Imaginary interview with Haile Selassie
by Charactorium · Haile Selassie (1892 — 1975) · Politics · Spirituality · 6 min read

Le vent d'harmattan souffle doucement sur les jardins du Palais du Jubilé, à Addis-Abeba, en cette fin d'après-midi de 1967. Dans un salon aux tapis éthiopiens, l'Empereur reçoit, comme chaque jour, entre deux audiences ; non loin, dans son enclos, un lion somnole. C'est là, entre le thé et les dossiers d'État, qu'il accepte de répondre, avec la lenteur mesurée qui est la sienne, aux questions d'un visiteur venu d'Europe.
—Vous rappelez-vous le matin de votre couronnement, en 1930 ?
Je me souviens du froid de l'aube, avant que le soleil ne monte sur Addis-Abeba, et du silence dans la Cathédrale Saint-Georges avant que les chants ne commencent. On m'a posé sur la tête la couronne de mes pères, on m'a remis le sceptre, et les hérauts ont proclamé les titres que porte quiconque s'assoit sur ce trône : Negusa Negast, « roi des rois », et Lion conquérant de la tribu de Juda. Des princes étaient venus d'Europe, des journalistes du monde entier avaient traversé les mers pour voir ce jour. Je n'ai pas ressenti l'orgueil qu'on m'a parfois prêté, mais le poids d'une charge : on ne devient pas seulement souverain d'un peuple, on devient l'héritier visible de Salomon et de la reine de Saba, et cette dette-là ne s'allège jamais.
—Que signifie, pour vous, appartenir à la dynastie salomonide ?
Cela signifie que je ne me possède pas moi-même. Depuis Ménélik Ier, fils que la tradition donne à Salomon et à la reine de Saba, chaque souverain d'Éthiopie porte une dette envers ceux qui l'ont précédé et envers Dieu qui l'a placé sur ce trône. Les textes liturgiques, écrits en guèze, la langue sacrée de notre Église, rappellent cette filiation à chaque grande cérémonie. On m'appelait déjà Ras lorsque j'ai fait entrer mon pays à la Société des Nations, en 1923, bien avant qu'on ne m'appelle empereur. Je crois que la légitimité ne se décrète pas : elle se prouve, chaque jour, par la justice qu'on rend et par la protection qu'on accorde à son peuple. C'est un fardeau autant qu'un honneur, et je ne l'ai jamais séparé de ma foi.
—Pourquoi avoir voulu doter l'Éthiopie d'une Constitution écrite, en 1931 ?
Parce qu'un royaume qui ne s'écrit pas se dérobe. Avant 1931, la coutume gouvernait seule, et la coutume, si sage soit-elle, ne suffit plus face aux nations qui nous regardaient comme un pays à conquérir. J'ai voulu que mon peuple ait un texte, des institutions, un Parlement, même limité — un commencement. Le texte disait aussi, noir sur blanc, que la personne de l'Empereur est sacrée, sa dignité inviolable et son pouvoir indiscutable ; certains y ont vu une contradiction avec la modernité que je prétendais construire. Je n'y vois pas de contradiction : on ne bâtit pas une maison neuve en arrachant les fondations. Plus tard, j'ai voulu une université à Addis-Abeba, pour que mes sujets n'aillent plus seulement étudier ailleurs. Un peuple qui lit ses propres lois commence à se gouverner lui-même.
—Que ressentiez-vous en montant à la tribune de la Société des Nations, à Genève, en juin 1936 ?
J'étais seul, ou presque — mon pays venait d'être envahi, et l'on avait répandu sur mes soldats et mes villages un gaz que même la guerre, dans ses lois les plus anciennes, réprouve. Dans la salle du Palais des Nations, des journalistes fascistes ont sifflé à mon entrée ; on a dû les faire taire. J'ai parlé lentement, en amharique, pour que chaque mot pèse à travers la traduction. J'ai dit que j'étais venu réclamer la justice due à mon peuple, et j'ai averti l'assemblée : « c'est aujourd'hui nous, ce sera demain vous ». Peu m'ont entendu ce jour-là au sens où je l'espérais — on m'a applaudi, puis on m'a laissé repartir en exil, vers Bath. Mais je crois que cette phrase a survécu au silence des diplomates.
C'est aujourd'hui nous, ce sera demain vous.
—Comment avez-vous vécu ces années d'exil en Angleterre ?
À Bath, dans une villa que les Anglais appelaient Fairfield, j'ai appris une patience que le trône ne m'avait pas enseignée. Cinq années sans mon pays, à lire les dépêches, à recevoir quelques fidèles, à espérer que les puissances qui m'avaient applaudi à Genève se souviennent de leurs propres paroles. Ce sont ces années-là, et non les jours de gloire du couronnement, qui m'ont appris ce que valait la solitude d'un souverain sans royaume. C'est là que j'ai commencé à dicter les pages qui deviendraient plus tard My Life and Ethiopia's Progress — il fallait bien que quelqu'un raconte, avant que d'autres ne le fassent à ma place. Quand je suis rentré à Addis-Abeba, en 1941, porté par les armes britanniques autant que par la fidélité de mon peuple, j'ai compris que rien n'efface une couronne reçue devant Dieu.

—Le Lion de Juda apparaît partout — sur votre drapeau, dans vos titres. D'où vient cette image ?
Le lion est notre héritage biblique autant que notre nature : mon peuple vit depuis toujours au milieu d'eux, dans les hautes terres. L'emblème que vous voyez sur le tricolore vert, jaune et rouge — un lion portant croix et étendard — rattache ce trône à la lignée de Juda, celle dont Salomon lui-même est issu. Je porte la croix copte de notre Église orthodoxe comme protecteur de cette foi, et le lion comme protecteur de ce peuple ; les deux ne se séparent jamais dans mon esprit. Quand des étrangers me disent que ce drapeau flotte aujourd'hui sur d'autres continents, adopté par des mouvements qui cherchent leur propre dignité, je ne peux qu'y voir un signe que ce lion parle au-delà de mes frontières, sans que j'aie jamais cherché à l'y envoyer.
—On dit que vous gardiez de véritables lions au palais. Est-ce vrai ?
C'est vrai, et cela ne m'a jamais semblé étrange. J'ai grandi avec l'idée que le lion protège autant qu'il impose le respect ; en garder dans les jardins du Palais du Jubilé, c'était garder vivant, sous mes fenêtres, ce que mes titres proclament dans les cérémonies. Le matin, avant les audiences, je passais souvent près de leur enclos — un moment de silence avant que les affaires de l'État ne reprennent. Des visiteurs étrangers s'en étonnaient, prenaient des clichés, comme si un empereur entouré de lions relevait de la légende plutôt que du quotidien. Pour moi, il n'y avait là aucune mise en scène : le Lion conquérant de la tribu de Juda n'est pas qu'un mot gravé sur un sceptre, c'est une présence que je pouvais entendre rugir au crépuscule.
Le Lion conquérant de la tribu de Juda n'est pas qu'un mot gravé sur un sceptre.

—Que représentait pour vous la fondation de l'Organisation de l'unité africaine, à Addis-Abeba en 1963 ?
Un aboutissement, et un commencement. J'avais vu mon pays seul, en 1936, plaider sa cause devant des nations qui ne l'écoutaient qu'à demi ; je ne voulais plus qu'aucune nation africaine connaisse cette solitude-là. Que les chefs d'État du continent se réunissent chez moi, à Addis-Abeba, pour fonder une organisation commune, cela signifiait que l'Éthiopie, seule à n'avoir jamais été durablement colonisée, pouvait offrir un toit à ceux qui sortaient tout juste de la tutelle européenne. Nous avons discuté des jours entiers du siège, des principes, des frontières héritées du partage colonial qu'il fallait bien, provisoirement, respecter pour éviter la guerre entre voisins. Je crois que l'unité de l'Afrique ne se décrétera pas en une génération, mais qu'il fallait poser, quelque part, une première pierre — et qu'elle le soit ici me touche plus que tous mes titres.
—Que pensez-vous du fait qu'on vous vénère, en Jamaïque, comme une figure quasi divine ?
Je n'ai jamais demandé une telle chose, et je ne l'ai jamais entièrement comprise. Ces hommes et ces femmes des Caraïbes ont vu dans mon nom de jeunesse, Ras Tafari, et dans mon couronnement de 1930, le signe d'une prophétie qui les concernait, eux, bien plus qu'elle ne me concernait moi. Je suis un chrétien orthodoxe, fidèle à l'Église de mes pères ; je ne me reconnais pas dans la place qu'on me donne parfois dans leurs chants et leurs prières. Mais je ne peux pas non plus fermer les yeux sur ce qu'ils y cherchent : une dignité que l'esclavage et le colonialisme leur avaient arrachée, et qu'ils disent avoir retrouvée en regardant vers l'Éthiopie — le seul trône africain resté debout. Je reçois cette ferveur avec un respect prudent, sans jamais la revendiquer pour moi-même.
—Racontez-nous votre arrivée en Jamaïque, en avril 1966.
La pluie tombait si fort sur l'aéroport de Kingston que, depuis le hublot, je ne distinguais d'abord qu'une masse immense, des dizaines de milliers de personnes debout sous l'averse, attendant depuis des heures. J'avoue être resté un instant assis, saisi par l'ampleur de cette foule et par ce qu'elle attendait de moi — bien plus qu'un chef d'État en visite officielle. Il a fallu qu'on m'assure, sur le tarmac, que ces gens ne s'écarteraient pas d'eux-mêmes pour que je descende enfin les marches. On m'a dit depuis que ce jour est resté dans leurs mémoires sous le nom de Grounation Day, et qu'on le célèbre chaque année. Je n'ai offert à ces gens que ma présence, pas de prophétie ; mais j'ai compris, sous cette pluie jamaïcaine, que le nom de mon pays portait, loin de ses frontières, un poids que je ne mesurais pas encore.
Je n'ai offert à ces gens que ma présence, pas de prophétie.
This imaginary interview was generated by artificial intelligence from sources documented in Haile Selassie's profile. It dramatises what the figure might have said based on what we know about them, but does not constitute attested historical testimony. For primary sources and factual documentation, refer to the full profile.


