Yasujirō Ozu(1903 — 1963)

Yasujirō Ozu

Japon

7 min de lecture

SpectacleArts visuelsRéalisateur/triceXXe siècleJapon du XXe siècle, de l'ère Taishō à l'après-guerre — époque de modernisation accélérée et de transformation profonde de la société japonaise traditionnelle.

Yasujirō Ozu (1903-1963) est un cinéaste japonais, l'un des plus grands maîtres du cinéma mondial. Ses films intimistes peignent avec délicatesse la famille japonaise et le passage du temps, dans un style épuré et contemplatif.

Questions fréquentes

Yasujirō Ozu (1903-1963) est un cinéaste japonais qui a passé toute sa carrière aux studios Shōchiku. Ce qu'il faut retenir, c'est qu'il a inventé un style unique, le « plan tatami », où la caméra est placée très bas, à hauteur des yeux d'une personne assise. Ses films, comme Voyage à Tokyo (1953), sont des shomin-geki, des chroniques intimes de la famille japonaise ordinaire. Ce qui le rend décisif, c'est sa capacité à capturer le mono no aware, cette mélancolie douce devant le temps qui passe, avec une économie de moyens qui influence encore le cinéma mondial.

Faits marquants

  • Né en 1903 à Tokyo, il entre aux studios Shōchiku en 1923 et réalise son premier film en 1927.
  • Développe un style formel singulier : caméra à hauteur du tatami, plans fixes, axes frontaux et 'pillow shots' (plans de transition).
  • Réalise en 1953 son chef-d'œuvre, *Voyage à Tokyo* (Tokyo monogatari), sur des grands-parents délaissés par leurs enfants.
  • Signe d'autres films majeurs comme *Printemps tardif* (1949) et *Le Goût du saké* (1962), centrés sur la famille et le mariage.
  • Meurt en 1963, le jour de son 60e anniversaire ; son œuvre est redécouverte en Occident dans les années 1970.

Œuvres & réalisations

Gosses de Tokyo (Umarete wa mita keredo) (1932)

Comédie muette sur deux jeunes frères qui découvrent que leur père doit s'humilier devant son patron. Un des sommets du cinéma muet japonais.

Le Fils unique (Hitori musuko) (1936)

Premier film parlant d'Ozu, sur une mère de province qui rend visite à son fils à Tokyo et mesure ses espoirs déçus.

Printemps tardif (Banshun) (1949)

Premier film majeur de sa période d'après-guerre, sur une jeune femme qui hésite à quitter son père pour se marier. Début de sa collaboration avec Setsuko Hara.

Été précoce (Bakushū) (1951)

Portrait délicat d'une famille élargie autour du mariage d'une jeune femme qui choisit elle-même son destin.

Voyage à Tokyo (Tōkyō monogatari) (1953)

Son chef-d'œuvre : un vieux couple rend visite à ses enfants à Tokyo, trop occupés pour s'en occuper. Régulièrement classé parmi les plus grands films de l'histoire.

Bonjour (Ohayō) (1959)

Comédie en couleurs sur deux enfants qui font la grève du silence pour obtenir un téléviseur, satire douce de la société de consommation.

Le Goût du saké (Sanma no aji) (1962)

Dernier film d'Ozu : un père vieillissant marie sa fille et se retrouve face à la solitude. Un adieu mélancolique à ses thèmes de toujours.

Anecdotes

Yasujirō Ozu est mort le 12 décembre 1963, le jour exact de son soixantième anniversaire : il était né un 12 décembre 1903. Sa mère, avec qui il avait vécu presque toute sa vie sans jamais se marier, s'était éteinte quelques mois plus tôt, en 1962.

Ozu a inventé une manière de filmer si personnelle qu'on l'appelle le « plan tatami » : il posait sa caméra très bas, à environ un mètre du sol, à la hauteur des yeux d'une personne assise par terre à la japonaise. Le spectateur a ainsi l'impression d'être invité dans la pièce, assis avec la famille.

Pour écrire ses scénarios, Ozu s'isolait pendant des semaines dans un chalet de montagne à Tateshina avec son fidèle complice Kōgo Noda. On raconte qu'ils mesuraient l'avancement de leur travail au nombre de bouteilles de saké vidées : un scénario terminé représentait parfois plus de cent bouteilles.

Sur la tombe d'Ozu, au temple zen d'Engaku-ji près de Kamakura, il n'y a ni nom ni dates : un seul caractère japonais y est gravé, 無 (« mu »), qui signifie « le vide » ou « le néant », un concept central du bouddhisme zen.

Pour décrire son art, Ozu disait avec humour : « Je suis un marchand de tofu, je ne sais faire que du tofu. » Il voulait dire qu'il refusait de courir après les modes et préférait perfectionner toute sa vie le même type de films intimistes sur la famille japonaise.

Sources primaires

Propos d'Ozu sur son métier de cinéaste (vers 1962)
Je suis un marchand de tofu, je ne fais donc que du tofu.
Voyage à Tokyo (Tōkyō monogatari), dialogue final (1953)
— La vie est décevante, n'est-ce pas ? — Oui… c'est décevant.
Inscription de la tombe d'Ozu, temple Engaku-ji (Kamakura) (1963)
無 (mu) — « le vide », « le néant ».
Journal personnel de Yasujirō Ozu (extraits publiés) (années 1930-1963)
Ozu y notait au jour le jour son travail d'écriture, ses repas, ses promenades et les saisons, témoignant de sa vie méthodique et solitaire.

Lieux clés

Tokyo (quartier de Fukagawa, Fukagawa/Kōtō)

Quartier populaire de Tokyo où naît Ozu en 1903. La ville moderne et ses familles d'employés seront au cœur de son cinéma.

Matsusaka (préfecture de Mie)

Ville où Ozu passe son enfance et son adolescence, envoyé par son père loin de Tokyo. C'est là qu'il découvre, en séchant les cours, sa passion pour le cinéma.

Studios Shōchiku (Kamata puis Ōfuna)

Grande compagnie de cinéma où Ozu entre en 1923 comme assistant et passe toute sa carrière. Il y réalise la quasi-totalité de ses films.

Tateshina (préfecture de Nagano)

Station de montagne où Ozu possédait un chalet et s'isolait avec le scénariste Kōgo Noda pour écrire ses films.

Temple Engaku-ji, Kita-Kamakura

Grand temple zen près de Kamakura où Ozu est enterré. Sa tombe ne porte qu'un seul caractère : 無 (« le vide »).

Voir aussi