Les enfants interrogent Drusilla
par Charactorium · Drusilla (16 — 38) · Politique · Société · 5 min de lecture

Ce matin-là, deux jeunes visiteurs en classe découverte poussent une lourde porte de marbre sur le mont Palatin. Une princesse romaine les attend, souriante, prête à leur raconter sa vie extraordinaire. Ils s'assoient, un peu intimidés, et commencent à poser leurs questions.
—Vous aviez quel âge quand votre papa est mort ? Ça devait être dur.
Tu sais, mon enfant, j'avais à peine trois ans. Mon père s'appelait Germanicus, c'était un grand général que tout Rome adorait. Nous voyagions avec lui en Orient, très loin, dans une grande ville de Syrie qu'on appelait Antioche. C'est là qu'il est mort, en l'an 19, et beaucoup ont chuchoté qu'on l'avait empoisonné. Imagine une petite fille dans un palais étranger, entourée d'adultes qui pleurent et parlent tout bas. Je ne comprenais pas encore, mais j'ai grandi avec ce vide. Perdre un père aimé de tous, ça marque une enfance pour toujours.
J'avais trois ans, et déjà un grand vide dans la maison.
—Et votre maman ? Elle était où pendant que vous grandissiez ?
Ah, ma mère, Agrippine l'Aînée... une femme courageuse, tu sais. Mais l'empereur Tibère la détestait, car elle défendait trop fort ma famille. Il avait un homme terrible à son service, un chef de sa garde nommé Séjan, qui traquait tous ceux qu'on soupçonnait. En l'an 29, on a arrêté ma mère et on l'a exilée sur une île. Je ne l'ai jamais revue : elle y est morte de faim et de chagrin en 33. Imagine grandir en sachant qu'une seule parole de travers pouvait te faire disparaître. On apprend vite à se taire et à sourire.
On apprend vite à sourire quand un mot de travers peut te faire disparaître.
—C'était comment votre maison ? Ça sentait quoi le matin quand vous vous réveilliez ?
Je vivais tout en haut d'une colline de Rome, le Palatin, dans les palais de la famille impériale. Le matin sentait l'huile parfumée et les fleurs des jardins. Une servante esclave, mon ornatrix, arrangeait mes cheveux en boucles compliquées pendant des heures. Puis venait la salutatio : des dizaines de visiteurs défilaient pour saluer notre famille et demander des faveurs. Je portais une longue robe, la stola, et un grand manteau drapé par-dessus, la palla. Imagine des murs couverts de marbre coloré et de peintures partout. C'était beau, mais on n'était jamais vraiment seule.
Tout était beau, mais on n'était jamais vraiment seule.
—Vous mangiez quoi le soir ? Il y avait des trucs bizarres à Rome ?
Le soir, on se réunissait pour la cena, le grand repas. Et là, surprise : on ne mangeait pas assis, mais allongés sur des lits de banquet, dans une pièce qu'on appelait le triclinium ! On s'appuyait sur un coude et on picorait. Il y avait du pain, des olives, des fruits, du poisson, des volailles. Le plus étrange pour toi, ce serait notre sauce préférée : le garum, faite avec du poisson fermenté au soleil. Ça sentait très fort, mais on en mettait partout ! Et le vin, on le coupait toujours d'eau. Boire du vin pur, c'était mal vu.
On mangeait allongés, et on adorait une sauce de poisson qui sentait très fort.
—C'est vrai qu'on vous a nommée déesse ? Une vraie déesse ?
Oui, mon enfant, et ça n'était jamais arrivé à une femme de Rome avant moi. Quand je suis morte, en l'an 38, le Sénat, notre grande assemblée, a voté ma consecratio : la décision de m'élever au rang des dieux. On m'a appelée Diva Drusilla Panthéa, ce qui veut dire « toute déesse ». On a même placé une statue de moi dans le temple de la déesse Vénus. Imagine : des gens priaient devant mon image et juraient en mon nom, comme pour un vrai dieu. Toute petite, j'avais peur d'un mot de travers ; me voilà devenue déesse.
Je fus la première femme de Rome que le Sénat éleva parmi les dieux.

—Mais comment on peut prouver que quelqu'un est devenu un dieu ? C'est impossible, non ?
Tu as raison de douter, c'est très malin ! Alors ils ont fait quelque chose d'étonnant. Un sénateur nommé Livius Geminius s'est levé devant tout le monde. Il a juré, en appelant le malheur sur lui-même et sur ses enfants s'il mentait, qu'il m'avait vue de ses propres yeux monter au ciel et parler avec les dieux. On appelle ça une apothéose, la montée d'un mortel vers le ciel. Mon frère l'a récompensé avec une énorme somme d'argent. Beaucoup n'y croyaient pas vraiment... mais personne n'osait le dire tout haut.
Un homme jura m'avoir vue monter au ciel — et fut payé pour ce serment.
—Votre frère l'empereur, il vous aimait beaucoup ? Vous étiez proches ?
Oh oui, j'étais sa sœur préférée. Mon frère, c'était Caligula, l'empereur. Nous avions traversé ensemble l'enfance et tous ces malheurs de famille, alors nous étions très liés. Quand il est tombé gravement malade en 37, juste après être monté au pouvoir, il a fait quelque chose d'incroyable : il m'a désignée comme son héritière. Imagine, mon enfant : pour la première fois, on envisageait qu'une femme puisse recueillir l'Empire tout entier ! Cela ne s'était jamais vu à Rome. C'était sa façon à lui de me dire à quel point il comptait sur moi.
Pour la première fois, on pensa qu'une femme pourrait hériter de l'Empire.
—Et quand vous êtes morte, il a fait quoi ? Il était triste ?
Triste ? C'est un mot trop petit, mon enfant. Mon frère est devenu comme fou de chagrin. Il a imposé un deuil d'une sévérité que personne n'avait jamais connue. L'écrivain Suétone raconte qu'il devint alors un crime, puni de mort, de rire, de prendre un bain ou de dîner en famille ! Imagine une ville entière forcée au silence. Lui-même a quitté Rome sans s'occuper de rien, a laissé pousser sa barbe et ses cheveux, et a erré à travers la campagne, incapable de revoir la capitale. Il ne supportait plus l'endroit où j'avais vécu.
Il rendit le rire lui-même passible de mort, tant son chagrin était immense.

—Ça fait quoi d'avoir un frère aussi puissant qui vous protège autant ?
C'est doux et lourd à la fois, tu sais. Doux, parce que Caligula me couvrait d'honneurs : il fit ajouter mon nom aux grands serments officiels que prêtaient les magistrats. Imagine des hommes puissants jurant fidélité en prononçant ton nom, à toi ! Mais c'est lourd aussi. Quand tout dépend de l'amour d'un seul homme, tout peut s'écrouler s'il change. J'avais vu, enfant, ma mère et mon père broyés par le pouvoir. Alors j'ai appris une chose : être proche du trône, c'est vivre au bord d'une falaise magnifique. La vue est belle, mais le vide est juste là.
Être proche du trône, c'est vivre au bord d'une falaise magnifique.
—Il y avait une pièce de monnaie avec votre visage ? On peut encore la voir ?
Oui ! Et c'est un des seuls endroits où l'on peut encore voir mon visage aujourd'hui. Mon frère fit frapper une belle monnaie de bronze, un sesterce, qui montrait ses trois sœurs côte à côte. Moi, j'étais au centre, représentée en Concordia, la déesse de l'entente et de la paix. Je tenais une corne d'abondance débordant de fruits. Imagine ton portrait voyageant de main en main dans tout l'Empire, dans les marchés, les boutiques ! Pour des femmes encore vivantes, c'était un honneur immense et très rare. Chaque pièce disait : ces sœurs comptent, respectez-les.
Mon visage voyageait de main en main dans tout l'Empire, sur le bronze.
—Si on pouvait vous rencontrer aujourd'hui, qu'est-ce que vous voudriez qu'on retienne de vous ?
Belle question, mon enfant. J'ai vécu très peu, seulement vingt-deux ans. Je n'ai pas commandé d'armées ni écrit de livres. Pourtant, mon nom a franchi presque deux mille ans jusqu'à toi. J'aimerais que tu retiennes ceci : j'ai été la première femme de Rome qu'on a osé imaginer héritière de l'Empire, puis qu'on a élevée parmi les dieux sous le nom de Diva Drusilla. Une porte s'est ouverte grâce à moi ; d'autres impératrices l'ont franchie après ma mort. Parfois, on laisse une trace non par ce qu'on fait, mais par ce qu'on rend possible.
Parfois on laisse une trace non par ce qu'on fait, mais par ce qu'on rend possible.
Pour aller plus loin
Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Drusilla. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.


