Imaginary interview

Imaginary interview with Grace Hopper

by Charactorium · Grace Hopper (1906 — 1992) · Technology · Sciences · 6 min read

Imaginary interview generated by AI from documented sources.

C'est dans les couloirs presque déserts du Harvard Computation Laboratory, en cet automne 1971, que Howard Aiken retrouve celle qu'il commanda jadis sur le Mark I. L'odeur d'huile chaude et le claquement lointain des relais semblent encore flotter là où, en 1944, une jeune lieutenante en uniforme bleu nuit recopiait des séquences de calcul. Vingt-sept ans ont passé : elle est devenue une figure de l'informatique, lui un homme retiré du service. Il vient sans carnet, avec la seule curiosité d'un ancien chef qui veut comprendre comment sa programmeuse a fini par faire parler les machines.

Grace, vous rappelez-vous ce matin de septembre 1947, dans notre laboratoire, quand vos hommes ont extrait un papillon du Mark II ?

Je m'en souviens comme d'hier, commandant. La machine s'arrêtait sans raison, et nous avons fini par ouvrir le panneau F : un papillon de nuit s'était logé dans le relais numéro 70, électrocuté entre les contacts. Mes garçons l'ont retiré à la pince, et plutôt que de le jeter, nous l'avons collé au ruban adhésif dans le journal de bord. J'ai noté à côté : « First actual case of bug being found ». Les ingénieurs parlaient déjà de « débuguer » leurs montages depuis des années, mais ce jour-là, pour la première fois, le bug était un véritable insecte. Vous savez combien j'aime garder des traces : cette page-là, je la montre encore partout. Une panne devenue plaisanterie, et la plaisanterie devenue un mot.

Quand vous avez quitté mes machines pour les calculateurs commerciaux, vous vouliez qu'elles comprennent l'anglais. Mes ingénieurs vous croyaient rêveuse — et moi aussi, je l'avoue.

Rêveuse, oui, on me l'a assez dit ! Tout le monde répétait que les ordinateurs ne savent faire que de l'arithmétique, qu'il était absurde de leur écrire des mots. Alors j'ai construit A-0, en 1952, le premier compilateur : un programme qui traduit des symboles lisibles en code machine, pour que l'humain n'ait plus à penser en binaire. Eh bien, j'avais un compilateur qui tournait, et personne n'a voulu y toucher. « I had a running compiler and nobody would touch it. They told me computers could only do arithmetic. » Il a fallu des années pour qu'on me croie. Mais voyez-vous, commandant, vous m'aviez appris une chose au Mark I : une machine fait exactement ce qu'on lui dit. Restait à lui dire les choses dans une langue d'humain.

Une machine fait exactement ce qu'on lui dit. Restait à lui dire les choses dans une langue d'humain.

De ce compilateur est né, dit-on, un langage entier, ce COBOL. Pourquoi vous être battue pour qu'il tourne sur les machines de vos concurrents ?

Tout est parti de FLOW-MATIC, vers 1955 : le premier langage écrit en vrais mots anglais, pour les gens de la gestion qui ne sont pas mathématiciens. Il a prouvé qu'un comptable pouvait lire un programme. COBOL en est l'héritier direct, né en 1959 : j'en ai été l'architecte, mais je tenais surtout à une idée — qu'il parle la même langue partout. À quoi bon un langage si chaque constructeur en fabrique une version incompatible ? Je me suis battue pour la standardisation, obtenue en 1968, parce que sans elle nous aurions rebâti la tour de Babel. Les gens s'attachent trop aux résultats immédiats ; il faut penser l'avenir du calcul et le rendre accessible à tous. Un langage commun, c'est cela : la liberté de changer de machine sans tout réécrire.

Avant de me rejoindre, en 1944, vous étiez déjà docteure de Yale. En 1934, comment une femme parvenait-elle à un tel diplôme ?

À la force du poignet, commandant, car cela n'était guère encouragé. J'ai d'abord étudié à Vassar, un collège pour femmes, où j'ai décroché ma licence de mathématiques et de physique en 1928, puis j'y ai enseigné. Pour le doctorat, je suis entrée à Yale, et en 1934 j'ai compté parmi les très rares femmes à obtenir un titre de mathématiques dans cette université. On me regardait comme une curiosité plus que comme une collègue. Mais j'avais une conviction simple : un théorème est juste ou faux, il ne demande pas de quel sexe on est. Cette rigueur-là, je l'ai gardée toute ma vie. Quand vous m'avez confié vos calculs au Mark I, dix ans plus tard, je n'ai fait que l'appliquer aux machines.

On raconte que la Marine a failli vous refuser en 1943 : trop âgée, trop légère sur la balance. Qu'est-ce qui vous a fait insister ?

C'est exact. J'avais trente-sept ans, et il me manquait quelques livres pour le poids réglementaire : on m'a d'abord éconduite. Mais nous étions en guerre, et je voulais servir, comme mon arrière-grand-père amiral avant moi. J'ai obtenu une dérogation et rejoint les WAVES, ce corps féminin de la Marine créé en 1942. C'est ainsi que je suis arrivée chez vous, à Harvard, affectée au Mark I : un ordre militaire, pas un choix de carrière ! La Marine m'a appris quelque chose que l'université ignore : un navire au port est en sécurité, mais ce n'est pas pour cela qu'on construit les navires. Il faut prendre le large et faire des vagues. Je n'ai jamais oublié cette leçon, ni cessé d'en faire.

Un navire au port est en sécurité, mais ce n'est pas pour cela qu'on construit les navires.
Grace Hopper
Grace HopperWikimedia Commons, Public domain — James S. Davis

Ces bouts de fil de cuivre que vous distribuez désormais dans vos conférences — à quoi diable servent-ils, Grace ?

Ah, mes nanosecondes ! Voyez : voici un fil de cuivre d'environ trente centimètres. C'est exactement la distance que parcourt la lumière, ou un signal électrique, en une nanoseconde — un milliardième de seconde. Quand un général me demande pourquoi son satellite met si longtemps à répondre, je ne lui fais pas un cours de physique : je lui mets ce fil dans la main. Il comprend aussitôt qu'on ne peut pas aller plus vite que la lumière, et que chaque centimètre de câble coûte du temps. J'en donne des poignées à mes étudiants. On retient ce qu'on touche, commandant, bien mieux qu'une équation au tableau. Vous me reprochiez parfois mes manières de maîtresse d'école : eh bien, je les revendique.

À peine arrivée, je vous ai aussitôt mise au manuel du Mark I — cinq cents pages. Vous m'en avez voulu, avouez-le.

Vous en vouloir ? Sur le moment, peut-être un peu ! Vous m'avez confié, dès mon arrivée, la rédaction du manuel d'opération du Mark I : cinq cents pages décrivant chaque rouage de ce monstre de quinze mètres. Je pestais, mais j'ai compris plus tard quel cadeau c'était. Pour écrire ce manuel, il fallait comprendre la machine mieux que quiconque, fil par fil, instruction par instruction. C'est devenu, sans qu'on le sache, l'un des tout premiers ouvrages de documentation informatique. Et cette discipline ne m'a plus quittée : tout consigner, dater, expliquer. Le papillon dans le journal de bord, voyez-vous, c'est la même habitude. Vous m'avez faite écrivaine de machines avant de me faire programmeuse.

Commodore Grace M. Hopper, USN (covered)
Commodore Grace M. Hopper, USN (covered)Wikimedia Commons, Public domain — James S. Davis

Vous portez encore l'uniforme, après tout ce temps. Qu'est-ce que la Marine vous a donné que mon laboratoire n'aurait jamais pu vous offrir ?

Le laboratoire m'a donné les machines ; la Marine m'a donné une mission. Sous cet uniforme, on ne me demande pas si je suis une femme, mais si je sais commander et obéir — et j'ai appris les deux. La discipline du bord m'a rendue ponctuelle, exigeante, et terriblement entêtée face aux supérieurs qui me servaient l'éternel « on a toujours fait ainsi ». C'est la phrase que je déteste le plus au monde. Servir m'a aussi donné une famille d'équipage, des jeunes officiers à former, un sens du devoir qui dépasse ma petite personne. Vous étiez mon commandant à Harvard, mais c'est la Marine, je crois, qui a fait de moi autre chose qu'une simple savante : une meneuse.

On vous surnomme « Amazing Grace ». Vous passez désormais plus de temps à enseigner qu'à programmer — pourquoi cela compte-t-il tant ?

Ce surnom me fait sourire : je ne suis pas si étonnante, je suis surtout obstinée. Mais oui, je cours désormais les universités, les entreprises, les bases militaires, pour expliquer ces machines au plus grand nombre. Pourquoi ? Parce qu'un ordinateur enfermé dans les mains de quelques spécialistes ne sert à rien. Je veux que le jeune homme ou la jeune fille qui m'écoute reparte en se disant qu'il en est capable. Le plus dur n'est pas de programmer la machine, c'est de défaire la peur qu'on en a. J'aime semer cette idée que rien n'est impossible, qu'il suffit souvent d'essayer pour réussir. Tant qu'il me restera une salle et des fils de cuivre, je continuerai.

Le plus dur n'est pas de programmer la machine, c'est de défaire la peur qu'on en a.

Une dernière question, Grace. Vous qui avez fait parler les machines, à quoi rêvez-vous pour celles qui viendront après nous ?

Je rêve qu'on cesse de regarder l'ordinateur comme un oracle réservé aux prêtres du binaire. Nous sommes tous trop obsédés par les résultats immédiats ; il faut penser l'avenir du calcul et le rendre accessible à tous. Demain, j'en suis certaine, on programmera dans une langue si naturelle qu'un enfant pourra dialoguer avec la machine. Les langages se simplifieront, se standardiseront, voyageront d'un continent à l'autre. Mon COBOL n'est qu'un début, la première phrase d'une conversation qui durera des siècles. Et si l'on me demande un conseil, je répéterai toujours le même : ne dites jamais « on a toujours fait ainsi ». Allez de l'avant, faites des vagues, commandant — c'est ainsi qu'on bâtit l'avenir, pas en restant au port.

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This imaginary interview was generated by artificial intelligence from sources documented in Grace Hopper's profile. It dramatises what the figure might have said based on what we know about them, but does not constitute attested historical testimony. For primary sources and factual documentation, refer to the full profile.