Interview imaginaire

Interview imaginaire avec Honoré de Balzac

par Charactorium · Honoré de Balzac (1799 — 1850) · Lettres · 5 min de lecture

Interview imaginaire générée par IA à partir de sources documentées.

C'est dans le salon de la maison de la rue Raynouard, à Passy, que je retrouve mon Honoré en cet hiver de 1847, alors qu'il revient à peine d'un long voyage jusqu'à mon Ukraine. La cafetière en étain fume encore sur la table encombrée d'épreuves raturées, et la lueur des bougies tremble sur sa robe de bure blanche. Nous nous écrivons depuis quatorze ans déjà — depuis cette lettre signée l'Étrangère qui le fit rêver — et je viens ce soir non pour la comtesse, mais pour la femme qui veut enfin comprendre l'homme derrière les milliers de pages. Il me sourit, pose sa plume d'oie, et accepte de se laisser interroger.

Honoré, te voilà encore en robe blanche à cette heure indue. Combien de tasses de café t'ont tenu éveillé cette nuit ?

Tu me connais trop bien, Ewelina, pour t'en étonner. J'en bois cinquante par jour quand l'ouvrage me presse, un café noir et brutal qui me fouette le sang mieux qu'aucun cavalier ne fouette sa monture. Je me lève à minuit, j'endosse cette bure comme un moine sa coule, et je ne quitte ma table qu'à midi sonnant. Souviens-toi de ce que je t'écrivais : je suis enchaîné à ma table comme un galérien à son banc de rame. Cette robe blanche n'est pas un caprice — c'est mon armure contre le monde, contre les créanciers, contre le sommeil. Quand la plume gratte le papier dans le silence de Passy, je suis le plus libre des hommes, et le plus prisonnier.

Cette bure blanche n'est pas un caprice — c'est mon armure contre le monde et contre le sommeil.

Tu m'écris souvent que la fatigue te terrasse. Pourquoi t'imposer ces nuits de forçat plutôt que d'écrire le jour, comme tout le monde ?

Parce que le jour appartient aux importuns, ma chère, et la nuit n'appartient qu'à moi. Le jour, ce sont les éditeurs, les huissiers, les visites — toute cette comédie que je dois jouer pour survivre. La nuit, le monde dort et je règne. Ma cafetière d'étain et ma plume d'oie sont mes seuls compagnons fidèles. Je remplis vingt, trente pages avant l'aube, et au matin je recommence sur les épreuves. Cela me coûte ma santé, je le sais ; mon médecin me le répète. Mais comment veux-tu qu'un homme bâtisse une cathédrale en dormant ? Les autres écrivent ; moi, je me consume. C'est le prix.

Le jour appartient aux importuns ; la nuit n'appartient qu'à moi.

Tu m'as dit un jour vouloir réunir tous tes romans en une seule œuvre. Cette Comédie humaine, qu'est-elle vraiment dans ton esprit ?

C'est l'œuvre de ma vie, Ewelina, et tu en fus la première confidente. Songe : plus de quatre-vingt-dix romans qui se répondent, deux mille personnages qui reviennent d'un livre à l'autre comme dans la vie réelle. Rastignac que tu croises jeune et pauvre dans Le Père Goriot, tu le retrouveras puissant ailleurs. Buffon a dressé l'inventaire des espèces animales ; moi, je dresse celui des espèces sociales. Comme je l'ai écrit dans mon Avant-propos, la Société française devait être l'historien, et je ne devais être que le secrétaire. J'écris l'histoire que les historiens ont oubliée : celle des mœurs. Voilà mon ambition — non pas un livre, mais un monde entier tenant debout par ma seule volonté.

Buffon a dressé l'inventaire des espèces animales ; moi, je dresse celui des espèces sociales.

Ta sœur Laure m'a rapporté ton enthousiasme du jour où l'idée t'est venue. Qu'as-tu ressenti en ce moment-là ?

Ah, Laure ! Je me rappelle être entré chez elle comme un fou, persuadé d'avoir saisi le principe qui ferait de moi l'égal de Walter Scott. Lier tous mes romans par le retour des personnages — ce fut une illumination, une foudre. Soudain mes livres épars cessaient d'être des feuilles au vent : ils devenaient les chapitres d'un même édifice. Je lui ai dit que je porterais cette œuvre comme Atlas porte le monde, par la seule force de ma volonté. Tu sais combien je me croyais alors invincible. Et pourtant, à mesure que l'édifice grandit, je mesure mieux qu'une vie d'homme ne suffira pas à l'achever. C'est ma gloire et ma malédiction.

Mes livres épars cessaient d'être des feuilles au vent : ils devenaient les chapitres d'un même édifice.

Lorsque je suis venue ici la première fois, tu m'as montré cette sortie dérobée. Avoue-le-moi : était-ce vraiment pour fuir tes créanciers ?

Tu as bien deviné, et j'en rougis presque devant toi. Oui, j'ai fait aménager cette issue secrète pour m'échapper quand les huissiers frappent à la porte de Passy. Je vis sous des noms d'emprunt, je change d'adresse comme d'autres changent de gilet. Tout cela remonte à 1825, à mon désastre d'imprimeur : j'ai voulu être éditeur, fondeur de caractères, et je n'ai récolté que des montagnes de dettes qui me poursuivent depuis vingt ans. Alors j'écris pour rembourser, je vends mes romans en feuilletons aux journaux, et je m'enfonce encore en corrigeant mes épreuves jusqu'à la ruine de mes éditeurs. Le travail me sauve et me damne en même temps. Toi seule sais ce que cette comédie-là me coûte.

Je vis sous des noms d'emprunt, je change d'adresse comme d'autres changent de gilet.
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French: Portrait présumé d'Honoré de Balzac (1799-1850), écrivain. title QS:P1476,fr:"Portrait présumé d'Honoré de Balzac (1799-1850), écrivain. "label QS:Lfr,"Portrait présumé d'Honoré de Balzac (1Wikimedia Commons, Public domain — anonymous

Tes éditeurs se plaignent à moi de tes épreuves couvertes de ratures. Pourquoi t'acharner à tout réécrire, au risque de te ruiner davantage ?

Parce qu'un roman n'est jamais fini, Ewelina, il est seulement abandonné — et moi je n'abandonne rien. Quand l'imprimeur me renvoie mes épreuves, je les couvre de corrections jusqu'à doubler le texte ; j'ajoute autant que je retranche, des phrases naissent dans les marges comme des branches. Cela coûte une fortune à mes éditeurs, qui hurlent, et j'en ris à moitié. Mais comment livrer au public une œuvre imparfaite ? Chaque mot doit porter la couleur locale, le détail vrai qui fait qu'on croit toucher la chose même. Mes dettes grossissent de cet acharnement, je le sais. Tant pis : je préfère un chef-d'œuvre ruineux à un livre médiocre qui m'enrichirait.

Un roman n'est jamais fini, il est seulement abandonné — et moi je n'abandonne rien.

Dans tes romans, l'argent semble dévorer chacun. Pourquoi cette obsession de l'or, de l'usure, des dots et des fortunes ?

Parce que l'argent est le sang de notre siècle, ma chère, et qui veut peindre la société doit peindre ce qui la fait courir. Regarde le vieux Grandet, mon avare de Saumur : il sacrifie sa propre fille à sa cupidité, et pourtant il existe à mille exemplaires dans nos provinces. Depuis que la bourgeoisie a triomphé en 1830, l'or a remplacé le sang noble comme mesure de toute chose. La dot fait et défait les mariages, l'usure étrangle les jeunes gens, et un Rastignac affamé apprend vite qu'à Paris on ne réussit qu'en pliant sa conscience. Je ne juge pas, j'observe. Je suis le secrétaire qui dresse l'inventaire des passions — et la plus dévorante, aujourd'hui, c'est la soif de l'argent.

L'argent est le sang de notre siècle ; qui veut peindre la société doit peindre ce qui la fait courir.
Eindhoven kunstwerk honoré de balzac
Eindhoven kunstwerk honoré de balzacWikimedia Commons, CC0 — Wikifrits

Toi qui rêves de luxe et brandis ta canne à pommeau d'or, n'es-tu pas toi-même un peu de ces ambitieux que tu décris ?

Le coup est juste, et de ta part je l'accepte en souriant. Oui, j'aime le luxe que je ne puis m'offrir, ma canne, mes meubles achetés à crédit, le Faubourg Saint-Germain où je voudrais qu'on me reçût comme un grand. Il y a du Rastignac en moi, comment le nier ? Mais vois-tu, c'est précisément parce que je connais cette fièvre du dedans que je puis la peindre si vrai. Un moraliste qui n'aurait jamais convoité ne saurait rien des convoitises. Je me suis fait le dandy et le débiteur, le rêveur de fortune et l'esclave de mes dettes — toute la Comédie humaine est passée par mon propre cœur. Toi seule sais que mon vrai luxe, désormais, c'est l'espérance de t'avoir enfin près de moi.

Un moraliste qui n'aurait jamais convoité ne saurait rien des convoitises.

Voilà quatorze ans que nous nous écrivons, depuis ma première lettre de l'Étrangère. Crois-tu vraiment que nous serons un jour mari et femme ?

Je le crois comme je crois à la lumière du matin, Ewelina — c'est l'unique espérance qui me tient debout dans mes nuits de galérien. Depuis 1833, depuis cette lettre venue de loin signée d'un nom mystérieux, tu es l'horizon vers lequel je rame. J'ai traversé l'Europe pour te rejoindre, j'ai supporté l'attente, les obstacles, ton deuil, les convenances. Quatorze ans déjà, et chaque roman que j'écris, je l'écris aussi pour bâtir le foyer qui sera digne de toi. La fortune et la gloire que je poursuis depuis ma jeunesse, je ne les veux plus que pour les déposer à tes pieds. Patiente encore un peu, mon Éve : ce mariage tant rêvé, je le sens approcher enfin.

Tu es l'horizon vers lequel je rame depuis quatorze ans.

Tu travailles jusqu'à t'épuiser, mon ami, et ta santé m'inquiète. Que crains-tu le plus, à mesure que ce jour approche ?

Je crains, Ewelina, de n'avoir pas le temps. Voilà ma seule véritable terreur. J'ai brûlé ma vie à ce bureau, cinquante tasses de café par nuit, des années sans repos, et mon corps commence à réclamer son dû. Mon cœur fatigue, mes jambes me trahissent parfois. Et l'idée me hante qu'après tant d'attente, après avoir bâti pour toi cette maison de Passy meublée de mes rêves, le destin pourrait me ravir le bonheur au moment même où je le touche. La Comédie humaine restera inachevée, soit — un homme ne peut tout faire. Mais notre union, elle, je la veux entière. Reste près de moi : ta présence me vaut mieux que tout le café du monde pour me tenir en vie.

Ma seule véritable terreur, c'est de n'avoir pas le temps.
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Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Honoré de Balzac. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.