Imaginary interview

Imaginary dialogue between W.E.B. Du Bois and Ida B. Wells

by Charactorium · Ida B. Wells (1862 — 1931) · Society · Politics · Literature · 5 min read

Imaginary interview generated by AI from documented sources.
Portrait of Ida B. Wells
Wikimedia Commons, Public domain — Various

C'est dans le salon de sa maison de Bronzeville, à Chicago, qu'Ida B. Wells reçoit W.E.B. Du Bois en cet hiver de 1927. Sur la table basse, les feuillets de ses mémoires en chantier voisinent avec une pile de coupures de presse annotées d'une écriture serrée. Les deux militants se connaissent depuis la fondation de la NAACP, alliés dans un même combat mais que le tempérament a parfois opposés. Du Bois, venu l'écouter plutôt que la contredire, tourne sa tasse entre ses doigts et laisse le silence l'inviter à commencer.

Ida, avant nos batailles communes, il y a eu Memphis et ton ami Thomas Moss. Peux-tu me dire ce que ce meurtre a brisé en toi ?

Tu sais, Will, que rien dans ma vie n'a compté davantage. En mars 1892, ils ont sorti Thomas de sa cellule et l'ont abattu comme une bête, lui, l'épicier honnête dont le seul crime était de réussir mieux que les Blancs du quartier. J'ai compris ce jour-là que le viol prétendu n'était qu'un mensonge commode, un paravent pour éliminer ceux qui prospéraient. J'ai écrit dans le Free Speech ce que personne n'osait écrire. Ils ont détruit ma presse, promis de me pendre si je revenais. Je n'ai jamais pu rentrer dans le Sud. Mais ce sang versé m'a donné ma tâche pour la vie entière.

Ce sang versé m'a donné ma tâche pour la vie entière.

Après cette fuite, tu as publié Southern Horrors. Écrire depuis l'exil, loin des tiens, quel poids cela représentait-il pour toi ?

L'exil fut une blessure autant qu'une liberté, Will. Depuis New York, puis Chicago, je n'avais plus la peur au ventre que dans le Sud on respire à chaque coin de rue. Mais j'avais perdu ma maison, mon journal, mes voisins. Southern Horrors est né de cette rage froide : rassembler les faits, les dates, les noms, et les jeter à la face de ceux qui préféraient détourner les yeux. J'ai appris qu'une femme seule, armée d'une plume et de preuves, pouvait faire trembler des villes entières. On m'a traitée de menteuse ; je répondais par les chiffres. L'exil m'a coûté un foyer, mais il m'a rendue libre de dire toute la vérité.

Tu as toujours reproché à nos orateurs de trop parler et de trop peu compter. Ton Red Record, comment l'as-tu bâti, pièce par pièce ?

Patiemment, Will, comme on bâtit un mur. Pour The Red Record, en 1895, j'ai dépouillé les journaux blancs eux-mêmes, car nul ne pouvait m'accuser de partialité en citant leurs propres colonnes. J'ai dressé à la main mes tableaux : par État, par année, par motif allégué. Plus de deux mille cinq cents lynchages en dix ans, chacun avec son nom, sa date, son prétexte. Les beaux discours, ils les balayaient d'un revers de main ; devant des colonnes de chiffres, ils se taisaient. Mon carnet d'enquêtrice valait mieux que dix sermons. Voilà ce que j'ai toujours voulu te faire entendre : notre cause n'a pas besoin de plus d'éloquence, elle a besoin de plus de preuves.

Notre cause n'a pas besoin de plus d'éloquence, elle a besoin de plus de preuves.

Ce travail de recensement était neuf, presque scandaleux pour une femme noire de ton temps. En mesurais-tu l'audace en le faisant ?

Je ne pensais pas à l'audace, Will, je pensais aux morts qu'on effaçait. Personne ne les comptait, personne ne retenait leurs noms — on les enterrait deux fois, dans la terre et dans l'oubli. Alors je suis devenue leur greffière. On me disait qu'une enquête pareille était l'affaire des hommes, des savants, des sociétés. Je répondais que c'était l'affaire de qui aurait le courage de la faire. J'ai tenu mes registres comme un comptable tient ses livres, sans un mot de trop. Et quand les autorités juraient que le lynchage n'était qu'un fait divers, mes tableaux leur montraient une méthode, un système, une politique de terreur.

Il y a un point où nous n'avons jamais tout à fait pensé pareil, toi et moi : les armes. On dit que tu ne sors jamais sans ton revolver ?

C'est vrai, et je ne m'en cache pas. Quand ils ont détruit ma presse et promis de me tuer, j'ai compris qu'attendre la protection de la police, c'était attendre la mort. Alors oui, j'ai porté une arme, et je l'ai conseillé aux miens. Je l'ai écrit sans détour : un Winchester dans chaque foyer noir ferait plus pour régler la question du lynchage que toutes les conférences du monde. Ce n'est pas un appel à la violence, Will, c'est le simple droit de défendre sa vie quand la loi vous l'a refusé. Une foule recule devant un homme qui peut riposter. Voilà une vérité que nos beaux esprits n'aiment pas entendre, mais que tout Noir du Sud connaît dans sa chair.

Une foule recule devant un homme qui peut riposter.
Ida B Wells High School San Francisco January 2013 002
Ida B Wells High School San Francisco January 2013 002Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0 — King of Hearts

Cette conviction t'a valu bien des reproches, y compris parmi nos amis. As-tu jamais douté de ce droit à l'autodéfense ?

Jamais, Will, pas une seule fois. J'ai vu trop de familles suppliantes livrées à la foule pour croire encore aux vertus de la seule patience. On m'a dit que je nuisais à la cause, que je faisais peur aux Blancs de bonne volonté. Mais je n'ai pas à rendre la terreur confortable pour ceux qui la tolèrent. Se défendre n'est pas provoquer : c'est refuser de mourir agenouillé. Je respecte ceux qui prêchent la pétition et le tribunal — j'y ai moi-même consacré ma plume. Mais quand la nuit tombe et que la corde s'approche, aucune pétition n'a jamais sauvé un homme. Un fusil, parfois, si.

Parlons de Washington, en 1913, à cette marche pour le suffrage. On a demandé aux femmes de couleur de défiler à l'arrière. Qu'as-tu ressenti ?

De la colère, puis une résolution très calme. Ces dames blanches voulaient bien de mon soutien, mais pas à leurs côtés — je devais marcher derrière, hors de vue, comme si notre droit de vote était d'une autre espèce que le leur. J'ai refusé. Je me suis retirée sur le trottoir, sans un éclat, et j'ai attendu que passe la délégation de l'Illinois. Alors j'ai surgi et j'ai pris ma place au milieu des miennes. Personne n'a osé m'en chasser. Le suffrage des femmes ne vaut rien s'il se bâtit sur l'exclusion des femmes noires. Je ne suffragette qu'à condition d'être une citoyenne entière — sinon ce n'est qu'un privilège de plus réservé aux Blanches.

Le suffrage des femmes ne vaut rien s'il se bâtit sur l'exclusion des femmes noires.
Mary Garrity - Ida B. Wells-Barnett - Google Art Project - restoration crop
Mary Garrity - Ida B. Wells-Barnett - Google Art Project - restoration cropWikimedia Commons, Public domain — Adam Cuerden

Ainsi tu portais deux combats à la fois, celui de la race et celui du sexe. N'était-ce pas t'exposer à être trahie des deux côtés ?

Trahie, oui, et souvent, Will. Les féministes blanches me trouvaient encombrante ; certains de nos hommes jugeaient que le suffrage des femmes n'était pas notre urgence. Mais je n'ai jamais su découper ma personne en tranches. Je suis noire et je suis femme dans la même vie, dans le même corps ; on me refuse l'urne pour l'une et pour l'autre raison. À Chicago, j'ai fondé un club de femmes de couleur pour porter les nôtres aux registres électoraux, car nul autre ne le ferait à notre place. Attendre son tour, c'est accepter d'être servie en dernier. Je préfère déranger les deux camps que mentir à moi-même.

Il y a une stratégie qui m'a longtemps intrigué : tes deux voyages en Angleterre. Pourquoi porter notre honte américaine devant des étrangers ?

Parce que l'Amérique n'écoutait que lorsqu'on la faisait rougir aux yeux du monde, Will. En 1893 et 1894, j'ai parcouru l'Angleterre, parlant dans les églises et les salles bondées, distribuant mes brochures. Les Anglais ignoraient qu'au pays de la liberté on brûlait des hommes sans procès. Quand ils l'ont su, leur presse s'en est émue, et voilà que les journaux américains, si prompts à m'ignorer chez moi, se sont mis à répondre, à se justifier, à couvrir enfin le sujet. J'avais forcé la porte par l'extérieur. Une nation qui se moque de sa conscience redoute encore le regard de ses pairs. J'ai retourné cet orgueil contre lui-même.

L'Amérique n'écoutait que lorsqu'on la faisait rougir aux yeux du monde.

Le soir, tu me recevais parfois à ta table, ici même, avec quelques autres. Ces tournées de conférences, comment les vivais-tu de l'intérieur ?

Comme une mission épuisante et exaltante, Will — toi qui t'es assis à cette table, tu sais combien je rentre chaque soir la voix rauque et l'esprit en feu. Sur l'estrade, je ne cédais rien au pathos : je lisais des faits, des dates, des témoignages, et je laissais l'horreur parler d'elle-même. Après, le public m'entourait, incrédule, bouleversé, voulant agir. Ces conversations valaient tous les triomphes. Je notais ensuite mes impressions le soir, avec la même rigueur que mes enquêtes, car un jour il faudrait raconter tout cela. C'est cette matière que tu vois s'entasser là, sur ma table : les pages de ma vie, que je couche enfin par écrit pendant qu'il m'en reste le temps.

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This imaginary interview was generated by artificial intelligence from sources documented in Ida B. Wells's profile. It dramatises what the figure might have said based on what we know about them, but does not constitute attested historical testimony. For primary sources and factual documentation, refer to the full profile.