Jun'ichirō Tanizaki (1886-1965) est l'un des plus grands romanciers japonais du XXe siècle. Son œuvre explore le désir, la tradition esthétique japonaise et la tension entre modernité occidentale et culture ancestrale.
Junichiro Tanizaki(1886 — 1965)
Jun'ichirō Tanizaki
Japon, empire du Japon
6 min de lecture
Questions fréquentes
Faits marquants
- Né en 1886 à Tokyo, dans le quartier de Nihonbashi
- Publie Éloge de l'ombre (In'ei raisan), essai sur l'esthétique japonaise, en 1933
- Écrit Quatre sœurs (Sasameyuki), fresque romanesque, entre 1943 et 1948
- Réalise une traduction en japonais moderne du Dit du Genji
- Meurt en 1965, considéré comme un maître de la littérature japonaise moderne
Œuvres & réalisations
Nouvelle inaugurale qui révèle son talent et son goût pour la beauté trouble et le désir.
Roman sur un homme fasciné par une jeune femme « occidentalisée », miroir de la séduction de la modernité.
Essai majeur sur l'esthétique japonaise, célébrant la pénombre, la discrétion et les matières anciennes.
Récit du dévouement absolu d'un serviteur envers une musicienne aveugle et tyrannique.
Vaste fresque d'une famille bourgeoise d'Osaka, considérée comme son chef-d'œuvre romanesque.
Adaptation du grand roman classique, reprise plusieurs fois, qui rend l'œuvre accessible aux lecteurs modernes.
Roman audacieux sur le désir conjugal, construit à partir des journaux intimes d'un couple.
Œuvre tardive et provocante sur le désir d'un vieil homme malade, mêlant ironie et lucidité.
Anecdotes
En septembre 1923, le grand tremblement de terre du Kantō ravage Tokyo. Tanizaki, alors en villégiature près de Hakone, décide de ne pas reconstruire sa vie dans la capitale modernisée mais de s'installer dans le Kansai, autour de Kyoto et d'Osaka. Ce déménagement transforme son œuvre : il s'y immerge dans les traditions, les dialectes et l'esthétique de l'ancien Japon.
En 1930, Tanizaki provoque un énorme scandale : avec sa femme Chiyo et son ami le poète Satō Haruo, il publie une lettre commune annonçant qu'il « cède » son épouse à son ami, qui l'aimait. La presse surnomme l'affaire « l'incident du transfert d'épouse » et elle alimente les conversations dans tout le pays.
Fasciné par les chefs-d'œuvre classiques, Tanizaki traduisit en japonais moderne le « Dit du Genji », roman du XIe siècle écrit par la dame de cour Murasaki Shikibu. Il reprit ce travail colossal à plusieurs reprises au cours de sa vie pour le rendre accessible à ses contemporains.
Pendant la Seconde Guerre mondiale, la publication en feuilleton de son roman « Les Sœurs Makioka » fut interrompue par la censure militaire : les autorités jugeaient ce portrait raffiné d'une famille bourgeoise trop frivole et nuisible à l'effort de guerre. Tanizaki continua d'écrire en secret et ne put publier l'œuvre complète qu'après 1945.
Dans son essai « Éloge de l'ombre » (1933), Tanizaki défend une idée surprenante : la beauté japonaise traditionnelle naît de la pénombre, du clair-obscur et des reflets discrets, et non de l'éclairage électrique vif venu d'Occident. Il y médite même sur la beauté des laques anciennes vues à la lueur d'une bougie.
Sources primaires
Nous trouvons la beauté non dans la chose elle-même, mais dans les jeux d'ombre, dans le clair-obscur que telle chose crée avec telle autre.
Je vais m'efforcer de rapporter les faits de notre relation aussi honnêtement et franchement que possible. C'est sans doute une relation sans précédent.
« Koi-san, veux-tu m'aider ? » Voyant que Taeko avait enfin pris son pinceau à maquillage, Sachiko l'appela par-dessus son épaule.
Lieux clés
Quartier commerçant du centre de Tokyo où Tanizaki naît en 1886, dans une famille de marchands en déclin.
Ville résidentielle entre Osaka et Kobe où Tanizaki s'installe après 1923 ; elle sert de cadre aux « Sœurs Makioka ».
Ancienne capitale impériale dont les traditions, les temples et les jardins nourrissent l'esthétique de Tanizaki à partir des années 1920.
Station thermale où Tanizaki passe ses dernières années et meurt en 1965.
Objets typiques

Feuille japonaise quadrillée où chaque case reçoit un caractère, utilisée par les écrivains pour rédiger romans et nouvelles à la main.

Pinceau à encre traditionnel servant à la calligraphie et à l'écriture, symbole du lien de Tanizaki avec la culture classique japonaise.
📷 CC BY 4.0 · Wikimedia Commons ↗
Bols et coffrets recouverts de laque sombre, dont Tanizaki vante la beauté lorsqu'ils captent la faible lueur d'une bougie dans « Éloge de l'ombre ».
📷 CC0 · Wikimedia Commons ↗
Panneau de bois et de papier translucide filtrant la lumière dans les maisons japonaises, élément central de l'esthétique de la pénombre chère à Tanizaki.

Lampe traditionnelle entourée de papier qui diffuse une lumière douce et tamisée, emblème de l'ambiance d'ombre célébrée par l'écrivain.

Roman classique du XIe siècle que Tanizaki traduisit en japonais moderne, nourrissant son attachement à la tradition littéraire japonaise.
📷 Domaine public · Wikimedia Commons ↗Programmes scolaires
Vocabulaire & tags
Vocabulaire clé
Vie quotidienne
Matin
Écrivain méticuleux, Tanizaki consacrait souvent ses matinées au travail d'écriture, traçant ses caractères à la main sur du papier quadrillé. Dans sa maison de style japonais, la lumière douce filtrée par les cloisons de papier accompagnait ses heures de composition.
Après-midi
L'après-midi pouvait être réservé à la lecture des classiques, aux recherches pour ses traductions ou à la correspondance avec éditeurs et amis écrivains. Il aimait aussi flâner dans les villes anciennes du Kansai, observant coutumes et paysages.
Soir
Le soir, il appréciait la pénombre des intérieurs traditionnels, la lueur des lanternes et le théâtre, notamment le bunraku (théâtre de marionnettes) et le kabuki. Ces ambiances tamisées nourrissaient sa réflexion sur la beauté de l'ombre.
Alimentation
Il se nourrissait de la cuisine japonaise raffinée de son époque : riz, poisson, légumes de saison, soupe miso et thé. Tanizaki portait une attention esthétique à la présentation des mets et à la vaisselle laquée qui les accueillait.
Vêtements
Selon les circonstances, il alternait le kimono traditionnel, qu'il affectionnait dans l'intimité, et le costume occidental adopté par les hommes de lettres de son temps. Ce va-et-vient vestimentaire reflète la tension entre tradition et modernité au cœur de son œuvre.
Habitat
Il vivait dans des maisons japonaises aux tatamis, cloisons coulissantes et jardins, surtout après son installation dans le Kansai. Ces demeures, où la lumière restait douce et indirecte, incarnaient l'idéal esthétique qu'il décrit dans « Éloge de l'ombre ».
Frise contextuelle
Vocabulaire d'époque
Liens externes & ressources
Références
Œuvres
Le Tatouage (Shisei)
1910
Un amour insensé (Chijin no ai)
1924-1925
Éloge de l'ombre (In'ei raisan)
1933
Histoire de Shunkin (Shunkinshō)
1933
Les Sœurs Makioka (Sasameyuki)
1943-1948
Traduction du Dit du Genji en japonais moderne
1939-1941
La Clef (Kagi)
1956






