Interview imaginaire

Interview imaginaire avec Élisabeth Vigée Le Brun

par Charactorium · Élisabeth Vigée Le Brun (1755 — 1842) · Arts visuels · 5 min de lecture

Interview imaginaire générée par IA à partir de sources documentées.

C'est à Louveciennes, dans l'atelier baigné d'une lumière d'après-midi, que la vieille Élisabeth Vigée Le Brun lève les yeux de sa palette. L'odeur de l'huile et des pigments broyés emplit la pièce, et soudain lui revient le visage qu'elle a peint plus que tout autre : celui de Marie-Antoinette, sa souveraine et son amie, telle qu'elle posait jadis à Versailles. Une vingtaine de portraits les avaient liées entre 1778 et 1789 ; et voici qu'en pensée la reine revient, douce et grave, l'interroger sur tout ce qui fut — et sur tout ce qui suivit leur séparation.

Ma chère Le Brun, te souviens-tu de cette robe de mousseline dont tu m'avais vêtue en 1783 ? Pourquoi fit-elle tant scandale ?

Madame, comment l'oublierais-je ? Je vous avais représentée dans cette robe de mousseline blanche, sans panier ni faste, telle que le goût néoclassique le voulait — naturelle, simple, vivante. Mais à peine la toile exposée au Salon de 1783, la clameur s'éleva : on prétendit que la reine de France s'était fait peindre en chemise, comme une bourgeoise, ou pis encore. Il fallut retirer le tableau et le remplacer en hâte par le Portrait à la rose, où je vous rendis toute la majesté que l'on exigeait. J'avais voulu vous montrer telle que vous étiez dans l'intimité ; on n'y vit qu'un outrage. C'est ce jour-là que j'ai compris combien votre image, déjà, ne vous appartenait plus.

Et quand tu m'as peinte avec mes enfants, en 1787, savais-tu combien le peuple me jugeait ? Qu'as-tu voulu montrer de moi ?

Je le savais, oui — les libelles vous accablaient, et l'on vous nommait déjà de ce vilain mot que je n'ose répéter. Mon grand tableau, Marie-Antoinette et ses enfants, devait répondre à cela. Je vous ai peinte non en souveraine lointaine, mais en mère, entourée des vôtres, le berceau tout proche. C'était un portrait d'apparat par ses dimensions et sa pompe, certes, mais son âme était tout autre : faire voir le cœur d'une femme. J'espérais qu'en vous regardant ainsi, le peuple oublierait ses griefs. Hélas, on accrocha la toile et l'on murmura encore. Les images, Madame, ne guérissent point ce que les temps ont rendu malade.

On vante partout l'éclat de tes carnations. Quel était donc ce secret que tu gardais au bout de tes pinceaux ?

Ah, ce prétendu secret ! Il tenait à peu de chose, et pourtant à toute une vie d'observation. Jamais je n'employais le noir pur, qui éteint la chair et la rend morte ; je lui préférais des tons chauds, des rougeurs sourdes, des transparences. Je préparais mes mélanges à l'avance, sur une palette bien ordonnée, afin de ne jamais hésiter le pinceau en main. Et surtout, je ne peignais les visages qu'au matin, à la lumière franche du jour — c'est pourquoi je vous recevais si tôt, Madame, vous en souvenez-vous ? La peau d'un visage est chose vivante : elle respire, elle rougit, elle pâlit. Mon art fut, toute ma vie, de saisir ce frémissement.

Jamais de noir pur : il éteint la chair et la rend morte.

Et ce portrait de toi-même, coiffée d'un chapeau de paille — pourquoi t'es-tu ainsi montrée, la palette à la main ?

Je l'ai peint en 1782, et je vous avoue qu'il me tient au cœur plus qu'aucun autre. J'avais admiré aux Pays-Bas une œuvre de Rubens, ce Chapeau de paille dont la lumière m'avait éblouie — le soleil jouait sur le visage comme nul peintre ne l'avait osé. J'ai voulu m'y mesurer. Je me suis représentée le sourire aux lèvres, ma palette et mes pinceaux à la main, sans rien dissimuler de mon métier. Une femme, peintre, se montrant pour ce qu'elle est : cela aussi était une audace, en ce temps-là. On loua la fraîcheur de l'œuvre, et j'en fus fière comme d'une victoire remportée sur les maîtres anciens.

Le jour où l'on t'a reçue à l'Académie, j'ai su qu'on murmurait que je t'avais imposée. Cela t'a-t-il blessée ?

Blessée ? Non, Madame — comblée, mais lucide. Je fus reçue le 31 mai 1783, le même jour qu'Adélaïde Labille-Guiard, ma rivale. Deux femmes admises ensemble : c'était trop pour ces messieurs, qui n'en toléraient que quatre et en tenaient le compte avec jalousie. On murmura que je devais ma place à vos bontés plus qu'à mon pinceau. Aussi avais-je présenté un morceau ambitieux, La Paix ramenant l'Abondance, sujet allégorique et noble, pour prouver que je savais peindre autre chose que des visages. Je voulais qu'on me reçût pour mon art, non pour mes amitiés. Mais je ne renierai jamais ce que je vous dois : sans votre faveur, ces portes m'eussent-elles seulement été entrouvertes ?

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Portrait of Marie Gabrielle de Gramont, Comtesse de Caderousse label QS:Lfr,"Portrait de Marie Gabrielle de Gramont, duchesse de Caderousse"label QS:Len,"Portrait of Marie Gabrielle de Gramont, DucheWikimedia Commons, Public domain — Élisabeth Louise Vigée Le Brun

On m'a conté ce souper grec donné rue du Gros-Chenet, le soir même où Paris s'embrasait. Était-ce imprudence ?

Imprudence, on me l'a assez reproché depuis ! Ce soir-là, j'avais convié quelques amis à un souper à la mode grecque, rue du Gros-Chenet : tuniques, couronnes de fleurs, vases antiques, un divertissement d'artistes épris de l'Antiquité. Nous ignorions, ou voulions ignorer, que Paris grondait au-dehors. Plus tard, on grossit l'affaire jusqu'à la fable — un festin ruineux, le luxe insolent d'une amie de la cour. La vérité était bien plus modeste, mais qu'importe : il fallait un grief contre moi, on le trouva. Ce repas innocent devint l'une des pièces qu'on instruisit à ma charge. J'ai appris ce jour-là que, dans les temps de fureur, la gaieté même devient un crime.

Lorsque tu as quitté Paris en octobre, sans que je pusse te protéger, qu'as-tu donc emporté de nous ?

En octobre 1789, Madame, j'ai pris la diligence de nuit avec ma petite Julie, deux malles et le cœur déchiré. Je n'emportais ni or ni titres — seulement mes couleurs, quelques croquis, et votre visage gravé en moi pour toujours. On m'inscrivit bientôt sur la liste des émigrés, ces bannis dont on saisissait les biens et qui ne pouvaient rentrer qu'effacés du registre infâme. Douze années durant, j'ai erré de cour en cour. Je ne savais pas, en franchissant la barrière, que je ne reverrais ni vous ni la France d'avant. Ce que j'emportais de nous, ma reine, nul décret ne pouvait le confisquer : c'était le souvenir de nos séances, de votre voix, de votre patience à poser.

Je n'emportais ni or ni titres — seulement mes couleurs et votre visage gravé en moi.
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Self Portrait in a Straw Hat title QS:P1476,en:"Self Portrait in a Straw Hat "label QS:Len,"Self Portrait in a Straw Hat "label QS:Les,"Autorretrato con sombrero de paja"label QS:Lnds,"Sülvstporträt"Wikimedia Commons, Public domain — Élisabeth Louise Vigée Le Brun

Dis-moi, ma chère Élisabeth, ces cours étrangères que tu redoutais — t'ont-elles accueillie, loin de la nôtre ?

Elles m'accueillirent, Madame, au-delà de tout ce que je redoutais. À Rome d'abord, où l'on se pressa dans mon atelier et où l'Académie de Saint-Luc m'ouvrit ses rangs ; puis Naples, Vienne, partout des commandes et des honneurs. Mon nom m'avait précédée, et avec lui le vôtre, je le crois — car avoir peint la reine de France était une gloire que les princesses étrangères m'enviaient. L'exil, que je croyais une chute, fut une étrange consécration : je travaillai plus que jamais, et nulle part on ne me ferma sa porte. Et pourtant, au milieu de ces fastes, il me manquait toujours la seule cour que j'eusse vraiment aimée — la nôtre, Madame, celle de Versailles.

Et cette Russie si lointaine, la tsarine et ses commandes — y as-tu retrouvé un peu de la cour que nous avions perdue ?

La Russie fut ma plus longue halte : six années à Saint-Pétersbourg, de 1795 à 1801. La cour impériale me combla — j'y peignis la haute noblesse, et l'Académie impériale des beaux-arts me reçut parmi ses membres, distinction rare pour une femme et plus rare encore pour une étrangère. J'y fis le Portrait de la comtesse Golovine, dont je suis demeurée fière : ce regard, ce châle ramené sur l'épaule... Oui, Madame, j'y retrouvai quelque chose de l'éclat perdu, des conversations vives, du goût des belles choses. Mais ce n'était qu'un reflet, non la flamme. On me traitait en reine de mon art ; il me manquait d'avoir une reine à servir.

On me traitait en reine de mon art ; il me manquait d'avoir une reine à servir.

Au long de tant d'années d'exil et d'épreuves, ma chère amie, qu'est-ce donc qui t'a tenue debout ?

Qu'est-ce qui m'a tenue ? Mon art, Madame, rien que mon art. Dans mes vieux jours, j'ai écrit mes Souvenirs, et j'y ai consigné cette vérité toute simple : « J'avais une telle passion pour mon art que, souvent, en commençant un portrait, je ne me donnais pas le temps de manger. Je travaillais du matin au soir sans m'apercevoir que les heures s'écoulaient. » Voilà ce qui m'a portée à travers les royaumes et les bouleversements. Tant que j'avais un visage à peindre, une lumière à saisir, je n'étais pas tout à fait exilée — j'étais chez moi, devant mon chevalet. Le reste, les honneurs et les disgrâces, passait comme passe le jour.

Tant que j'avais un visage à peindre, je n'étais pas tout à fait exilée.
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