Poisson du Tigre séché au sel et au cumin
Des filets de poisson de rivière frottés de sel, de cumin et de coriandre, séchés puis légèrement grillés. Salé et puissant, il se conserve et se transporte — la ration du roi en quête à travers les terres du bout du monde.
Des filets de poisson de rivière frottés de sel, de cumin et de coriandre, séchés puis légèrement grillés. Salé et puissant, il se conserve et se transporte — la ration du roi en quête à travers les terres du bout du monde.
Quand je quittai Uruk pour chercher la vie sans fin, je n'emportai pas de viande fraîche — elle pourrit avant la première montagne. Le poisson, lui, voyage. Prends les prises du Tigre et de l'Euphrate, ouvre-les, frotte leur chair de sel et de cumin, et confie-les au soleil et au vent qui les durcissent. Ainsi nourri, j'ai franchi les douze lieues de ténèbres du mont Mashu. Le sel garde la chair comme la mémoire garde les noms — et c'est tout ce qui nous reste contre la mort.
- •Poisson de rivière (carpe, silure) — plusieurs (base)
- •Sel — généreux (conservation)
- •Cumin, coriandre en graines — au goût (parfum, conservation)
Poisson du Tigre séché au sel et au cumin
Des filets de poisson de rivière frottés de sel, de cumin et de coriandre, séchés puis légèrement grillés. Salé et puissant, il se conserve et se transporte — la ration du roi en quête à travers les terres du bout du monde.
Pourquoi ce plat ? Gilgamesh est le grand voyageur : il traverse la steppe, la Forêt des Cèdres, les eaux de la mort pour atteindre Uta-napishti et chercher l'immortalité. Pour un tel périple, on emporte la nourriture qui se garde : le poisson des deux fleuves, séché et salé, base de protéines des Sumériens, qui en consommaient des dizaines d'espèces.
Quand je quittai Uruk pour chercher la vie sans fin, je n'emportai pas de viande fraîche — elle pourrit avant la première montagne. Le poisson, lui, voyage. Prends les prises du Tigre et de l'Euphrate, ouvre-les, frotte leur chair de sel et de cumin, et confie-les au soleil et au vent qui les durcissent. Ainsi nourri, j'ai franchi les douze lieues de ténèbres du mont Mashu. Le sel garde la chair comme la mémoire garde les noms — et c'est tout ce qui nous reste contre la mort.
Ingrédients (version d’époque)
- Poisson de rivière (carpe, silure) — plusieurs (base)
- Sel — généreux (conservation)
- Cumin, coriandre en graines — au goût (parfum, conservation)
Ingrédients
- Filets de poisson ferme (carpe, truite ou maquereau) — 4 filets (base)
- Gros sel — 200 g (salaison)
- Cumin en graines — 1 c. à soupe (parfum)
- Graines de coriandre — 1 c. à soupe (parfum)
- Huile de sésame — 1 c. à soupe (pour la grillade finale)
Préparation
- Concasser grossièrement le cumin et la coriandre.
- Enrober les filets de poisson de gros sel et d'épices, les disposer à plat dans un plat.
- Laisser dégorger 12 à 24 h au réfrigérateur, en retournant à mi-parcours : le sel tire l'eau et raffermit la chair.
- Rincer rapidement, éponger soigneusement, puis laisser sécher à l'air frais (ou au réfrigérateur sur grille) une demi-journée.
- Au moment de servir, griller brièvement les filets côté peau dans un filet d'huile de sésame.
- Servir effiloché sur le pain d'orge, avec quelques herbes fraîches.
Comment on faisait : Les Sumériens étaient de grands consommateurs de poisson : les textes recensent des dizaines d'espèces des fleuves et des marais. Faute de froid, on le conservait par salage et séchage — méthode universelle de l'Antiquité — ce qui en faisait un aliment de réserve et de voyage, échangé et stocké dans les temples.
Le twist contemporain : Servir effiloché en 'rillettes du fleuve' sur galette d'orge tiède, zeste de citron — la ration de l'aventurier mésopotamien en version bistrot.
Sources : Jean Bottéro, La plus vieille cuisine du monde, Audibert, 2002 · Textes lexicaux et administratifs sumériens recensant les espèces de poissons
Gilgamesh · Charactorium