Yasunari Kawabata(1899 — 1972)

Yasunari Kawabata

Japon

7 min de lecture

LettresÉcrivain(e)XXe siècleJapon du XXe siècle, des bouleversements de l'ère Taishō et Shōwa à l'après-guerre, marqué par la modernisation rapide du pays et la tension entre traditions et Occident

Yasunari Kawabata (1899-1972) est un écrivain japonais, premier auteur de son pays à recevoir le prix Nobel de littérature, en 1968. Son œuvre, empreinte de mélancolie et de l'esthétique traditionnelle japonaise, explore la beauté éphémère, la solitude et le passage du temps.

Questions fréquentes

Pour comprendre l'importance de Yasunari Kawabata, il faut se rappeler qu'il est le premier écrivain japonais à recevoir le prix Nobel de littérature en 1968. Ce qui le rend singulier, c'est qu'il a su incarner l'esthétique traditionnelle japonaise – le mono no aware, la beauté mélancolique des choses éphémères – dans des romans modernes comme Pays de neige et La Danseuse d'Izu. Contrairement à certains de ses contemporains qui cherchaient à imiter les modes occidentales, Kawabata a choisi de présenter au monde la poésie zen et la cérémonie du thé, devenant ainsi un pont culturel entre le Japon et l'Occident.

Faits marquants

  • Né à Osaka en 1899, orphelin dès la petite enfance, ce qui marque profondément son œuvre
  • Publie « Pays de neige » (Yukiguni), l'un de ses chefs-d'œuvre, à partir de 1935
  • Reçoit le prix Nobel de littérature en 1968, premier Japonais à obtenir cette distinction
  • Prononce le discours « Le Japon, par sa beauté » lors de la réception du Nobel
  • Meurt en 1972 à Zushi, probablement par suicide

Œuvres & réalisations

La Danseuse d'Izu (Izu no Odoriko) (1926)

Nouvelle qui révèle Kawabata : un étudiant solitaire suit une troupe de comédiens ambulants et s'éprend d'une jeune danseuse. Un chef-d'œuvre de délicatesse et de retenue.

Pays de neige (Yukiguni) (1935-1947)

Roman le plus célèbre de Kawabata, sur l'amour impossible entre un esthète de Tokyo et une geisha de province. Œuvre d'une beauté glacée, longtemps remaniée.

Nuée d'oiseaux blancs (Senbazuru) (1949-1952)

Roman tissé autour de la cérémonie du thé, où des bols anciens portent le poids des passions et des morts. Une méditation sur l'héritage et le désir.

Le Grondement de la montagne (Yama no Oto) (1949-1954)

Portrait d'un vieil homme face au déclin, à la famille et à la mort dans le Japon d'après-guerre. Considéré par beaucoup comme son sommet romanesque.

Le Maître ou le tournoi de go (Meijin) (1951-1954)

Récit inspiré d'une partie de go réelle, opposant un vieux maître à un jeune champion. Allégorie de la fin d'un Japon traditionnel.

Kyôto (Koto) (1962)

Roman sur deux sœurs jumelles séparées dans l'ancienne capitale, au fil des saisons et des fêtes traditionnelles. Un hommage à la beauté de Kyôto.

Discours Nobel « Le Japon, par sa beauté, et moi-même » (1968)

Conférence prononcée à Stockholm, où Kawabata présente à l'Occident l'esthétique zen et la poésie classique de son pays. Texte devenu un manifeste culturel.

Anecdotes

Orphelin très jeune, Kawabata perd son père à deux ans, sa mère à trois ans, puis sa grand-mère et sa sœur. Élevé par son grand-père aveugle et malade, il veille seul le vieillard mourant à quinze ans et en tire un récit bouleversant, le « Journal de ma seizième année ». Cette solitude d'enfance nourrira toute son œuvre, hantée par la perte et la mélancolie.

En 1968, Kawabata devient le premier Japonais à recevoir le prix Nobel de littérature. Pour son discours à Stockholm, intitulé « Le Japon, par sa beauté, et moi-même », il choisit d'apparaître en kimono et de présenter à l'Occident les poèmes des moines zen et l'esthétique traditionnelle de son pays, plutôt que de se rapprocher des modes littéraires européennes.

Kawabata fut le mentor du jeune écrivain Yukio Mishima, dont il défendit le talent dès ses débuts. Quand Mishima se suicide par seppuku en 1970 après une tentative de coup d'État, Kawabata, bouleversé, se rend sur les lieux. Beaucoup virent dans ce deuil un signe annonciateur de sa propre fin.

Pour écrire « Pays de neige », Kawabata séjourna plusieurs hivers dans une auberge thermale d'Echigo-Yuzawa, dans les montagnes enneigées du Niigata. Il observa longuement la vie des sources chaudes et des geishas de province, et mit près de douze ans (1935-1947) à parfaire ce roman bref, retouché sans cesse.

Le 16 avril 1972, Kawabata meurt dans son atelier de Zushi, asphyxié par le gaz, sans avoir laissé de lettre. Sa mort, à 72 ans, est généralement présentée comme un suicide, mais certains proches et chercheurs ont douté de son caractère volontaire, le mystère restant entier.

Sources primaires

Pays de neige (Yukiguni), incipit (1948)
Le train sortit du long tunnel, et l'on était dans le pays de neige. Le fond de la nuit avait blanchi.
Discours de réception du prix Nobel, « Le Japon, par sa beauté, et moi-même » (12 décembre 1968)
Au printemps les fleurs, en été le coucou ; en automne la lune, et en hiver la neige, claire et froide. Kawabata cite ce poème du moine Dōgen pour présenter l'âme du Japon.
La Danseuse d'Izu (Izu no Odoriko), ouverture (1926)
Une averse balaya le pied de la montagne, blanchissant la forêt de cryptomères, au moment où la route s'élevait vers le col.

Lieux clés

Osaka

Ville natale de Kawabata, où il naît en 1899 dans une famille bientôt décimée par la maladie. C'est là que commence son enfance d'orphelin.

Université impériale de Tokyo

Kawabata y étudie la littérature japonaise et en sort diplômé en 1924. Il y fonde avec des amis la revue qui lance le mouvement « néo-sensationniste ».

Echigo-Yuzawa (Niigata)

Station thermale enneigée des montagnes du Niigata où Kawabata séjourna plusieurs hivers. Le lieu inspire directement le décor de « Pays de neige ».

Péninsule d'Izu (Yugashima)

Région de sources chaudes que le jeune Kawabata parcourut à pied. Elle est le cadre de « La Danseuse d'Izu », récit de sa rencontre avec une troupe de comédiens ambulants.

Kamakura

Ancienne capitale shogunale au sud de Tokyo où Kawabata s'établit et vécut de longues années. Entouré de temples et d'art ancien, il y écrivit plusieurs de ses grands romans.

Zushi (Kanagawa)

Ville côtière où Kawabata possédait un atelier de travail. Il y meurt le 16 avril 1972, asphyxié par le gaz.

Voir aussi