Imaginary interview with Lady Montagu
by Charactorium · Lady Montagu · Literature · Sciences · 6 min read

Constantinople, un matin de printemps 1718. Sur une terrasse de l'ambassade britannique à Péra, surplombant le Bosphore, Lady Mary Wortley Montagu nous reçoit dans une longue robe brodée à la mode ottomane, une lettre à demi close posée sur ses genoux. La lumière rase le marbre ; elle parle d'une voix nette, où l'ironie mondaine de Londres se mêle à quelque chose de plus grave.
—Avant l'Orient, il y a eu la maladie. Que gardez-vous de l'année 1715 ?
En 1715, la variole est entrée chez moi comme une voleuse. J'en suis sortie vivante, ce que beaucoup ne peuvent dire — mon propre frère, lui, n'a pas eu cette grâce. Mais elle m'a pris ce que Londres appelait mon teint, et jusqu'à mes cils. On me disait belle ; je suis devenue autre chose. J'ai longtemps évité les miroirs vénitiens, ces juges muets qui ne pardonnent rien. Croyez-moi, quand on a vu la petite vérole défigurer les riches comme les gueux, on ne considère plus jamais une maladie comme une simple affaire de médecins. C'est cette blessure, je crois, qui m'a rendue si attentive, deux ans plus tard, à ce que faisaient les femmes d'ici.
On me disait belle ; je suis devenue autre chose.
—Vous souvenez-vous du jour où vous avez vu, de vos yeux, pratiquer l'inoculation ?
C'était près d'Andrinople, au printemps de 1717. De vieilles femmes venaient, une coquille de noix pleine de matière prélevée sur un malade à la variole bénigne, et une longue aiguille. Elles ouvraient une veine — presque rien, une piqûre — et y glissaient le mal comme on sème un grain. J'ai écrit à mon amie Sarah Chiswell que « l'on fait une petite ouverture dans la veine et on y introduit autant de virus que peut en contenir la tête d'une épingle ». Nulle solennité, nul chirurgien en perruque : des matrones, un peu de sang, et huit jours de fièvre légère. Les enfants couraient de nouveau la semaine suivante. J'ai compris là que l'Orient possédait, sans savants ni Collège, un remède que toute notre Europe ignorait.
Nulle solennité, nul chirurgien en perruque : des matrones, un peu de sang, et huit jours de fièvre légère.
—Comment trouve-t-on le courage d'inoculer son propre enfant ?
On ne le trouve pas, madame ; on le vole à sa peur. Ici, à Constantinople, j'ai prié le chirurgien de l'ambassade, Charles Maitland, de pratiquer l'opération sur mon fils, qui n'avait que cinq ans. Aucun Européen ne l'avait osé avant moi. La nuit précédente, je vous l'avoue, je pesais la fièvre légère de l'inoculation contre le cercueil que la variole naturelle prépare à tant d'enfants. J'avais vu ce que la maladie fait ; c'est cela qui a tranché. Le petit a eu quelques boutons, un peu de chaleur, puis plus rien. Une mère qui a survécu au mal ne peut se résoudre à le laisser guetter son fils dans l'ombre. J'ai décidé de porter ce risque moi-même, plutôt que d'attendre le hasard.
On ne trouve pas le courage ; on le vole à sa peur.
—De retour à Londres, pourquoi une démonstration publique, et non un simple avis discret aux médecins ?
Parce qu'un avis discret meurt dans un salon, et que je voulais que cela vécût. En 1721, la petite vérole ravageait Londres ; j'ai fait inoculer ma fille de quatre ans, et cette fois devant témoins, des médecins du Collège royal de chirurgie invités à regarder de leurs yeux. Que voulez-vous qu'ils objectent à un enfant qui se porte bien ? J'avais écrit à ma sœur, la comtesse de Mar, que « je suis assez patriote pour prendre la peine de faire entrer cet utile projet dans la pratique en Angleterre ». On me traitait de folle, on parlait d'une lubie de dame revenue des Turcs. Mais lorsque la princesse Caroline d'Ansbach fit à son tour inoculer ses enfants, les rieurs se turent. Une femme, parfois, doit se donner en spectacle pour être crue.
Un avis discret meurt dans un salon ; je voulais que cela vécût.
—Les médecins d'Europe vous ont-ils crue sur parole ?
Grand Dieu, non. Une femme, une aristocrate sans diplôme, qui rapporte une pratique de bonnes femmes turques — imaginez leur mine ! Ils tenaient la variolisation pour une superstition d'Orient, tout au plus une curiosité de voyage. J'ai dû laisser mes lettres circuler de main en main parmi eux, comme une gazette clandestine, jusqu'à ce que les faits parlent plus fort que ma personne. Je leur répétais ce dont je m'étais assurée sur place : « je suis bien convaincue qu'elle est parfaitement sûre telle qu'on l'exerce ». Ce qui les gênait, au fond, n'était pas le danger de l'opération, mais qu'elle vînt d'ailleurs, et par une main de femme. La vérité, je l'ai appris, met plus de temps à franchir un préjugé qu'une mer.
La vérité met plus de temps à franchir un préjugé qu'une mer.

—Parlons de l'Orient tel que vous l'avez vu. Qu'avez-vous trouvé aux bains que vos compatriotes n'imaginaient pas ?
J'ai trouvé le contraire de ce qu'on m'avait promis. Nos voyageurs peignaient des prisonnières languissantes ; j'ai vu, dans le hammam, des femmes riant, causant, prenant le café entre elles, plus libres en ce lieu clos que bien des Londoniennes dans leurs salons. Pour y entrer, il me fallut quitter mes robes à panier et endosser le costume d'ici — longue robe brodée, voile léger. Étrange leçon : ce voile, que nous prenons pour une chaîne, leur ouvre les rues sans qu'on les reconnaisse. J'ai consigné tout cela dans les lettres qui deviendront mes Embassy Letters. J'y ai mis autant de soin à décrire une salle de vapeur qu'un ambassadeur en met à rapporter un traité — car c'est là, non dans les audiences, que se lit une société.
Ce voile, que nous prenons pour une chaîne, leur ouvre les rues sans qu'on les reconnaisse.
—Vous écrivez le matin, dit-on. À quoi ressemblent vos journées à Péra ?
Je me lève tôt, quand le Bosphore est encore gris, et je donne mes premières heures à la plume et à l'encrier — c'est le seul moment où l'ambassade se tait. Les matinées, parfois, me mènent aux bains des femmes, où j'observe et j'écoute plus que je ne parle. L'après-midi appartient aux visites, aux réceptions, aux politesses interminables de la Porte ottomane. Le soir venu, je préfère souvent ma bibliothèque à un dîner de plus, une chandelle et un livre à la conversation d'un diplomate. J'ai découvert ici le café turc, cette boisson noire et amère qui tient l'esprit éveillé mieux qu'aucun vin — je crains d'en avoir contracté le goût pour la vie. On croit un ambassadeur occupé de grandes affaires ; sa femme, elle, a le loisir de tout voir.
On croit un ambassadeur occupé de grandes affaires ; sa femme, elle, a le loisir de tout voir.

—Avant l'Orient, vous teniez déjà une plume dans les cercles de Londres. Comment y êtes-vous entrée ?
Par le rire, d'abord. J'ai composé en 1716 des Town Eclogues avec Alexander Pope et John Gay, où nous moquions gentiment la comédie mondaine de la ville — les amours, les vanités, les intrigues de coulisse d'une capitale qui se prend au sérieux. Une femme qui veut écrire, à Londres, doit ruser : on tolère qu'elle brille dans une lettre, on s'effraie qu'elle publie. Alors j'ai fait des deux mon domaine. Plus tard, j'ai tenu tout un journal, The Nonsense of Common-Sense, sous le manteau de l'anonymat, pour défendre le ministère contre ses détracteurs. Manier l'ironie fut ma seule armure et parfois ma seule épée : c'est l'arme des gens d'esprit à qui l'on ne concède pas d'autre pouvoir.
On tolère qu'une femme brille dans une lettre, on s'effraie qu'elle publie.
—Vous avez fini par quitter l'Angleterre et votre mari. Qu'êtes-vous allée chercher sur le continent ?
De l'air, tout simplement. En 1736, j'ai fermé la porte d'un mariage devenu une convention polie et je suis partie, seule, ce qu'une femme de mon rang n'était pas censée faire. J'ai vécu des années en Italie, à Brescia et ailleurs, correspondant avec les esprits des Lumières, lisant Locke et Newton à ma table comme d'autres lisent leur missel. On m'imaginait exilée ; je me sentais délivrée. J'entretenais depuis longtemps une correspondance avec des femmes de tête, telle Madame de Tencin à Paris. Ce que je cherchais ? Le droit de penser sans qu'un mari, un père ou un salon m'en demandât la permission. Je ne suis rentrée à Londres qu'en 1761, veuve enfin de toutes ces contraintes autant que de mon époux.
On m'imaginait exilée ; je me sentais délivrée.
—À l'âge où vous êtes, que diriez-vous à une jeune femme sur ce qui reste quand la beauté s'en va ?
Je lui dirais ce que j'ai écrit à ma fille, la comtesse de Bute : « les seules consolations solides de la vieillesse sont un esprit exercé dans toutes ses puissances et une conscience qui n'a rien à se reprocher ». La petite vérole m'avait ôté le visage dès mes vingt-six ans ; j'ai eu tout le loisir d'apprendre que le miroir est un mauvais conseiller. Ce qui demeure, ce sont les lettres qu'on a écrites, les idées qu'on a défendues, les enfants qu'on a sauvés d'une fièvre. Cultivez votre entendement comme un jardin : les traits se fanent, la pensée s'affermit. J'ai perdu mon teint et gagné une vie qui vaut d'être racontée — je ne sais pas si j'aurais échangé.
Les traits se fanent, la pensée s'affermit.
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This imaginary interview was generated by artificial intelligence from sources documented in Lady Montagu's profile. It dramatises what the figure might have said based on what we know about them, but does not constitute attested historical testimony. For primary sources and factual documentation, refer to the full profile.


