 novembre 1918, celui qui disait que la France, soldat de l'idéal, le resterait toujours. Soit. Mais ce que je garde près du cœur, Claude, ce sont des choses que jamais je ne dirais à un journaliste : la main d'un poilu serrée dans la boue, le visage de mon vieux père, et ces après-midi volées dans ton jardin. La gloire est une fanfare qui s'éteint vite. Quand je m'éteindrai — et qu'on m'enterre debout en Vendée, comme je l'ai demandé — je veux partir avec le souvenir de la lumière, pas celui des honneurs. Tu m'auras appris cela, vieux bougre : qu'un bassin de nénuphars peut peser plus lourd qu'un traité.

La gloire est une fanfare qui s'éteint vite.
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This imaginary interview was generated by artificial intelligence from sources documented in Georges Clemenceau's profile. It dramatises what the figure might have said based on what we know about them, but does not constitute attested historical testimony. For primary sources and factual documentation, refer to the full profile.