Imaginary interview with Koken
by Charactorium · Koken (718 — 770) · Politics · Spirituality · 6 min read

Nara, au crépuscule d'un jour de l'ère Jingo-keiun. Dans une salle du palais de Heijō-kyō où l'encens n'a pas fini de brûler, l'impératrice Shōtoku — que le monde connut d'abord sous le nom de Kōken — reçoit à la lueur des lampes, une prière encore aux lèvres. Elle parle lentement, comme une souveraine qui a régné deux fois et enterré un empereur.
—Remontons à votre jeunesse : quel fut, pour la princesse Abe que vous étiez, le premier grand ébranlement de foi ?
Ce fut la statue. Mon père, l'empereur Shōmu, avait fait couler dans le bronze un Bouddha si vaste qu'on eût dit une montagne assise. En l'an 752, à Tōdai-ji, j'ai assisté à la cérémonie du kaigen — l'ouverture des yeux. Un moine venu d'au-delà des mers a peint les prunelles du Grand Bouddha, et à cet instant la vie divine est entrée dans le métal. J'étais entourée de religieux arrivés de Chine, d'Inde, de Corée ; jamais je n'avais vu tant de robes safran réunies sous un même toit. Mon père avait épuisé le trésor et le cuivre de l'empire pour cette œuvre, et beaucoup le lui reprochaient. Moi, ce jour-là, j'ai compris que gouverner et prier n'étaient pas deux gestes séparés, mais un seul.
Un moine a peint les prunelles du Grand Bouddha, et la vie divine est entrée dans le métal.
—Lorsque vous êtes montée sur le trône en 749, quelle promesse avez-vous faite à votre peuple ?
J'ai proclamé, comme le rapportent les scribes du Shoku Nihongi, que « nous gouvernerons le royaume en nous appuyant sur la Loi du Bouddha et sur la loi des hommes, afin que tous vivent en paix ». Ce ne fut pas une parole d'apparat. Le système du ritsuryo nous avait donné des codes venus de Chine, des registres, des tablettes de bois par milliers ; mais un empire ne tient pas par les seules lois pénales. J'ai poursuivi le grand dessein de mon père : dans chacune des soixante-six provinces, un temple, un kokubunji, où l'on copierait les sutras et prierait pour la prospérité du peuple. Le fonctionnaire tient le pinceau, le moine tient l'encens ; c'est de leurs deux mains jointes que naît l'ordre du monde.
—Beaucoup de souverains se contentent de bâtir des palais. Pourquoi consacrer tant de richesses à copier des textes sacrés ?
Parce qu'un palais protège un homme, un sutra protège une nation. J'ai fait recopier et diffuser d'innombrables rouleaux dans tout le pays, en particulier le Sutra du Lotus. Chaque caractère tracé au pinceau par un scribe pieux est une brique invisible dans le rempart qui garde le Japon des épidémies et des révoltes. Vous n'avez pas connu l'an 737, où la variole a fauché la moitié de nos plus grandes familles comme une faux dans un champ de riz — moi, enfant, j'ai vu la cour se vider. Contre un tel fléau, ni les lances ni les greniers ne suffisent. Les kokubunji et les nonneries de Hokke-ji que soutenait ma mère forment un filet de prières tendu d'un bout à l'autre de l'empire.
Un palais protège un homme, un sutra protège une nation.
—En 758, vous avez fait un geste rare pour un souverain : vous avez abdiqué. Comment prend-on une telle décision ?
On ne quitte pas le trône, on se retire d'un pas. J'ai cédé le siège impérial à Junnin et pris le titre de Jōkō, la souveraine qui a abdiqué mais garde la main sur les affaires. Je me suis rapprochée du monastère, des dévotions du matin, de l'encens et des sutras récités avant l'aube. Beaucoup ont cru que je me couchais comme le soleil. Ils se trompaient : de ma retraite, je voyais mieux la cour que du haut de l'estrade. Le pouvoir n'est pas le siège que l'on occupe, c'est la parole que l'on fait obéir. Et Junnin, bientôt, allait apprendre à ses dépens que j'écoutais tout.
On ne quitte pas le trône, on se retire d'un pas.
—Vous êtes revenue au pouvoir en 764, chose presque inouïe. Que s'est-il vraiment passé entre vous et l'empereur Junnin ?
Junnin a osé me faire la leçon en public sur ma vie et sur mes fréquentations religieuses. Un empereur que j'avais moi-même assis ! La même année, le général Fujiwara no Nakamaro leva les armes contre moi. J'ai écrasé sa rébellion, exilé Junnin, et je suis remontée sur le trône sous le nom de Shōtoku. Régner deux fois — combien de souverains, en ce monde, le peuvent dire ? Je ne l'ai pas cherché par appétit du siège. Mais lorsqu'on a reçu des dieux la garde du miroir sacré et des insignes de la lignée d'Amaterasu, on ne laisse pas un homme ingrat déchirer l'ordre céleste. J'ai repris ce qui m'appartenait, comme on relève une lampe renversée.

—Après cette victoire de 764, vous avez lancé un projet d'une ampleur vertigineuse. Racontez-nous les pagodes.
Le Bouddha m'avait donné la victoire ; je lui devais ma gratitude, et il fallait purifier les fautes de tous les êtres vivants, y compris celles versées dans le sang de la révolte. J'ai ordonné qu'on fabrique un million de petites pagodes de bois, hautes d'à peine vingt centimètres, et qu'on glisse dans chacune une prière — un darani — imprimée sur une bande de papier. Un million ! Des centaines d'artisans y ont peiné des années, tournant le bois, pressant les planches gravées sur le papier. On appelle ces pagodes les Hyakumantō. Je ne savais pas, en donnant cet ordre, que je faisais naître l'un des plus vastes travaux d'impression que la terre ait portés. Je songeais à l'âme des morts, non à la gloire des vivants.
Je songeais à l'âme des morts, non à la gloire des vivants.
—Pourquoi imprimer la même prière un million de fois, plutôt que la faire réciter par vos moines ?
Parce que la voix d'un moine s'éteint avec son souffle, mais le caractère gravé demeure. Chaque darani enclos dans sa pagode de bois est une prière qui continue de prier toute seule, sans fatigue, jour et nuit, dans le silence des temples où on les dépose. Multipliez ce murmure par un million et vous obtenez une nappe de mérite étendue sur tout l'empire. Nous avions déjà les mokkan, ces tablettes de bois où mes fonctionnaires notent les récoltes et les ordres ; j'ai voulu que la même patience du bois et de l'encre serve non plus au grain, mais au salut. C'est le ritsuryo de l'âme : une comptabilité de la grâce, tenue en un million d'écritures.
—Un nom revient dans toutes les rumeurs de votre cour : celui du moine Dōkyō. Que représentait-il pour vous ?
Un guérisseur d'abord, un guide ensuite. Quand la maladie m'a saisie, c'est Dōkyō qui m'a soignée par ses prières, et je n'ai jamais oublié une main tendue dans la souffrance. Je l'ai élevé rang après rang, jusqu'au titre de Hōō — roi du Dharma — que nul moine n'avait porté avant lui. On m'a reproché de confondre la ferveur et la faveur. Mais dites-moi : lorsqu'un homme vous ramène du seuil de la mort par la seule force du Dharma, n'est-ce pas le signe que le Bouddha parle par sa bouche ? La cour tremblait, murmurait, comptait mes gestes. Moi, je voyais un saint là où les Fujiwara ne voulaient voir qu'un intrus.

—On a prétendu que vous vouliez lui transmettre le trône. Comment cette affaire s'est-elle dénouée ?
La rumeur enflait comme un fleuve de mousson : Kōken voudrait faire de son moine un empereur. Pour trancher, on a consulté l'oracle du grand sanctuaire d'Usa Hachiman, en Kyushu, où le dieu rend ses arrêts. La réponse est tombée, tranchante : nul qui n'est du sang impérial ne peut monter sur le siège céleste. Le trône du Japon ne se donne pas comme une terre ou un titre ; il descend de la déesse solaire, et cela même une impératrice ne saurait le défaire. Je me suis inclinée devant l'oracle — car qui suis-je pour contredire les dieux de ma propre lignée ? Ce que devint Dōkyō après moi, je n'ai plus eu à le voir.
Le trône du Japon ne se donne pas comme une terre ; il descend de la déesse solaire.
—Vous avez côtoyé des moines venus de contrées lointaines. Que vous ont apporté ces voyageurs de la foi ?
Le vent du large et la lumière du continent. En 754 est arrivé Ganjin — Jianzhen, le maître chinois qui avait tenté six fois la traversée et perdu la vue dans les tempêtes avant de toucher nos rivages. Un homme aveugle qui a franchi la mer pour nous transmettre les règles de l'ordination : quelle leçon de constance ! Nous avons soutenu la fondation de son temple, Tōshōdai-ji, à Nara. Ces moines nous rapportaient les sutras, les rites du kaigen, les mélodies du gagaku qui résonnaient à nos banquets du soir. Notre capitale de Heijō-kyō fut bâtie à l'image de Chang'an, mais ce sont ces hommes-là, et non les seules murailles, qui ont fait de Nara une fille véritable du Dharma.
—Aucune femme ne régnera plus sur le Japon après vous, pour bien longtemps. Si vous pouviez imaginer qu'on vous lira dans un lointain avenir, quel visage voudriez-vous qu'on garde de vous ?
Je ne sais ce que les siècles diront ; les chroniqueurs du Shoku Nihongi écriront à leur guise, et les vainqueurs tiennent le pinceau. Peut-être ne retiendra-t-on de moi que le scandale d'un moine et l'entêtement d'une femme deux fois montée sur le trône. Mais moi, je me souviens des aubes passées à réciter les sutras avant que mes ministres ne franchissent la porte, de l'odeur d'encens dans le palais laqué de rouge, du million de petites pagodes déposées comme autant de grains de riz semés pour la moisson du salut. Qu'on m'appelle Kōken ou Shōtoku, qu'importe le nom : j'ai gouverné par la Loi du Bouddha et par la loi des hommes. Le reste appartient aux dieux d'Usa et d'Amaterasu.
Les chroniqueurs écriront à leur guise, et les vainqueurs tiennent le pinceau.
This imaginary interview was generated by artificial intelligence from sources documented in Koken's profile. It dramatises what the figure might have said based on what we know about them, but does not constitute attested historical testimony. For primary sources and factual documentation, refer to the full profile.


