Interview imaginaire

Interview imaginaire avec Chrétien de Troyes

par Charactorium · Chrétien de Troyes (1135 — 1181) · Lettres · 6 min de lecture

Interview imaginaire générée par IA à partir de sources documentées.

C'est à Troyes, par une soirée d'hiver où les chandelles éclairent la grande salle de la cour de Marie de Champagne, que nous rencontrons le maître clerc. La vielle s'est tue, les seigneurs ont regagné leurs logis. Chrétien, le parchemin encore taché d'encre, accepte de revenir sur une vie passée à donner aux chevaliers du roi Arthur une langue nouvelle.

Avant de chanter le roi Arthur, où avez-vous appris votre métier de conteur ?

Avant de chanter Arthur, j'ai fait mes classes auprès des Anciens. Jeune clerc, j'ai tourné en notre langue plusieurs livres d'Ovide — l'Art d'aimer et les Commandements — car ce maître latin connaissait les ruses du cœur mieux que personne. Ces travaux de jeunesse se sont perdus, hélas, comme se perd la cire qu'on gratte sur les tablettes pour recommencer. Mais ils m'ont enseigné que l'amour est une matière qu'on peut mettre en art, en règle, en beaux vers. Sans le latin appris à l'école, sans Ovide ni les vieilles chroniques, jamais je n'aurais su nouer mes romans. Le clerc puise aux sources anciennes ; il ne tire rien du néant, il transvase et il orne, faisant passer en France ce qui fut jadis l'honneur de Rome.

Que vouliez-vous dire en affirmant que le savoir est passé de la Grèce à Rome puis jusqu'en France ?

Dans le prologue de Cligès, vers 1176, j'ai écrit ce qui me tient le plus à cœur : le savoir et la chevalerie ont d'abord fleuri en Grèce, puis sont passés à Rome, et voici qu'ils sont venus jusqu'en France. Que Dieu veuille qu'ils y demeurent ! Car c'est grand honneur pour notre royaume d'accueillir ce que les Anciens possédèrent. Mon Cligès lui-même est moitié grec par sa matière, moitié breton par son esprit, et tout français par sa langue : j'y mêle Constantinople et la cour d'Arthur, l'amour de Cligès et de Fénice. Ainsi le translateur n'est pas un simple copiste : il est le passeur qui porte le flambeau d'un siècle à l'autre, d'une terre à l'autre.

Le translateur n'est pas un copiste : il est le passeur qui porte le flambeau d'un siècle à l'autre.

Comment êtes-vous venu à composer Érec et Énide, que l'on dit le premier roman arthurien en notre langue ?

On colportait alors le conte d'Érec de bouche en bouche, et chaque conteur le dépeçait à sa guise pour gagner sa pitance devant les seigneurs. Moi, clerc de Troyes, j'ai voulu en tirer une belle conjointure — assembler les membres épars du récit en un corps qui tienne debout. Vers 1170, sur le parchemin, j'ai noué l'amour d'Érec et d'Énide à l'épreuve de la prouesse, car un chevalier qui s'endort dans les bras de sa dame oublie son devoir. Il est juste que celui à qui Dieu a donné science et belle parole ne se taise point, mais sème son savoir. Ainsi est né, je crois, le premier roman où les chevaliers du roi Arthur parlent notre langue romane, et non plus le seul latin des clercs.

Pourquoi tenez-vous tant à ce que vos récits cachent un sens sous l'aventure ?

Le vulgaire croit qu'un récit n'est qu'un passe-temps pour la veillée. Mais sous l'écorce de l'aventure se cache toujours une senefiance, un sens que le sage doit déterrer comme l'amande sous la coque. À la cour de Champagne, je taille mes vers en octosyllabes — huit syllabes à rimes plates — car ce mètre court épouse le galop du cheval autant que le fil de la parole. La matière de Bretagne, ces contes celtiques de fées et de fontaines, m'offre la trame ; mais c'est la conjointure, l'art d'agencer, qui fait l'œuvre. Un conteur ignorant déchire et morcelle son histoire pour quelques deniers ; le clerc, lui, ordonne et donne sens. Voilà pourquoi bien dire, à mes yeux, est un art aussi exigeant que bien combattre devant le roi Arthur.

Vous souvenez-vous de la commande que vous fit Marie de Champagne pour Lancelot ?

Ma dame Marie de Champagne, fille de la grande Aliénor, m'a mis en main la matière et le sens de ce roman ; moi, je n'y ai apporté que ma peine et mon application. Telle est la vérité, et je l'ai dite franchement dans mon prologue. Elle voulait qu'on chantât l'amour de Lancelot pour la reine Guenièvre — un amour si haut que le chevalier monte sans honte dans la charrette d'infamie, lui qui devrait la fuir, pour ne point perdre l'heure de retrouver sa dame. À la cour de Troyes, une dame qui commande ne se discute pas : on s'incline. J'ai donc pris le calame, et j'ai servi comme un clerc sert son seigneur, en taisant ce que j'en pensais au fond du cœur.

Chrétien de Troyes
Chrétien de TroyesWikimedia Commons, Public domain — Unknown authorUnknown author

Pourquoi avoir laissé un autre achever ce Chevalier de la Charrette ?

Je ne vous cacherai pas qu'un malaise m'a tenu la plume. Que la reine Guenièvre se donnât à Lancelot contre la foi jurée à son époux le roi Arthur, voilà qui heurtait l'homme d'Église en moi, car l'adultère est péché et l'ordre du mariage est chose sacrée. Aussi ai-je laissé un autre, Godefroi de Leigni, conduire la Charrette à son terme — avec mon accord, dit-il, et sur mes indications. Peut-être. On murmure que je m'étais lassé d'une matière qui ne me ressemblait point. Un clerc peut servir sa dame sans épouser toutes ses fantaisies ; il est des récits qu'on achève de la main d'un compagnon, comme on confie à un autre la fin d'un ouvrage qu'on n'a plus le cœur de polir.

Un clerc peut servir sa dame sans épouser toutes ses fantaisies.

Qu'est-ce qui faisait de Troyes un lieu si propice à votre art ?

Troyes n'est pas une ville comme les autres. Deux fois l'an, ses foires attirent les marchands de Flandre, d'Italie, d'au-delà des monts, qui apportent les draps, les épices, et avec eux les nouvelles et les contes des pays lointains. À la cour de Marie de Champagne, ce carrefour devient pépinière de clercs et de poètes. J'y entends parler des récits bretons que les conteurs gallois ont semés jusqu'ici, j'y croise des lettrés qui devisent de fin'amor et de matière de Bretagne. Sans cette ville de foires et de parchemins, sans le mécénat d'une dame éprise de belles lettres, mes romans n'auraient eu ni matière ni auditoire. Une œuvre naît toujours d'un lieu autant que d'un homme.

BnF fr. 794, fol. 27r, top of 2nd column
BnF fr. 794, fol. 27r, top of 2nd columnWikimedia Commons, Public domain — The scribe is Guiot de Provins and the author is Chrétien de Troyes. The miniaturist is not know. Manuscript comple

À quoi ressemblaient les soirées où l'on découvrait vos romans ?

Mes romans ne sont pas faits pour le silence du cabinet, mais pour la voix et l'oreille. Quand l'hiver champenois tombe et que la nuit vient tôt, on allume les chandelles aux chandeliers de fer, et la grande salle se remplit de seigneurs et de dames. Un jongleur prend ma Charrette ou mon Yvain et le dit à voix haute, tandis qu'une vielle à archet fait gémir ses cordes aux passages où le chevalier pleure ou combat. Je regarde les visages : ils rient, retiennent leur souffle, s'émeuvent. Voilà ma vraie récompense, plus que le parchemin rangé dans un coffre. Un roman ne vit que porté par une bouche, devant une assemblée qui veille à la lueur tremblante des flammes.

Comment expliquez-vous d'avoir loué le comte Philippe de Flandre avec tant d'ardeur ?

J'ai dédié Perceval au comte Philippe de Flandre, et je n'ai pas mesuré mes louanges : j'ai dit que sa charité passe celle de tous les grands de ce monde, et qu'il vaut mieux qu'Alexandre dont on chante tant les vertus. On me reprochera peut-être la flatterie du clerc qui cherche son pain. Mais songez qu'un romancier sans seigneur est un oiseau sans branche : c'est le comte qui m'a remis le livre où, dit-il, était écrite cette histoire du Graal, et de sa main me vient la matière. La fin'amor gouverne les chevaliers ; la largesse du prince, elle, nourrit les poètes. Sans Philippe de Flandre, ce conte du Graal n'aurait jamais quitté le silence des forêts galloises.

Que représente pour vous ce Graal que vous avez introduit dans Perceval, resté inachevé ?

Perceval, mon dernier roman, je ne l'ai point fini — la mort, ou je ne sais quel empêchement, m'a arrêté la plume en chemin. Mais j'y ai semé une graine que nul avant moi n'avait plantée : ce Graal que l'on porte en procession dans le château du Roi Pêcheur, ce mystère que le jeune Perceval, naïf gallois élevé loin du monde, n'ose interroger. D'où vient cette clarté, qui sert-elle ? Le sot se tait, et son silence coûte cher. J'ai laissé la question ouverte, comme on laisse une porte entrebâillée. D'autres, je le devine, voudront la franchir et achever ce que j'ai commencé. Qu'ils le fassent : un récit du Graal appelle ses continuateurs comme la quête appelle de nouveaux chevaliers.

J'ai laissé la question ouverte, comme on laisse une porte entrebâillée.
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Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Chrétien de Troyes. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.