Imaginary interview

Imaginary interview with Jean Monnet

by Charactorium · Jean Monnet (1888 — 1979) · Politics · 6 min read

Imaginary interview generated by AI from documented sources.

Forêt de Rambouillet, fin d'un après-midi de printemps. Dans la maison basse de Houjarray, un homme de plus de quatre-vingts ans nous reçoit autour d'une table simple, ses notes manuscrites empilées près d'une lampe. La voix est posée, presque dépouillée ; on devine l'homme qui préférait toujours convaincre dans le silence d'une pièce que dans le tumulte d'une tribune.

Vous êtes né à Cognac, dans une maison de négoce. Qu'est-ce que cette ville vous a transmis ?

Cognac, c'est d'abord une odeur d'eau-de-vie et de chêne dans les chais, et l'idée très tôt que rien ne se vend sans qu'on comprenne d'abord ce que veut l'autre. Adolescent, on m'a envoyé porter notre cognac en Angleterre, puis jusqu'au Canada, sans diplôme et sans titre dans la poche. J'ai appris là, sur les quais et dans les bureaux, que la confiance se construit fait par fait, jamais par de grands discours. Une bouteille de cognac posée sur une table en disait plus long qu'un long contrat. Cette école de marchand m'a suivi toute ma vie : je n'ai jamais cru aux systèmes que l'on impose d'en haut, seulement aux choses concrètes que les hommes acceptent parce qu'ils en voient l'utilité.

J'ai appris très tôt que la confiance se construit fait par fait, jamais par de grands discours.

Comment un jeune négociant sans titre s'est-il retrouvé à coordonner l'effort de guerre des Alliés ?

En 1914, j'avais vingt-six ans et la conviction simple que la France et l'Angleterre allaient gaspiller leurs forces si elles achetaient chacune de leur côté le blé, le charbon, les navires. J'ai obtenu d'être reçu par le président du Conseil Viviani et je lui ai dit qu'on ne gagnerait pas en s'ignorant. On m'a écouté, faute de mieux peut-être. Vingt-cinq ans plus tard, à Washington, j'ai recommencé avec Roosevelt : il fallait des chiffres de production énormes, presque insolents, pour écraser l'adversaire par la matière. On a appelé cela le Victory Program. Churchill, qui n'était pas tendre, a dit un jour que je valais plusieurs divisions. C'était trop d'honneur pour un homme qui n'a jamais tenu un fusil, seulement un téléphone et des tableaux de chiffres.

Je n'ai jamais tenu un fusil, seulement un téléphone et des tableaux de chiffres.

À la Libération, vous prenez en charge la reconstruction économique du pays. Pourquoi commencer par là ?

Parce qu'une France ruinée n'aurait jamais pu parler d'Europe. En 1945, on m'a confié le Commissariat au Plan, et nous avons bâti ce qu'on a appelé le Plan de modernisation et d'équipement. Il fallait choisir quelques priorités — le charbon, l'acier, l'électricité, les transports — et y concentrer tout l'effort, au lieu de saupoudrer. Mes collaborateurs s'épuisaient sur d'épais rapports que je leur faisais réécrire dix fois, car une idée mal formulée est une idée perdue. Ce n'était pas de la théorie : c'était des hauts fourneaux qu'il fallait rallumer, des voies ferrées à reposer. J'ai appris durant ces années que moderniser un pays, c'est d'abord se mettre d'accord sur des objectifs précis, puis tenir bon. Sans cette discipline française, je n'aurais jamais osé proposer la suite.

Parlez-nous de ce printemps 1950, quand vous avez écrit en secret la déclaration que prononcerait Robert Schuman.

Ce fut ici même, à Houjarray, dans ces quelques pièces, au début du mois de mai 1950. Une poignée de collaborateurs, des nuits sans sommeil, et cette certitude qu'il fallait frapper vite et frapper juste avant que les chancelleries ne diluent l'idée. Nous avons écrit, déchiré, recommencé, à la recherche de la formule exacte. Celle que je tiens encore pour la plus vraie tient en une ligne : « L'Europe ne se fera pas d'un coup, ni dans une construction d'ensemble : elle se fera par des réalisations concrètes créant d'abord une solidarité de fait. » Le 9 mai, Schuman l'a annoncée au Quai d'Orsay, et presque personne ne savait que le texte était sorti de cette maison. Cela m'était égal : je n'ai jamais cherché à ce que mon nom figure sur la couverture.

Une poignée de collaborateurs, des nuits sans sommeil, et la certitude qu'il fallait frapper vite et juste.

Que représentait pour vous la Communauté du charbon et de l'acier, née de ce plan ?

C'était bien plus qu'un marché commun de deux matières. Le charbon et l'acier, au XXe siècle, c'étaient le nerf de la guerre : qui les contrôlait pouvait fabriquer des canons. Les mettre en commun entre la France et l'Allemagne, sous une Haute Autorité dont les décisions s'imposaient aux États, c'était retirer aux nations l'instrument même de leur prochaine guerre. J'en ai été le premier président, à Luxembourg, en 1952 — la première fois dans l'histoire qu'une institution se plaçait au-dessus des souverainetés. Je l'ai dit le jour de la signature : cette mise en commun devait être « la première étape de la Fédération européenne ». Beaucoup ont souri. Mais nous avions inventé quelque chose qui n'existait pas, la supranationalité, et l'on ne défait pas facilement une chose qui marche.

Portrait de Jean Monnet
Portrait de Jean MonnetWikimedia Commons, Public domain — Maurice Quentin de La Tour

Vous n'avez jamais brigué le moindre mandat électif. Était-ce un renoncement ou un calcul ?

Ni l'un ni l'autre : une méthode. J'ai très tôt compris que l'on agit davantage en restant dans les coulisses qu'en montant à la tribune. Un élu doit plaire, ménager, durer ; un homme libre de tout mandat peut dire les choses et préparer les décisions sans rien attendre en retour. Le général de Gaulle, qui ne m'aimait guère, m'appelait « l'homme des grandes combinaisons » — il y mettait de l'ironie, j'y voyais presque un compliment. Mon cabinet a toujours été cette maison de campagne, mes armes un téléphone de bureau et quelques rendez-vous en tête-à-tête. On change rarement le monde devant cinq cents personnes ; on le change avec trois hommes dans une pièce, quand chacun finit par voir où est l'intérêt commun.

On change rarement le monde devant cinq cents personnes ; on le change avec trois hommes dans une pièce.

Concrètement, à quoi ressemblait une journée de travail de cet homme de l'ombre ?

Je me levais tôt et lisais la presse étrangère avant tout le monde, car comprendre l'autre commence par savoir ce qu'il lit le matin. Je dictais des notes, vite, que je reprenais ensuite tout le jour, stylo plume à la main, jusqu'à trouver la phrase qui ne se discute plus. L'après-midi, des rencontres, jamais de grandes assemblées : un industriel, un syndicaliste, un ministre, l'un après l'autre. Le soir, ici, un dîner simple, puis je relisais encore mes textes sous la lampe, tard dans la nuit. On me croyait austère ; j'étais surtout convaincu qu'une idée juste mal écrite ne convainc personne. Tout mon travail tenait dans cette obstination de la clarté, répétée mille fois sur la même page.

Portrait de Jean Monnet
Portrait de Jean MonnetWikimedia Commons, Public domain — Maurice Quentin de La Tour

L'échec de la Communauté européenne de défense, en 1954, a-t-il sonné la fin de votre projet ?

Le soir où l'Assemblée nationale a enterré la CED, en 1954, beaucoup ont cru l'Europe morte. J'ai pensé exactement l'inverse : on venait d'échouer en voulant aller trop vite vers l'armée et le politique, donc il fallait revenir aux réalisations concrètes. J'ai quitté la présidence de la Haute Autorité pour avoir les mains libres, et fondé en 1955 le Comité d'action pour les États-Unis d'Europe. J'y ai réuni, autour d'une même table, des partis et des syndicats de plusieurs pays — des gens qui d'ordinaire se combattaient. Un échec n'est jamais qu'une étape mal choisie. Deux ans plus tard, les traités de Rome donnaient raison à cette méthode patiente, celle des solidarités de fait qu'on ne peut plus défaire.

Un échec n'est jamais qu'une étape mal choisie.

Vous répétiez que l'Europe ne consistait pas à rapprocher des États. Que vouliez-vous dire ?

Que l'on n'unit pas durablement des nations par des traités entre chancelleries — celles-ci changent au gré des gouvernements. Devant mon Comité d'action, j'ai résumé ma conviction d'une formule à laquelle je tiens : « Nous ne coalisons pas des États, nous unissons des hommes. Ce que nous faisons n'est pas une alliance, c'est le commencement d'une révolution pacifique des esprits. » Une alliance se rompt ; une habitude de travailler ensemble, non. Quand un mineur de la Ruhr et un sidérurgiste lorrain dépendent des mêmes règles, ils cessent peu à peu de se penser en ennemis. C'est la réconciliation franco-allemande par la matière, par les faits, avant les sentiments. Les institutions ne sont que la mémoire de cette habitude, pour que les générations suivantes n'aient pas à tout réapprendre.

Une alliance se rompt ; une habitude de travailler ensemble, non.

Au terme de cette vie passée à bâtir, qu'aimeriez-vous qu'on retienne de votre démarche ?

Non pas un nom — le mien importe peu — mais une manière de faire. J'ai écrit dans mes Mémoires que « les nations souveraines du passé ne sont plus en mesure d'assurer leur propre protection ni de maîtriser leur développement » ; je le crois encore en regardant le monde depuis cette maison de Houjarray. Si l'on devait me lire dans un siècle, j'aimerais qu'on comprenne que je n'ai jamais voulu un édifice achevé, seulement mettre en marche un mouvement que chaque génération devra reprendre et corriger. L'intégration européenne n'est pas un monument, c'est un chantier qui ne se referme pas. Le reste — les titres, les honneurs — je l'ai laissé volontiers aux autres. J'ai préféré la lampe, le stylo plume, et la prochaine étape concrète à préparer.

Je n'ai jamais voulu un édifice achevé, seulement un mouvement que chaque génération devra reprendre.
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This imaginary interview was generated by artificial intelligence from sources documented in Jean Monnet's profile. It dramatises what the figure might have said based on what we know about them, but does not constitute attested historical testimony. For primary sources and factual documentation, refer to the full profile.