Imaginary interview

Imaginary interview with Nebuchadnezzar II

by Charactorium · Nebuchadnezzar II (641 av. J.-C. — 561 av. J.-C.) · Politics · 7 min read

Imaginary interview generated by AI from documented sources.
Portrait of Nebuchadnezzar II
Wikimedia Commons, Public domain — René-Antoine Houasse

Babylone, une nuit du printemps 573 avant notre ère. Sous les briques émaillées bleues de la Porte d'Ishtar, le roi vient d'accomplir les rites du soir à l'Esagila. Il consent à parler, la barbe encore parfumée d'huile, le regard tourné vers la voie processionnelle que ses ouvriers achèvent de paver.

Sur quoi repose, selon vous, la légitimité d'un roi de Babylone ?

Un roi de Babylone n'est rien sans Marduk. Chaque aube, avant que le jour ne se lève sur la plaine, je descends à l'Esagila, le sanctuaire dont on dit qu'il porte la tête haute. Les prêtres lavent et vêtent la statue du dieu, et je verse les premières libations. Ma journée commence ainsi, sous le signe du sacré, car je ne règne pas de mon propre chef : je règne parce que Marduk a bien voulu placer dans ma main le sceptre et l'anneau. Au grand Nouvel An, à la fête de l'Akitu, je saisis sa main devant tout le peuple, et c'est là, dans ce geste, que se renouvelle mon mandat. Un souverain qui l'oublierait ne serait qu'un homme portant une haute tiare à cornes — une coiffe vide.

Je ne règne pas de mon propre chef : je règne parce que Marduk a placé le sceptre dans ma main.

Vous souvenez-vous du jour où vous êtes devenu, aux yeux de tous, un grand capitaine ?

À Karkemish, en l'an que vous nommez 605 avant votre ère. Je n'étais pas encore roi, seulement le fils de Nabopolassar, envoyé au nord tenir tête à l'Égyptien Néchao. Nous avons rompu son armée contre le fleuve. J'ai vu les chars pharaoniques se briser sur les nôtres, et la Syrie tout entière, jusqu'à la mer, tomber sous ma lance. Je conduisais moi-même mon char à deux roues, l'arc composite à la main, comme il sied à un guerrier. Ce jour-là, le Croissant fertile a changé de maître. Puis mon père est mort, et j'ai couru vers le trône de Babylone. On croit qu'une couronne se reçoit dans un palais ; la mienne s'est décidée sur un champ de bataille, dans la poussière et le sang des Égyptiens.

On croit qu'une couronne se reçoit dans un palais ; la mienne s'est décidée dans la poussière de Karkemish.

Comment décririez-vous ce qui s'est passé à Jérusalem lors de la première prise, en 597 ?

Le roi de Juda, Joïakîn, a fermé ses portes ; je les ai ouvertes. Je ne me suis pas contenté de prendre les trésors de la maison de son dieu. J'ai emporté l'homme lui-même, et avec lui ce qui fait la force d'un royaume : les artisans, les prêtres, les forgerons, les guerriers. On appelle cela une déportation ; moi, j'appelle cela ôter à un pays ses mains et sa tête, pour qu'il ne se relève plus. Sachez que je n'ai pas laissé Joïakîn mourir de faim : dans mon palais, mes scribes ont noté sur l'argile les rations d'huile et d'orge versées au roi de Juda et à ses cinq fils. Un roi captif reste un roi ; je le nourris, mais je le garde. Voilà comment Babylone traite ceux qu'elle brise sans les tuer.

J'ai ôté à ce pays ses mains et sa tête, pour qu'il ne se relève plus.

Pourquoi avoir détruit le Temple de Jérusalem en 586, après un si long siège ?

Sédécias, celui que j'avais fait roi, s'est parjuré et s'est tourné vers l'Égypte. On ne pardonne pas deux fois à une ville. Mon armée l'a enfermée dix-huit mois, jusqu'à ce que la famine fasse ce que mes béliers n'achevaient pas. Puis j'ai livré au feu la maison de leur dieu, la maison de leur roi, et les demeures des grands. Une cité qui se croit imprenable derrière ses murs doit apprendre que les murs brûlent. Je sais que là-bas, chez les vaincus, des hommes ont composé des chants de deuil sur ces cendres — des lamentations qui, dit-on, se transmettent encore de bouche en bouche. Qu'ils pleurent. Un roi ne bâtit pas seulement des portes : il enseigne aussi, par le fer, ce qu'il en coûte de trahir la parole donnée à Babylone.

Une cité qui se croit imprenable derrière ses murs doit apprendre que les murs brûlent.

Il est une place que vous n'avez jamais réduite. Que diriez-vous de Tyr ?

Tyr, oui. La cité des Phéniciens, assise sur son rocher au milieu des flots. Je l'ai serrée treize années — treize ! — et jamais mes soldats n'ont pu marcher sur ses quais. Contre une ville de terre, un roi de Babylone est invincible : j'ouvre ses portes, je prends ses greniers. Mais contre une ville que la mer nourrit et protège, mon char de guerre s'arrête au bord de l'eau comme un cheval devant un précipice. J'ai appris là que la lance ne va pas où le navire va. On croira peut-être un jour que j'ai tout soumis du Nil à l'Euphrate ; la vérité, c'est qu'un roc entouré d'écume a tenu tête à l'empire le plus grand du monde. Un homme sage retient mieux ses limites que ses triomphes.

La lance ne va pas où le navire va : un roc entouré d'écume a tenu tête à mon empire.

Vous êtes surtout, dit-on, un bâtisseur. Qu'avez-vous voulu faire de Babylone ?

La plus grande ville que les hommes aient jamais vue. J'ai ceint Babylone d'une double enceinte de briques, dressé le palais du Sud et celui du Nord, et tracé une voie processionnelle longue comme deux cent cinquante coudées d'homme, pour que Marduk défile chaque printemps dans la splendeur. Regardez mes briques : sur chacune, mon nom est estampillé dans l'argile. Non par vanité — ou pas seulement — mais pour que dans mille ans, quand un pauvre creusera ce sol, il sache qui a fait cela. J'ai relevé aussi l'Etemenanki, la grande tour à degrés qui monte vers le ciel pour offrir au dieu une demeure digne de lui. Les canaux que j'ai creusés abreuvent la plaine et emplissent les greniers. Un roi qui ne laisse que des victoires laisse des ruines ; moi, je laisse une ville.

Sur chacune de mes briques, mon nom est gravé — pour que dans mille ans, on sache qui a fait cela.

Devant cette Porte d'Ishtar où nous nous tenons, que voyez-vous que nous ne voyons pas ?

Vous voyez du bleu, des bêtes, une entrée. Moi je vois l'ouvrage de milliers de mains. Ces briques émaillées couleur de lapis, il a fallu les cuire, les vernir, les poser une à une, sans qu'une seule fausse le dessin. Les lions marchent pour Ishtar, les dragons sirrush veillent pour Marduk, les taureaux pour Adad. Cette porte n'est pas un mur : c'est un serment de couleur, l'annonce que celui qui franchit ce seuil entre dans la maison du dieu. J'ai fait graver dans la pierre que c'est moi, Nabuchodonosor, roi de Babylone, qui ai pavé cette voie pour la procession du grand seigneur Marduk, afin qu'il m'accorde la vie. Un guerrier terrifie une saison ; une porte de briques émaillées émerveille les siècles. Je crois davantage à la porte.

Un guerrier terrifie une saison ; une porte de briques émaillées émerveille les siècles.

On raconte que vous auriez fait élever des jardins étagés pour votre épouse. Est-ce vrai ?

Amytis. Je l'avais prise de la lointaine Médie, aux montagnes vertes et fraîches, et je l'ai amenée ici, dans la plaine plate et brûlante entre les deux fleuves. Elle se languissait de ses collines. Que fait un roi qui peut détourner les fleuves et lever des tours vers le ciel, quand une femme regrette des montagnes ? Il lui bâtit une montagne. On dit que j'ai fait dresser des jardins en terrasses, arbre au-dessus d'arbre, arrosés par une eau qu'on hissait sans fin depuis l'Euphrate, pour qu'elle retrouve, au cœur de Babylone, l'ombre verte de sa jeunesse. Est-ce vrai ? Je vous laisse en juger. Ce que je sais, c'est qu'un roi conquiert des royaumes pour l'histoire, mais qu'il déplace parfois des collines pour le sourire d'une seule.

Que fait un roi, quand une femme regrette ses montagnes ? Il lui bâtit une montagne.

Ces jardins, on n'en a jamais retrouvé la trace. Cela vous inquiète-t-il ?

Que les hommes doutent ? Cela m'amuse plus que cela ne m'inquiète. Voyez ce que je bâtis de solide : la Porte d'Ishtar tient, l'Etemenanki monte vers Marduk, mes briques estampillées jonchent le sol par milliers — celles-là, on les touchera longtemps. Mais un jardin est chose fragile. L'eau qu'on cesse de hisser s'arrête, les terrasses se dessèchent, la boue retourne à la boue et le vent efface tout. Ce qui est le plus tendre est aussi le plus mortel. Peut-être ces jardins n'ont-ils vécu que pour Amytis, et se sont éteints avec elle ; peut-être vivront-ils surtout dans la bouche des conteurs. J'ai appris de mes devins, les barû, que certaines choses ne se lisent ni dans les entrailles ni dans la pierre. Qu'on doute donc. Le doute, lui aussi, fait durer un nom.

Ce qui est le plus tendre est aussi le plus mortel : la boue retourne à la boue.

Quel poids ont, dans vos décisions, les présages et les devins ?

Un poids que vous auriez peine à croire. Le soir, quand les banquets s'achèvent et que les harpes se taisent, mes barû viennent me lire le ciel et les entrailles des bêtes sacrifiées. Aucune campagne ne se décide, aucune première pierre ne se pose sans qu'on ait interrogé les astres. Marduk parle par signes, et le devin est celui qui sait entendre. On me croit tout-puissant ; en vérité, avant de lancer mon char de guerre vers Karkemish ou vers le Levant, j'attends le mot des présages comme le laboureur attend la crue de l'Euphrate. Un roi qui n'écoute que sa volonté marche vers sa ruine. Je préfère écouter les dieux, même quand leur réponse me déplaît — car ils voient ce que la haute tiare, sur ma tête, m'empêche de voir.

Un roi qui n'écoute que sa volonté marche vers sa ruine.

Après vous, que restera-t-il selon vous du nom de Nabuchodonosor ?

Deux mémoires, je le pressens, qui ne s'accorderont jamais. Chez les miens, dans les Chroniques de Babylone, on gardera le bâtisseur, le roi que Marduk aima, celui qui fit de sa cité la merveille du monde. Chez les vaincus de Juda, déportés sur les canaux de Babylonie, on gardera l'homme qui brûla leur Temple et emmena leur roi captif. Si je pouvais imaginer qu'on me lirait dans un siècle ou deux, je crois que ce second récit serait le plus tenace — car la douleur écrit plus profond que l'orgueil. On se souvient mieux de celui qui vous a pris votre maison que de celui qui a bâti la sienne. Qu'importe : un nom qui traverse les siècles, fût-ce chargé de haine, vaut mieux que l'oubli. J'ai gravé le mien dans l'argile ; le reste appartient aux hommes.

La douleur écrit plus profond que l'orgueil : on se souvient mieux de qui vous a pris votre maison.
See the full profile of Nebuchadnezzar II

This imaginary interview was generated by artificial intelligence from sources documented in Nebuchadnezzar II's profile. It dramatises what the figure might have said based on what we know about them, but does not constitute attested historical testimony. For primary sources and factual documentation, refer to the full profile.