Imaginary interview

Imaginary interview with Georgia O'Keeffe

by Charactorium · Georgia O'Keeffe (1887 — 1986) · Visual Arts · 6 min read

Imaginary interview generated by AI from documented sources.

C'est à Lake George, dans la maison de famille des Stieglitz, qu'a lieu cet entretien à l'automne 1940. La lumière dorée tombe sur le lac, et des épreuves photographiques sèchent encore sur une table de bois. Mariés depuis 1924, Alfred et Georgia se connaissent depuis plus de vingt ans — mais elle s'apprête déjà à repartir pour le Nouveau-Mexique, où elle vient d'acheter une maison à Ghost Ranch. Lui, l'œil rivé sur celle qu'il a photographiée des centaines de fois, vient chercher ce que l'objectif n'a jamais su saisir.

Georgia, je t'ai photographiée plus de trois cents fois depuis 1917. Dis-moi : que ressentais-tu, toutes ces heures, sous mon objectif ?

Toi qui as tenu cet appareil pendant tant d'années, Alfred, tu sais que je n'étais pas toujours consentante. Au début, poser devant toi me donnait le sentiment d'exister deux fois — dans ta chambre noire et dans mon propre travail. Tu cadrais mes mains, mon cou, mon visage comme moi je cadre une fleur : en m'approchant si près qu'on ne voit plus que l'essentiel. J'ai appris cela de toi, je crois. Mon petit Brownie, je l'ai pris pour regarder le monde comme tu me regardais — en serrant, en isolant, en oubliant le reste. Mais il y a eu des jours où j'en avais assez d'être ton sujet. Je voulais être celle qui regarde, pas celle qu'on expose.

Quand tu as commencé ces immenses fleurs, vers 1924, beaucoup ont ri. Pourquoi diable les peindre si grandes, Georgia ?

Parce que personne ne prend le temps de regarder une fleur, Alfred. Elle est petite, on s'imagine la connaître, on passe. Alors j'ai décidé de la peindre si grande qu'on ne pourrait plus l'ignorer — un iris haut comme une porte, un pavot qui remplit toute la toile. New York est immense, ses gratte-ciel écrasent tout ; je me suis dit que si je peignais une fleur à la taille d'un building, alors les gens pressés s'arrêteraient, surpris, et la verraient enfin vraiment. C'est une sorte de ruse, si tu veux. Je donne à la chose la plus humble la dimension d'un paysage, pour obliger l'œil à s'attarder là où il glissait sans la voir.

Je peins la fleur si grande qu'on ne pourra plus l'ignorer.

Les critiques ne cessent d'y voir des symboles, des allusions au corps de la femme. Cela te met en colère ?

Cela m'exaspère, oui. Ces messieurs — et ce sont presque toujours des messieurs — regardent mon iris noir et y projettent leurs propres pensées, puis ils écrivent que c'est moi qui les y ai mises. Je n'ai jamais peint une fleur pour parler d'autre chose que de la fleur. Quand je regarde de très près un pétale, sa courbe, l'ombre au creux, c'est cette forme-là qui m'intéresse, pas une histoire qu'on raconterait dans les salons. Tu le sais, toi qui m'as vue travailler : je ne mets pas de littérature dans ma peinture. On a écrit sur mon travail des choses qui n'ont rien à voir avec moi. Je peins ce que je vois, et ce que je vois suffit.

Dès 1915, tu écrivais à ton amie Anita qu'il existe chez la femme un territoire que seule une femme peut explorer. Le crois-tu toujours ?

Je l'ai écrit, et je ne le renie pas. I feel there is something unexplored about woman that only a woman can explore — il me semblait, à vingt-sept ans, que les hommes avaient dit tout ce qu'ils pouvaient dire, et qu'il restait une part de l'expérience qu'eux ne toucheraient jamais. Mais comprends-moi bien, Alfred : je ne veux pas qu'on m'enferme dans le rayon des « femmes peintres ». Quand on m'appelle ainsi, j'entends une diminution, comme si je jouais dans une catégorie à part. Je suis peintre, voilà tout. Je veux qu'on juge ma toile comme on jugerait celle de n'importe quel homme accroché à côté — sans indulgence et sans condescendance.

En 1929, tu es partie au Nouveau-Mexique avec Rebecca Strand, et tu m'as écrit une lettre que je n'ai pas oubliée. T'en souviens-tu ?

Comment l'oublierais-je ? Je t'ai écrit que le désert était la plus belle chose que j'aie jamais vue — I must paint it, te disais-je, il faut que je le peigne. C'était plus fort que moi, Alfred. La lumière y tombe à l'horizontale, rase la terre rouge, et les collines semblent avoir été modelées la veille. J'ai trouvé là des os blanchis, des crânes que le soleil avait nettoyés, et leur beauté m'a saisie comme jamais une nature morte de New York ne l'avait fait. Je sais que cette lettre t'a fait de la peine, parce qu'elle annonçait que je ne resterais plus à tes côtés toute l'année. Mais je ne pouvais pas mentir : là-bas, je respirais.

'Georgia O'Keeffe', marble sculpture by Gaston Lachaise, 1927, Metropolitan Museum of Art
'Georgia O'Keeffe', marble sculpture by Gaston Lachaise, 1927, Metropolitan Museum of ArtWikimedia Commons, Public domain — Wmpearl

Tu appelles désormais ce pays sec « le tien ». Qu'a-t-il que New York, où je t'ai tout offert, n'avait pas ?

Tu m'as offert New York, c'est vrai, et la galerie, et les expositions — je ne l'oublie pas, Alfred. Mais New York, c'était ton pays, fait de tes amis, de tes combats, de ta lumière à toi. Le Nouveau-Mexique, personne ne me l'a donné : je l'ai reconnu, comme on reconnaît un visage qu'on aurait toujours connu. Là-bas, l'espace est si vaste qu'il me rend à moi-même. Je peux conduire ma Ford pendant des heures sur les pistes sans croiser âme qui vive, m'arrêter au pied d'une falaise et planter mon chevalet dans le silence. À New York je peignais malgré la ville ; au désert, je peins avec lui. C'est la différence entre une maison qu'on vous prête et une terre qui vous attendait.

À New York je peignais malgré la ville ; au désert, je peins avec lui.

Décris-moi tes journées là-bas, Georgia. Comment vit-on, seule, dans ce désert dont tu me parles avec tant de ferveur ?

Je me lève avant le jour, Alfred, pour ne pas manquer le moment où la lumière effleure les falaises — tu comprendrais cela, toi qui guettes la même heure avec ta chambre. Je marche longtemps, je ramasse un os, une pierre, une fleur séchée, et je les rapporte comme d'autres rapportent des trophées. L'après-midi, je peins, parfois des heures sur un seul pétale, à étaler la couleur en dégradés que l'œil ne doit pas surprendre. Je mange ce que fait pousser mon potager — des légumes, des herbes ; je ne touche plus guère à la viande depuis bien des années. Et le soir, je lis, souvent ces sagesses d'Orient qui parlent du vide. Le vide, vois-tu, n'est jamais rien : c'est ce qui fait respirer une toile.

Georgia O'Keeffe with Matisse Sculpture
Georgia O'Keeffe with Matisse SculptureWikimedia Commons, CC0 — Alfred Stieglitz

On me dit ta maison nue comme une cellule de moine — murs de terre, presque rien aux murs. Pourquoi ce dépouillement ?

Parce que je n'ai besoin de rien d'autre. Ma maison est en adobe, en terre crue séchée au soleil, avec des murs épais et des fenêtres qui découpent le désert comme autant de tableaux déjà cadrés. Dedans, je ne garde que l'essentiel : un os posé là, une pierre, une spirale de bois mort — disposés comme des sculptures. Tu connais ma façon de m'habiller, Alfred : du noir, du blanc, du gris, aucune fioriture. C'est la même chose pour ma maison et pour ma peinture. Tout ce qui est de trop me dérange, m'encombre l'œil et l'esprit. Quand on ôte le superflu, ce qui reste devient enfin visible. J'ai passé ma vie à enlever, à soustraire, jusqu'à ce qu'il ne subsiste que la forme juste.

Souviens-toi : en 1916, j'ai exposé tes dessins au 291 sans te prévenir. Tu étais furieuse. M'en veux-tu encore ?

Furieuse, je l'étais, et tu le savais en accrochant mes fusains sans m'en dire un mot ! J'ai débarqué à la galerie pour exiger que tu les décroches — c'est ainsi que nous nous sommes vraiment rencontrés, te souviens-tu, dans une dispute. Tu as refusé ; tu as dit que ces dessins devaient être vus. Avec le recul, je sais ce que je te dois : le 291 était le seul endroit en Amérique où l'on prenait l'art moderne au sérieux, où Picasso et Cézanne côtoyaient nos propres recherches. Sans cette galerie, sans toi qui as cru à ce que personne ne comprenait encore, serais-je devenue peintre ? Peut-être. Mais sûrement pas si vite, ni de cette manière. Je t'en ai voulu, et je t'en suis reconnaissante — les deux à la fois.

Je t'en ai voulu, et je t'en suis reconnaissante — les deux à la fois.

On fait de toi un symbole — de l'art américain, de la femme libre. Te reconnais-tu dans cette image, Georgia ?

Les symboles, c'est encore une histoire que les autres racontent à ma place. On m'a appelée la mère de je ne sais quel modernisme, on veut faire de moi un drapeau. Mais je ne me suis jamais levée le matin en pensant représenter l'Amérique ou les femmes. Je me lève pour peindre ce qui est devant moi : une fleur, un crâne, une colline rouge. Si cela parle d'indépendance, c'est parce que j'ai gagné le droit de vivre où je veux et de peindre comme je veux — sans demander la permission, pas même la tienne, Alfred. Qu'on tire de mon travail les leçons qu'on voudra ; moi, je n'y vois qu'une chose : la relation entre moi et ce lieu que j'aime. Le reste appartient à ceux qui regardent.

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This imaginary interview was generated by artificial intelligence from sources documented in Georgia O'Keeffe's profile. It dramatises what the figure might have said based on what we know about them, but does not constitute attested historical testimony. For primary sources and factual documentation, refer to the full profile.