Imaginary interview with Lancelot du Lac
by Charactorium · Lancelot du Lac · Mythology · 6 min read
Le crépuscule descend sur les remparts de Joyeuse Garde, et dans la grande salle déserte un chevalier veille encore, son heaume posé près de l'âtre. Il accepte de parler à voix basse, comme on confie une faute trop longtemps tue. Voici Lancelot du Lac, le meilleur des chevaliers d'Arthur, et le plus malheureux.
—On vous nomme Lancelot du Lac. D'où vous vient ce nom étrange, qui semble vous attacher à l'eau plus qu'à une terre ?
Mon père était Ban de Bénoïc, roi déposé, mort de chagrin sous mes yeux d'enfant. Je n'ai pas eu le temps de pleurer : une dame est sortie des eaux et m'a emporté sous la surface du lac, dans un palais que nul mortel ne voit. C'est elle, la Dame du Lac, qui m'a norri et appris toutes les armes et tout ce qu'il fallait pour devenir bon chevalier. Je ne dois mon métier ni à un père, ni à un seigneur, mais à une fée. Voilà pourquoi je ne porte pas le nom d'un fief mais celui d'une onde. Quand on me croit le plus terrestre des guerriers, on oublie que j'ai grandi là où les hommes ne respirent pas.
Je ne dois mon métier ni à un père, ni à un seigneur, mais à une fée.
—Que vous reste-t-il de cette enfance sous les eaux, maintenant que vous vivez parmi les hommes d'armes ?
Un anneau qu'elle m'a glissé au doigt avant de me rendre au monde. Il rompt les enchantements, dit-on, et révèle ce qui n'est qu'illusion. Mais ce qu'elle m'a vraiment laissé est plus profond : la certitude que je ne suis pas tout à fait des vôtres. Les autres chevaliers de la Table Ronde ont une mère qui prie pour eux, un clocher où l'on connaît leur nom. Moi, je viens d'un lieu sans nom chrétien, à la lisière de ce monde et de l'autre. Quand je combats, une part de moi se souvient du silence vert sous l'eau. Cela m'a donné mon bras — le meilleur du royaume, paraît-il — mais cela m'a peut-être aussi rendu inapte à la paix des hommes ordinaires.
—Vous souvenez-vous du jour où vous êtes monté dans cette charrette dont on parle encore avec gêne à la cour ?
Comment l'oublierais-je. Méléagant, fils du roi Baudemagus, avait emmené la reine Guenièvre captive, et je la poursuivais, mon cheval déjà crevé sous moi. Un nain conduisait une charrette — et il faut que vous sachiez ce qu'était une charrette en ce temps-là : on y exposait les voleurs, les traîtres, comme aujourd'hui le pilori. Y monter, pour un chevalier, c'était se vouer à l'infamie pour le reste de ses jours. J'ai hésité deux pas. Deux pas seulement. Puis j'y suis monté. On a appelé cela ma honte. Moi je l'ai appelé mon serment : il n'est pas d'humiliation trop basse pour qui cherche sa dame. Ces deux pas d'hésitation, je me les reproche encore plus que la montée.
Il n'est pas d'humiliation trop basse pour qui cherche sa dame.
—Comment un homme qui passe pour le meilleur chevalier du monde accepte-t-il de sacrifier ainsi son honneur ?
Vous parlez d'honneur comme d'un trésor qu'on garde dans un coffre. Mais l'honneur d'un chevalier ne vaut que par ce à quoi il le voue. À quoi sert un nom intact, des prouesses chantées par les troubadours, une épée redoutée de tous, si je laisse ma dame aux mains d'un ravisseur pour préserver l'opinion des badauds ? La courtoisie véritable n'est pas la politesse des banquets : c'est le don total, jusqu'à se rendre méprisable. J'ai porté l'armure de plate la plus brillante du royaume et j'ai accepté qu'on me crache dessus depuis le bord de la route. Ce jour-là j'ai compris que mon honneur n'était plus à moi : il appartenait à celle que je servais.
—Parlons d'elle, justement. Comment est née cette passion pour la reine, qui a tant marqué les récits ?
Elle n'est pas née, elle a toujours été. Je suis venu à Camelot jeune chevalier, et dès que j'ai vu la reine Guenièvre à la table du roi, j'ai su que je servirais deux souverains à la fois — Arthur de mon épée, elle de tout le reste. C'est une chose que la chevalerie n'avait pas prévue dans ses codes : aimer la femme du seigneur à qui l'on a juré fidélité. J'ai voulu croire longtemps que servir l'un et aimer l'autre pouvaient tenir dans le même cœur. Quand je l'ai arrachée au bûcher où on l'avait condamnée, j'ai senti mon bras plus sûr que jamais — et c'est là, peut-être, que j'aurais dû comprendre que ma force ne servait plus le royaume, mais ma faute.
Je servirais deux souverains à la fois — Arthur de mon épée, elle de tout le reste.

—Ce château de Joyeuse Garde où nous parlons en ce moment, que représentait-il pour vous deux ?
Un refuge, et un mensonge. J'ai pris cette forteresse, je l'ai rendue inexpugnable, et j'en ai fait le seul lieu au monde où nous pouvions être ensemble sans les regards de la cour. Joyeuse Garde — le nom dit assez ce que j'espérais y trouver. Mais une joie qui doit se barricader derrière des murs et des fossés n'est plus tout à fait une joie : c'est un siège qu'on se livre à soi-même. Chaque tour que je faisais bâtir contre les ennemis du dehors dressait aussi un rempart entre moi et le serment fait à mon roi. J'ai cru me protéger ; je creusais ma chute. Les plus belles pierres que j'aie jamais assemblées sont celles d'une prison que je m'étais choisie.
—Le roi Arthur a fini par tout savoir. Que reste-t-il, pour vous, de cet homme que vous avez à la fois servi et trahi ?
Tout. Il reste tout. Le jour où il m'a regardé en face, il pleurait — un roi, devant ses hommes — et il m'a dit que j'avais trahi ma foi, mes serments, et la loyauté que je lui avais promise. Je n'ai rien pu répondre. Il avait raison mot pour mot. J'aurais préféré qu'il me défie l'épée à la main, que la colère me donne un ennemi à combattre. Mais ses larmes m'ont laissé sans adversaire, seul avec ma faute. Mordred a profité de nos déchirements pour précipiter la ruine de tout l'édifice. On dira que c'est moi qui ai fait tomber le royaume. Je ne me défendrai pas : le plus grand bras du royaume a été aussi le coin qui l'a fendu.
Le plus grand bras du royaume a été aussi le coin qui l'a fendu.

—Vous avez pris part à la quête du Saint Graal. Comment vivez-vous le fait de n'avoir pu, vous le meilleur, l'atteindre ?
C'est la plus dure leçon de ma vie. Toute ma vie, on m'avait dit : Lancelot premier à la lance, premier à l'épée, premier en tout. Et voilà une quête où mon bras ne valait rien. La Quête du Saint Graal ne demandait pas de la force mais de la pureté, et moi, par mon péché de chair, j'avais perdu jusqu'à la vue du Graal quand d'autres y parvenaient. Imaginez l'homme le plus accompli du monde rendu aveugle devant la seule chose qui compte. J'ai approché le sacré d'assez près pour en sentir la lumière, et trop souillé pour la regarder. Aucune blessure de tournoi ne m'a jamais autant coûté que cet échec-là, qui ne saignait pas.
J'ai approché le sacré d'assez près pour en sentir la lumière, et trop souillé pour la regarder.
—On dit que c'est votre propre fils qui a accompli ce que vous ne pouviez accomplir. Que ressent un père devant cela ?
Galaad. Mon fils, né sans la faute qui me ronge, est allé là où je me suis arrêté. C'est une joie et un supplice mêlés que nul troubadour ne sait chanter. Un père rêve de transmettre son métier ; moi j'ai transmis ce que je n'avais pas — l'innocence. Lui s'est assis là où je n'avais le droit que de m'agenouiller. Je crois que la Dame du Lac, en m'élevant sous les eaux pour faire de moi le parfait chevalier des hommes, n'avait jamais prévu qu'il existât une chevalerie plus haute, toute spirituelle, où ma perfection ne pesait rien. Galaad m'a montré la porte que j'avais moi-même fermée. Je l'ai aimé pour cela, et je l'ai envié, ce qui est le sentiment le plus laid qu'un père puisse porter.
—Au terme de tout cela, si l'on devait se souvenir de vous dans un siècle, que voudriez-vous qu'on retienne ?
Je ne sais si l'on me lira si loin — mais si quelque clerc devait coucher mon histoire dans un de ces longs livres en prose qu'on copie désormais, qu'il n'en fasse pas seulement le récit d'un bras invincible. Le plus grand guerrier du royaume d'Arthur, élevé par une fée, vainqueur de tous les tournois : voilà ce qu'on grave volontiers. Mais l'essentiel est ailleurs. Qu'on retienne plutôt qu'un homme peut être le meilleur en tout et manquer la seule chose qui sauve ; qu'on peut sauver la reine du bûcher et perdre le royaume du même geste. Je ne suis pas le modèle du chevalier parfait. Je suis l'avertissement que la perfection des armes ne lave pas le cœur.
Un homme peut être le meilleur en tout et manquer la seule chose qui sauve.
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This imaginary interview was generated by artificial intelligence from sources documented in Lancelot du Lac's profile. It dramatises what the figure might have said based on what we know about them, but does not constitute attested historical testimony. For primary sources and factual documentation, refer to the full profile.

