Imaginary interview

Imaginary interview with Harriet Taylor Mill

by Charactorium · Harriet Taylor Mill (1807 — 1858) · Philosophy · 6 min read

Imaginary interview generated by AI from documented sources.

C'est dans une chambre baignée de la lumière pâle d'un hiver provençal, quelque part sur la route du Sud où Harriet est venue soigner ses poumons, que John Stuart Mill approche un fauteuil du sien. Sur la table basse traînent des feuillets annotés à deux mains, une théière refroidie, et les notes de ce traité sur la liberté qu'ils façonnent ensemble depuis des mois. Ils se connaissent depuis bientôt vingt-six ans — l'amie, la collaboratrice, l'épouse — et ce soir Mill ne vient pas en philosophe mais en témoin, désireux qu'elle dise enfin, pour elle-même, ce qu'il n'a jamais cessé de lui attribuer. Dehors, le mistral fait claquer un volet.

Te souviens-tu de ce dîner de 1830 où l'on nous présenta ? Tu étais l'épouse de John Taylor, et moi un jeune homme intimidé. Qu'as-tu pensé de moi ?

Toi qui étais là, tu sais combien la chose fut convenable en apparence et bouleversante en vérité. Je t'ai trouvé d'une gravité qui me changeait des galanteries de salon, et tu m'écoutais — m'écoutais réellement, ce qu'aucun homme n'avait fait. Je menais une vie rangée, mariée, respectable, et voilà qu'une conversation m'ouvrait un monde. La société de Londres a vite parlé : une femme mariée qui reçoit un philosophe, qui échange des manuscrits, qui se retire à Walton-on-Thames pour travailler loin des regards. On a chuchoté, on a coupé des invitations. Je ne le regrette pas une heure. J'ai préféré vingt ans de murmures à une vie de convenances muettes. Ce que les gens appelaient un scandale, je l'appelais, moi, la première amitié de ma vie où je n'avais pas à me rapetisser.

On a chuchoté ; j'ai préféré vingt ans de murmures à une vie de convenances muettes.

Ces feuillets sur la table, couverts de nos deux écritures — dis-moi franchement, lorsque je signe un livre, que reste-t-il vraiment de toi dans les pages ?

Plus que tu n'oses le dire, et moins que ce que tu prétends parfois pour me flatter. Reprends les chapitres sur le travail et les classes laborieuses des Principles of Political Economy : combien de soirées avons-nous passées à discuter pied à pied de la condition des ouvriers avant que tu n'écrives un mot ? Je t'arrache à tes prudences, tu m'arraches à mes emportements. Nous nous corrigeons l'un l'autre jusqu'à ne plus savoir qui a pensé quoi. Voilà la vérité que le monde ne supporte pas : qu'un livre puisse naître de deux têtes. On accordera volontiers ton nom à l'ouvrage. Le mien, on le tiendra pour une influence, une muse, un parfum. Une femme ne peut être auteur aux yeux de l'éditeur ; elle ne peut qu'inspirer. C'est précisément ce mensonge poli que je voudrais voir tomber.

Une femme ne peut être auteur aux yeux de l'éditeur ; elle ne peut qu'inspirer.

Dans ton essai de la Westminster Review, en 1851, tu réclames pour les femmes le droit de suffrage. N'as-tu pas craint d'aller trop loin pour ton temps ?

Trop loin ? Mon ami, je crains plutôt de n'être pas allée assez loin. On me dit que demander le vote pour les femmes est une chimère ; je réponds qu'aucune raison sérieuse n'a jamais été donnée pour le leur refuser, sinon l'habitude et l'intérêt des hommes à les garder mineures. Enfranchisement : le mot dit tout, donner à un être les droits du citoyen. Tant qu'une femme ne peut voter, posséder en propre, choisir son métier, elle demeure une pupille déguisée en compagne. La Reform Act de 1832 a daigné élargir le suffrage — aux hommes, et en excluant les femmes par un mot ajouté exprès. On a donc pris soin de nous fermer la porte. J'ai voulu écrire noir sur blanc ce que tant murmurent : l'égalité civile et politique n'est pas une faveur à mendier, c'est une justice qu'on nous doit.

L'égalité n'est pas une faveur à mendier, c'est une justice qu'on nous doit.

Toi qui as connu le mariage avant le nôtre, explique-moi cette coverture anglaise que tu condamnes si durement dans tes écrits.

C'est la plus élégante des prisons, car elle ne se voit pas. Selon la loi de notre pays, la femme mariée cesse d'exister en droit : sa personne, ses biens, jusqu'à ses gains, tout est absorbé dans la personnalité de l'époux. Elle ne possède rien, ne signe rien, n'est rien — la coverture, on dit, comme si l'on était couverte d'un manteau alors qu'on est enterrée vivante. Ajoute à cela la doctrine des separate spheres : à l'homme le forum, la cité, le commerce ; à la femme le foyer, le berceau, le silence. On nous assigne la moitié du monde et l'on appelle cela notre nature. Dès mon premier essai sur le mariage et le divorce, j'ai dit qu'un lien dont on ne peut sortir n'est pas un lien d'amour mais une chaîne. Une union qui survit à l'affection par la seule force de la loi déshonore les deux époux.

La coverture : comme si l'on était couverte d'un manteau, alors qu'on est enterrée vivante.

Lorsque nous nous sommes mariés en 1851, j'ai rédigé cette déclaration renonçant à tout pouvoir légal sur toi. Qu'a-t-elle signifié pour toi ?

Elle a signifié que tu refusais de tirer profit d'une injustice dont tu n'es pas l'auteur. Songe-y : le jour de nos noces, la loi te remettait mes biens, ma volonté, mon corps même, comme un propriétaire reçoit les clés d'une maison. Tu as solennellement déclaré ne vouloir d'aucun de ces droits et promis de me laisser libre comme si nul contrat ne nous liait. C'était un geste rare, presque scandaleux pour nos amis — un mari qui dépose les armes que la société lui tend. Mais comprends-moi : cette renonciation, si belle soit-elle, demeure une grâce que tu m'accordes. Tant qu'il faut la générosité d'un homme pour rendre une femme libre, les femmes ne sont pas libres. Ton acte console mon cœur ; il ne répare pas la loi. C'est la loi qu'il faut abattre, non l'adoucir au cas par cas.

Tant qu'il faut la générosité d'un homme pour rendre une femme libre, les femmes ne sont pas libres.
Grab Harriet Taylor Mill
Grab Harriet Taylor MillWikimedia Commons, CC BY-SA 4.0 — Harvey Kneeslapper

Ce traité sur la liberté que nous écrivons ici, à voix basse le soir — pourquoi tiens-tu tant à ce que nous le menions ensemble jusqu'au bout ?

Parce que c'est notre livre, et que je sens trop bien que je n'en verrai peut-être pas l'achèvement. Nous l'avons commencé l'an passé, conscients l'un et l'autre que nos santés sont fragiles, et chaque page que nous relisons à voix haute le soir me semble un testament autant qu'un traité. La liberté de l'individu contre la tyrannie de l'opinion, le droit de penser, de vivre, de se tromper à sa guise — n'est-ce pas exactement ce que nous avons défendu de nos deux existences contre les bavardages de Londres ? Je veux que rien n'y soit tiède. Promets-moi de n'en rien retrancher par prudence après moi. Tu as la finesse ; j'ai l'audace. Garde l'audace. Un livre sur la liberté qui pèserait ses mots par peur du qu'en-dira-t-on se renierait à chaque ligne.

Tu as la finesse ; j'ai l'audace. Pour un livre sur la liberté, garde l'audace.

Tu tousses davantage ces jours-ci, et le médecin t'a de nouveau envoyée vers le Midi. Comment supportes-tu cette vie de convalescente perpétuelle ?

Mal, je l'avoue à toi seul, car au monde je fais bonne figure. Cette toux me poursuit depuis des années — le mal de poitrine qui fauche tant des nôtres dans l'air humide de l'Angleterre. On me prescrit le soleil, les bouillons, le repos, les voyages vers le Sud où l'on respire enfin. Alors je pars : la France, l'Italie, ces routes que je connais maintenant par cœur. Le plus dur n'est pas la fatigue du corps, c'est l'impatience de l'esprit. Mes meilleures heures sont le matin, avant que la faiblesse ne me reprenne ; je les donne à la lecture et à nos pages. L'après-midi, il me faut subir des promenades en voiture que je trouverais oiseuses si elles ne me rendaient un peu de force. Je voyage pour vivre, mais je ne vis que pour penser et écrire avec toi.

Je voyage pour vivre, mais je ne vis que pour penser et écrire avec toi.
Harriet Taylor, c1830 (6882958014)
Harriet Taylor, c1830 (6882958014)Wikimedia Commons, Public domain — LSE Library

Tu parles souvent d'Avignon comme d'un refuge. Qu'est-ce qui t'y attire, dans cette ville du Rhône ?

Le ciel d'abord, large et sec, qui apaise ma poitrine comme nul autre. Avignon a quelque chose d'ample et de paisible, les pierres chaudes, le vent qui nettoie l'air — on y respire autrement que dans le brouillard de charbon de Londres. J'y trouve une halte sur ces longues routes du Sud où mon mal m'oblige à m'arrêter. Et puis, je ne te le cache pas, j'aime l'idée d'un lieu loin des salons, loin des cartes de visite et des visites de bienséance, où nul ne sait qui nous sommes et où nous pouvons n'être que nous-mêmes. Si je devais choisir un coin de terre pour finir mes jours de pensée tranquille, ce serait peut-être celui-là. Promets-moi que, quoi qu'il advienne de ma santé, nous reviendrons dans ce pays où je me sens enfin légère.

Un lieu où nul ne sait qui nous sommes, et où nous pouvons n'être que nous-mêmes.

On te reproche, dans les cercles utilitaristes mêmes, une radicalité excessive. Bentham, mon père, prêchaient la réforme par la raison. Te crois-tu fidèle à eux ?

Fidèle à leur méthode, infidèle à leur timidité — et c'est la meilleure fidélité. L'utilitarisme enseigne que la valeur d'une chose se mesure au bonheur qu'elle répand sur le plus grand nombre. Fort bien : mais comment prétendre au plus grand bonheur du plus grand nombre quand on laisse la moitié de l'espèce hors du compte ? Tenir les femmes pour des mineures perpétuelles, c'est retrancher du calcul leur intelligence, leur travail, leur jugement. Ton père et Bentham ont eu le courage de soumettre toutes les institutions à la raison ; je ne fais que pousser leur principe jusqu'au bout, là où ils se sont arrêtés par habitude. La raison ne connaît pas de sexe. Si elle commande de réformer les lois électorales, elle commande tout autant de réformer celles du mariage. Je ne suis pas plus radicale qu'eux : je suis seulement plus conséquente.

La raison ne connaît pas de sexe ; je ne suis pas plus radicale, je suis plus conséquente.

Après tant d'années d'attente, de manuscrits échangés, de Londres quittée pour le Sud — si l'on te demandait ce que fut le sens de notre travail commun, que répondrais-tu ?

Je répondrais que nous avons tenté de prouver, par nos vies autant que par nos livres, qu'un homme et une femme peuvent penser d'égal à égal. On nous a crus liés par le sentiment seul ; nous l'étions par l'intelligence, ce qui dure davantage. Toute mon œuvre tient en une idée simple et obstinée : nulle créature humaine ne doit en gouverner une autre sous prétexte de sa naissance, de son sexe ou de son rang. Le suffrage, le mariage, le travail, la liberté de l'esprit — ce sont autant de visages de la même question. Si l'on se souvient un jour de moi, que ce ne soit pas comme de l'épouse d'un philosophe, mais comme d'une femme qui pensait. Et toi, mon cher compagnon, tu seras mon meilleur témoin, car tu sais mieux que quiconque ce que valent ces pages où nos deux mains se mêlent.

Qu'on se souvienne de moi non comme de l'épouse d'un philosophe, mais comme d'une femme qui pensait.
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This imaginary interview was generated by artificial intelligence from sources documented in Harriet Taylor Mill's profile. It dramatises what the figure might have said based on what we know about them, but does not constitute attested historical testimony. For primary sources and factual documentation, refer to the full profile.