Interview imaginaire avec Étienne de La Boétie
par Charactorium · Étienne de La Boétie (1530 — 1563) · Lettres · Philosophie · 5 min de lecture
Deux élèves de 5e visitent la maison Renaissance de Sarlat un matin de printemps. Là, un homme en robe noire de magistrat les accueille en souriant. Il s'appelle Étienne de La Boétie, et il a beaucoup à leur raconter.
—Vous aviez quel âge quand vous avez écrit votre livre le plus célèbre ?
Tu sais, mon enfant, j'étais à peine plus vieux que toi. On dit que j'avais 16 ou 18 ans quand j'ai écrit le Discours de la servitude volontaire. Imagine un garçon penché sur sa table, à la lueur d'une chandelle, qui se pose une question énorme. Pourquoi les gens obéissent-ils à un homme cruel, alors qu'ils sont des milliers et lui tout seul ? Je n'arrivais pas à comprendre. Les grandes personnes furent stupéfaites qu'un jeune ait osé poser ça. Mais vois-tu, parfois c'est quand on est jeune qu'on voit le plus clair. On n'a pas encore appris à baisser la tête.
Parfois, c'est quand on est jeune qu'on voit le plus clair.
—Comment un seul roi méchant peut faire obéir tout un peuple ?
C'est ça, la vraie question ! Et la réponse va te surprendre. Le tyran — c'est le mot pour un chef qui écrase tout le monde — n'a aucune force tout seul. C'est NOUS qui le portons. Imagine une statue géante, un colosse énorme. Tu crois qu'il faut une armée pour le renverser ? Non. Il suffit d'arrêter de le tenir debout. J'ai écrit ceci : « Soyez résolus de ne servir plus, et vous voilà libres. » Le jour où les gens cessent d'obéir, le géant tombe tout seul, écrasé par son propre poids. Personne n'a besoin de se battre. Il suffit de ne plus aider le tyran.
Le jour où les gens cessent d'obéir, le géant tombe tout seul.
—Vous n'aviez pas peur d'écrire des choses contre les rois ?
Bonne question, tu es malin. Oui, c'était dangereux. Alors le Discours n'a pas été imprimé tout de suite. Il a circulé en cachette, recopié à la main sur du vélin — c'est de la peau de veau bien lisse qu'on utilisait pour écrire à mon époque. Des amis lettrés se passaient ces feuilles entre eux, discrètement. Imagine un texte qui voyage de main en main, comme un secret précieux. Je ne cherchais pas à faire la révolution, vois-tu. Je voulais surtout comprendre. Mais une idée écrite, ça ne meurt jamais. Même cachée, elle continue son chemin.
Une idée écrite, ça ne meurt jamais.
—C'est vrai que vous aviez un meilleur ami super célèbre ?
Ah, tu touches là ce que j'ai de plus cher ! Mon ami s'appelait Michel de Montaigne. Nous nous sommes rencontrés vers 1558, et tout de suite, ce fut comme si on se connaissait depuis toujours. Tu sais ce qu'il a écrit pour expliquer notre amitié ? « Parce que c'estoit luy, parce que c'estoit moy. » C'est tout. Pas de grande explication. On s'aimait parce que c'était lui et parce que c'était moi. Imagine que tu rencontres quelqu'un et qu'en une journée tu sens que c'est ton autre moitié. C'est rare, ça. Ça n'arrive parfois qu'une fois dans une vie.
On s'aimait parce que c'était lui et parce que c'était moi.
—Vous vous voyiez comment, vous parliez de quoi tous les deux ?
Le soir surtout, mon enfant ! La journée, j'étais au tribunal à juger des affaires. Mais quand la nuit tombait, Montaigne et moi, on s'asseyait près de la cheminée. On parlait de poésie, de philosophie, des livres anciens. On discutait pendant des heures, à la lueur des chandelles — il n'y avait pas d'autre lumière, à mon époque. J'écrivais aussi des poèmes pour lui. Dans un de mes sonnets, j'ai dit qu'en lui j'avais trouvé « la moitié de moi-même ». Tu vois, un vrai ami, ce n'est pas quelqu'un qui te ressemble. C'est quelqu'un qui te complète.
Un vrai ami, ce n'est pas quelqu'un qui te ressemble, c'est quelqu'un qui te complète.
—Qu'est-ce qui s'est passé à la fin, quand vous étiez malade ?
C'est une histoire triste, mais douce aussi. Je suis tombé très malade en 1563, à seulement 32 ans. Sans doute la dysenterie ou la peste — on ne savait pas bien soigner, à mon époque. Montaigne est resté à mon chevet jusqu'au bout, à Germignan, près de Bordeaux. Il a tenu ma main pendant mon agonie. Et tu sais quoi ? J'ai demandé que ma femme hérite de ma bibliothèque, mes livres adorés. Mes poèmes et mes traductions, je les ai laissés à Montaigne. Mourir, ça fait peur. Mais mourir entouré de ceux qu'on aime, c'est moins dur. On n'est pas seul.
Mourir entouré de ceux qu'on aime, c'est moins dur.
—C'était quoi votre vrai métier, en fait, dans la vie de tous les jours ?
Bonne question, on l'oublie souvent ! Je n'étais pas qu'un écrivain. J'étais juge. Dès 23 ans, je suis devenu conseiller au parlement de Bordeaux. Attention, à mon époque, un parlement n'était pas une assemblée qui vote des lois. C'était un grand tribunal qui rendait la justice. Le matin, je mettais ma longue robe noire et mon bonnet carré — c'était l'habit des magistrats. Imagine-moi grave et sérieux, jugeant des affaires. Puis le soir, je redevenais poète. Tu vois, on peut avoir deux vies dans une seule journée : le juge le matin, le poète le soir.
On peut avoir deux vies dans une seule journée.
—C'était dur de vivre pendant une guerre entre les religions ?
Oui, mon enfant, c'était un temps terrible. Les catholiques et les protestants se déchiraient en France. On appelle ça les guerres de Religion. Des gens s'entretuaient à cause de leur façon de prier Dieu, tu imagines ? Moi, je voulais la paix. En 1562, on m'a envoyé en mission en Agenais pour essayer de réconcilier les deux camps. J'ai même écrit un texte, le Mémoire sur l'édit de janvier, pour proposer des solutions. Je croyais qu'on pouvait se parler au lieu de se battre. Je n'ai pas réussi, hélas. Mais essayer la paix, ça vaut toujours mieux que choisir la guerre.
Essayer la paix vaut toujours mieux que choisir la guerre.
—Vous lisiez quoi, vous, quand vous étiez tranquille chez vous ?
Ah, mes livres ! C'était toute ma joie. Je me levais à l'aube et, avant d'aller au tribunal, je lisais les auteurs de l'Antiquité grecque et latine. Plutarque, Xénophon, Tacite. Tu sais, j'aimais tellement ces textes que je les ai traduits du grec en français, pour les partager. J'ai traduit l'Économique de Xénophon, un livre sur comment gérer sa maison et ses champs. On appelait les gens comme moi des humanistes : des lettrés qui étudient les Anciens pour mieux comprendre les hommes. Imagine ouvrir un livre vieux de mille ans et y trouver des conseils encore vrais. C'est magique, ça.
Imagine ouvrir un livre vieux de mille ans et y trouver des conseils encore vrais.
—Ça servait à quoi de lire des vieux livres aussi anciens ?
Tu vas comprendre. Ces vieux livres, ce n'était pas pour faire joli sur une étagère. Ils me nourrissaient l'esprit. Quand je lisais comment les Romains ou les Grecs vivaient sous leurs chefs, je réfléchissais à mon propre temps. C'est en lisant les Anciens que j'ai compris la servitude volontaire — cette habitude qu'ont les peuples d'accepter d'être dominés. Les livres m'ont appris à poser des questions que personne n'osait poser. Imagine un trésor caché dans les pages : à chaque lecture, tu deviens un peu plus libre dans ta tête. Lire, mon enfant, c'est apprendre à penser tout seul.
Lire, c'est apprendre à penser tout seul.
—Ça vous aurait fait quoi de savoir que votre livre serait publié après votre mort ?
Quelle drôle d'idée, n'est-ce pas ? Mon Discours, je ne l'ai jamais vu imprimé. C'est seulement en 1576, treize ans après ma mort, que des protestants l'ont publié. Mais attention : ils l'ont utilisé comme une arme contre le roi, dans un recueil de combat. Or moi, je n'avais pas écrit ça pour faire la guerre ! Je m'étais juste posé une question, jeune homme, dans mon coin. Tu vois, quand tu lâches une idée dans le monde, elle ne t'appartient plus. D'autres s'en emparent et lui font dire ce qu'ils veulent. Une idée, c'est comme un oiseau : une fois envolé, tu ne le rattrapes plus.
Une idée, c'est comme un oiseau : une fois envolé, tu ne le rattrapes plus.
Pour aller plus loin
Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Étienne de La Boétie. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.


