Imaginary interview with Kiya
by Charactorium · Kiya (1400 av. J.-C. — 1400 av. J.-C.) · Politics · Spirituality · Visual Arts · 6 min read

Nous l'avons rencontrée à Akhetaten, dans l'ombre fraîche de sa chapelle solaire, à l'heure où les rayons d'Aton s'allongent sur les dalles peintes du Grand Palais. Elle porte sa perruque aux longues boucles nubiennes et un large collier usekh qui capte la lumière. Kiya accepte de parler d'elle — ce qui, pour une femme dont on effacera bientôt jusqu'au nom, n'est pas une petite chose.
—On vous désigne par un titre que personne d'autre n'a jamais porté. Que signifie-t-il pour vous ?
On m'appelle wrt hswt, la Grande Aimée. Les scribes le gravent sur les blocs de calcaire de mes murs, et chaque fois je vois qu'ils hésitent un instant : la formule hmt nsw wrt hswt n'existait pour aucune femme avant moi. Je ne suis pas hmt nsw wrt, la Grande Épouse Royale — ce rang appartient à Néfertiti, dont le nom emplit Akhetaten comme le vent emplit les voiles. Moi, je suis autre chose. Un rang taillé sur mesure, ni l'épouse principale ni une simple femme du harem. Akhenaton a voulu qu'on inscrive ma faveur dans la pierre, avec un mot qu'il fallait presque inventer. Je porte ce titre comme on porte un bijou que nul ne peut vous emprunter, parce qu'il n'a été fondu que pour un seul cou.
Un rang taillé sur mesure, un mot qu'il fallait presque inventer pour dire ce que j'étais.
—Décrivez-nous à quoi ressemble une de vos matinées ici, à Akhetaten.
Avant même que le disque ne franchisse la ligne des falaises, mes servantes me passent la robe de lin plissé et referment sur ma poitrine le collier usekh aux rangs de faïence. Puis je marche vers ma chapelle. Car j'ai la mienne — ma maison de l'ombre du soleil, ce que les scribes nomment bit-shades. Comprenez bien l'étrangeté de la chose : un temple solaire personnel est le privilège de la Grande Épouse Royale, et pourtant Akhenaton m'en a donné un. Je me tiens seule face à Aton qui se lève, ses rayons se terminant en petites mains offrant l'ankh, le signe de vie, à qui il aime. Là, entre l'encens et le premier or du jour, je ne suis plus une épouse secondaire. Je suis celle que le soleil regarde en premier.
Entre l'encens et le premier or du jour, je suis celle que le soleil regarde en premier.
—Pourquoi ce sanctuaire personnel compte-t-il tant à vos yeux ?
Parce qu'une chapelle dédiée à Aton n'est pas un ornement, c'est une déclaration gravée dans le calcaire. À Akhetaten, on ne bâtit rien au hasard : la ville entière est née d'un site vierge pour honorer le disque, et chaque mur dit qui compte et qui ne compte pas. Que mon nom figure sur les talatat de mon propre temple, aux côtés d'Akhenaton sous les rayons bienfaisants, cela signifie que ma place n'est pas dans l'ombre du harem mais dans la lumière officielle du culte. Les artisans travaillent encore à décorer mon bit-shades pendant que je me promène dans les jardins rafraîchis par les canaux du Nil. Chaque bloc qu'ils posent est une preuve que j'existe. Un jour, je le sais, cette preuve pourrait aussi devenir la cible de ceux qui voudront m'oublier.
—Comment vous reconnaît-on entre toutes les femmes représentées sur ces murs ?
À ma perruque. Les autres portent la coiffure lisse des princesses ou le haut casque bleu de Néfertiti ; moi, mes longues boucles nubiennes tombent en cascade, et c'est à elles qu'on me devine avant même de lire mon cartouche. Sur les talatat, ces blocs standardisés que les sculpteurs alignent par milliers, un œil exercé me trouve à cette seule chevelure. On me voit aussi dans les reliefs de la tombe royale, tenant un enfant royal — un rôle maternel que les graveurs n'accordent pas à n'importe qui. Voilà ce qui me console un peu : même si l'on martèle mon nom, la forme de ma perruque restera. La pierre garde le dessin d'une femme quand elle a oublié comment elle s'appelait. C'est une immortalité de silhouette, mais c'en est une.
La pierre garde le dessin d'une femme quand elle a oublié comment elle s'appelait.
—On raconte que vous ne seriez pas née sur les rives du Nil. Qu'en dites-vous ?
Certains murmurent que Kiya n'est pas mon vrai nom, mais l'écho égyptien d'un autre, venu de loin. Ils me disent Tadukhipa, fille de Tushratta, roi du Mitanni, envoyée depuis Washukkanni jusqu'à la cour de Pharaon pour sceller l'alliance entre nos deux royaumes. Les lettres échangées entre les cours parlent de cette fille promise, des statues d'or réclamées, des chariots qui traversent le désert. Fut-ce moi ? On adapte toujours les noms des princesses étrangères pour que les bouches d'Égypte puissent les prononcer ; peut-être ai-je perdu mon nom d'origine dans ce voyage, comme on laisse un vêtement à la frontière. Je ne le confirmerai ni ne le nierai. Une femme dont on discute les origines des siècles durant est une femme qu'on n'a pas tout à fait réussi à ranger.
J'ai peut-être perdu mon nom d'origine dans ce voyage, comme on laisse un vêtement à la frontière.

—Que représentaient ces alliances entre l'Égypte et un royaume aussi lointain que le Mitanni ?
Le Mitanni n'était pas une contrée de conte, mais une puissance du Proche-Orient avec laquelle Pharaon échangeait des présents, des serments et des filles. Une princesse envoyée là-bas n'était pas seulement une épouse : elle était un traité vivant, une clause de paix qui respirait et mangeait à la table du roi. Si je suis bien celle que Tushratta écrivit à Akhenaton, alors j'ai franchi le désert non pour l'amour mais pour l'équilibre entre deux trônes. Et pourtant, une fois entrée à Akhetaten, on m'a donné ce titre de wrt hswt que nulle diplomate n'avait jamais mérité. La clause de paix est peut-être devenue autre chose. C'est cela, la cour amarnienne : un lieu où une étrangère pouvait finir par avoir son propre temple face au soleil.
—Vous parlez souvent de Néfertiti. Comment situez-vous votre place à côté de la sienne ?
Néfertiti est le nom que crient les murs d'Akhetaten, la Grande Épouse Royale dont la beauté sert de visage au règne. Je ne cherche pas à prendre son rang — il n'est pas fait pour moi et le mien n'est pas fait pour elle. Mais entre nous, il y a moi : hmt nsw wrt hswt, épouse du roi, Grande Aimée. Deux mots, wrt et hswt, qu'aucune archive d'Égypte n'avait cousus ensemble avant qu'Akhenaton ne les fasse graver pour moi. On peut être aimée sans être première ; on peut avoir sa propre chapelle sans porter la couronne. Ma singularité n'est pas d'avoir remplacé quiconque, mais d'avoir existé dans un espace que la cour a dû créer exprès. Les scribes détestent ce qui n'a pas de case. J'étais précisément cela : une femme sans case.
On peut être aimée sans être première ; on peut avoir sa propre chapelle sans porter la couronne.

—Vous évoquiez la crainte d'être oubliée. Qu'entendez-vous par là ?
Je sais comment finissent certaines faveurs. Les ciseaux qui gravent mon nom peuvent, un autre jour, le marteler. J'ai vu comment fonctionne la mémoire des rois : on efface un visage, on regrave un cartouche, on donne mes images à une autre — à Méritaton, la princesse, dont le nom viendrait recouvrir le mien comme une nouvelle couche d'enduit. Ce que je fus resterait sous la surface, illisible mais présent. Les scribes n'auront qu'à changer quelques signes pour que la Grande Aimée devienne fille du roi. Cette pratique a un froid parfum de sentence : nier qu'on ait jamais existé officiellement. Et pourtant je continue à me tenir dans ma chapelle chaque matin, car tant que le soleil se lève, il éclaire aussi ceux qu'on voudrait plonger dans l'ombre.
On efface un visage, on regrave un cartouche — ce que je fus resterait sous la surface, illisible mais présent.
—Que deviendront, selon vous, les objets qui portent aujourd'hui votre nom ?
J'ai fait préparer mes jarres canopes, ces quatre vases où reposeront un jour mes organes embaumés, et l'on y a inscrit mon nom et mes titres avec soin. Mais je ne me fais pas d'illusions sur leur destin. Un matériel funéraire, cela se réemploie. Je devine déjà qu'on effacera mes cartouches à demi, qu'on portera mes jarres dans une autre tombe, pour une autre bouche royale, et que mon bit-shades lui-même finira démonté, ses blocs charriés vers quelque chantier voisin comme de vulgaires pierres. Hermopolis, peut-être, où l'on entasse déjà les talatat d'Amarna. Voilà l'ironie d'une cour qui bâtit vite : ce qu'elle élève en hâte, elle le défait plus vite encore. Mes vases parleront pour moi longtemps après qu'on aura cessé de prononcer mon nom.
Mes vases parleront pour moi longtemps après qu'on aura cessé de prononcer mon nom.
—Quel rôle jouez-vous auprès des enfants de la maison royale ?
Sur les reliefs de la tombe royale d'Akhetaten, on m'a représentée tenant un enfant royal — et ce n'est pas un détail décoratif. Dans une cour où la succession se joue entre quelques berceaux, être figurée en mère aux côtés du disque, c'est peser dans l'avenir de la dynastie. L'après-midi, quand la chaleur pèse sur les jardins, je surveille l'éducation des jeunes du palais, je veille sur les gestes qu'ils apprennent devant Aton. Les graveurs le savent, qui n'accordent ces scènes maternelles qu'à celles dont l'enfant compte. Je ne dirai pas quel destin attend le mien — les falaises d'Akhetaten gardent leurs secrets mieux que les scribes. Mais si un fils sorti de mes appartements devait un jour porter la double couronne, alors ma perruque nubienne aurait vaincu tous les ciseaux du monde.
Si un fils sorti de mes appartements portait un jour la couronne, ma perruque aurait vaincu tous les ciseaux.
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This imaginary interview was generated by artificial intelligence from sources documented in Kiya's profile. It dramatises what the figure might have said based on what we know about them, but does not constitute attested historical testimony. For primary sources and factual documentation, refer to the full profile.


