Interview imaginaire

Interview imaginaire avec Iris Murdoch

par Charactorium · Iris Murdoch (1919 — 1999) · Philosophie · Lettres · 6 min de lecture

Interview imaginaire générée par IA à partir de sources documentées.

C'est dans la cuisine joyeusement chaotique de leur maison de Steeple Aston, un après-midi d'automne, que John Bayley s'assoit en face de sa femme, un carnet ouvert sur la table encombrée de livres et de manuscrits. La lumière oblique tombe sur les dialogues de Platon annotés qu'elle garde toujours à portée de main. Ils se connaissent depuis leur rencontre à Oxford, mariés depuis tant d'années qu'il croit parfois la connaître mieux qu'elle-même — et c'est précisément ce qu'il vient vérifier. Pour une fois, il pose les questions au lieu de relire ses pages.

Iris, avant même que je te connaisse, tu lisais déjà Sartre dans le texte. Comment as-tu osé écrire sur lui en 1953, quand personne ici ne le lisait ?

Tu sais combien j'aime les langues, John — le français, l'allemand, le russe ont toujours été pour moi des fenêtres ouvertes. Quand j'ai lu Sartre et Beauvoir en version originale, j'ai compris que quelque chose se passait à Paris dont l'Angleterre n'avait pas idée. Nos philosophes d'Oxford analysaient le langage comme on dissèque un insecte, pendant qu'à deux heures de bateau on s'interrogeait sur la liberté et l'angoisse. J'ai voulu faire entrer cet air-là. Mais ne t'y trompe pas : dès Sartre, Romantic Rationalist, j'admirais autant que je critiquais. Sa vision du moi me semblait trop héroïque, trop solitaire. L'existentialisme rendait l'homme libre, certes, mais l'isolait du réel et des autres. C'est cette solitude-là que je n'ai jamais pu accepter.

Nos philosophes d'Oxford analysaient le langage comme on dissèque un insecte ; moi je voulais faire entrer l'air de Paris.

Tu gardes toujours ce Platon annoté près de toi. Pour toi, qu'est-ce que le Bien a à voir avec le simple fait de bien voir le monde ?

Tout, mon cher, absolument tout. Vois-tu, je crois que le fondement de la morale est le même que celui du réalisme : la capacité de percevoir ce qui est vraiment devant soi, au lieu d'une fiction consolante. Nous passons nos vies enveloppés dans le brouillard épais de notre propre ego, à réécrire les autres pour qu'ils nous conviennent. Le travail moral, le vrai, c'est de dissiper ce brouillard — porter une attention juste, désintéressée, à une personne, à une feuille, à une œuvre d'art. Platon le savait : le Bien n'est pas une invention de notre humeur, il existe comme le soleil existe. Toute la philosophie morale de mon temps voulait le réduire à un choix, à un sentiment. J'ai voulu lui rendre sa souveraineté, sa réalité froide et lumineuse hors de nous.

Nous passons nos vies dans le brouillard de notre ego, à réécrire les autres pour qu'ils nous conviennent.

Tu m'as parlé une fois des camps de réfugiés. Cette traversée de l'Europe en ruines avec l'UNRRA, qu'est-ce qu'elle t'a appris du mal ?

C'est une chose dont je parle peu, même à toi. En 1945, quand j'ai rejoint l'UNRRA, j'ai vu des milliers de personnes déplacées, dépossédées de tout, en Autriche et en Belgique. À Vienne, parmi les ruines, j'ai compris que le mal n'est pas une abstraction de séminaire. Il a un visage, une odeur, une faim. Ces gens n'avaient rien fait pour mériter cela. Mes professeurs débattaient de la valeur des propositions morales pendant que l'Europe entière était un vaste champ de souffrance. Cela m'a vaccinée pour toujours contre la philosophie trop propre, trop confortable. Si mes romans sont peuplés de personnages qui font le mal sans le vouloir, qui blessent par aveuglement, c'est de là que cela vient. On ne voit pas l'autre — et c'est déjà le commencement de la cruauté.

À Vienne, parmi les ruines, j'ai compris que le mal n'est pas une abstraction de séminaire.

On te presse toujours de choisir : philosophe ou romancière ? Toi qui détestes les étiquettes, pourquoi refuses-tu encore qu'on te range ?

Parce que ce serait me couper en deux, John, et je refuse cette amputation. J'ai écrit un jour à Raymond Queneau que la philosophie et la littérature ne sont pas deux chemins séparés vers la vérité, mais deux façons de voir la même chose — la complexité irréductible de l'être humain. La philosophie cherche la clarté, elle veut résoudre, ranger, conclure. Le roman, lui, supporte la contradiction, le désordre, l'opacité des êtres. Or les gens réels sont opaques, mon chéri, infiniment plus que les arguments. Quand La Mer, la Mer a reçu le Booker Prize cette année, on a voulu y voir la consécration de la romancière, comme si l'autre moitié de moi devait s'effacer. Mais c'est le philosophe qui sait pourquoi mon narrateur ne voit jamais les autres tels qu'ils sont. Les deux vocations se nourrissent ou meurent ensemble.

Les gens réels sont opaques, infiniment plus que les arguments.

Quand tu enseignais à St Anne's, tes étudiants te disaient exigeante. Qu'attendais-tu d'eux dans ces tutorials, semaine après semaine ?

J'attendais qu'ils apprennent à regarder, ce qui est bien plus difficile que de raisonner. N'importe quel esprit vif peut construire un argument et le démolir le lendemain. Mais voir vraiment un texte de Platon ou de Kant, sans le plier d'avance à sa thèse, cela demande une humilité que peu possèdent à vingt ans. Je les recevais seuls ou en binôme dans mon bureau, et je les laissais lire leur essai à voix haute. Souvent je me taisais longtemps. Le silence enseigne autant que la parole. Je ne voulais pas former des champions de débat, mais des esprits attentifs, capables de patience devant la difficulté. C'est le même geste, vois-tu, que celui de l'écrivain ou de l'homme bon : se taire assez longtemps pour que le réel se montre. Quinze ans de ce métier ne m'ont jamais lassée.

J'attendais qu'ils apprennent à regarder, ce qui est bien plus difficile que de raisonner.
Panel Iris Murdoch - Chiswick, London and Beyond (52349588537)
Panel Iris Murdoch - Chiswick, London and Beyond (52349588537)Wikimedia Commons, CC BY-SA 2.0 — Roger Green

Je te vois remplir tes carnets à la main, jour après jour. Pourquoi ce refus obstiné de la machine à écrire que je t'offre pourtant ?

Parce que la machine met une distance entre la pensée et la page, et cette distance me tue. Mon stylo, mon encre, le grain du papier — c'est par là que les phrases me viennent, prolongement naturel de la main et de l'esprit. Tu te moques gentiment de mes carnets entassés, mais c'est là que vit chaque roman avant d'exister. Et je t'avoue une chose que je ne dirais pas en public : je m'immerge tant dans mes personnages que je pleure quand l'un d'eux meurt sous ma plume. Ce n'est pas sentimental, c'est le prix de la vérité. Pour qu'un lecteur croie à un être, il faut que je l'aie d'abord aimé jusqu'à la douleur. La machine, elle, ne pleure pas. Voilà pourquoi je n'en veux pas, malgré toute ta patience.

Je m'immerge tant dans mes personnages que je pleure quand l'un d'eux meurt sous ma plume.

Toi qui as introduit l'existentialisme ici, dirais-tu que la philosophie anglaise a fini par t'écouter, ou que tu prêches dans le désert ?

Un peu des deux, je le crains. J'ai ouvert une fenêtre, oui, mais la maison oxonienne tient à ses murs. La philosophie analytique reste reine, et je dialogue avec elle sans cesse — tu sais combien je lis Mind et Philosophy, combien je respecte leur rigueur. Mais leur monde est sans profondeur métaphysique, sans tragique, sans Bien. Ils ont raison sur la précision et tort sur l'essentiel. Quant à l'existentialisme français que j'ai importé, je l'ai aussitôt corrigé : Sartre fait de la liberté un absolu, et moi je crois que la vraie liberté commence quand on cesse de se contempler pour voir autrui. Alors non, je ne prêche pas dans le désert — mais je marche un peu à contre-courant des deux rives à la fois. C'est une position solitaire, et je m'y suis habituée.

Ils ont raison sur la précision et tort sur l'essentiel.
30 Charlbury Road, Oxford, with blue plaque to Iris Murdoch - geograph.org.uk - 8084214
30 Charlbury Road, Oxford, with blue plaque to Iris Murdoch - geograph.org.uk - 8084214Wikimedia Commons, CC BY-SA 2.0 — A J Paxton

Tes journées commencent toujours pareil : la promenade, le carnet, avant que le monde se réveille. Que cherches-tu dans ces heures du matin ?

Le silence intérieur, avant que le bruit du jour ne brouille tout. Je me lève tôt, je marche ou je pédale dans la campagne, et quelque chose se dénoue. Tu dors encore quand je reviens m'asseoir avec mon carnet, et ces premières heures sont les plus pures : l'esprit n'a pas encore enfilé son masque social. C'est là que les personnages me parlent le plus librement, que les phrases arrivent presque sans effort. Ensuite viennent les tutorials, les obligations, les visages — et j'aime cela aussi, je ne suis pas une ermite. Mais le matin appartient à l'écriture seule. Je crois que tout travail sérieux, philosophique ou romanesque, exige ce dépouillement initial, cette attention vide où l'on attend que le réel vienne à soi. Sans ces heures-là, je ne serais ni philosophe ni romancière — rien du tout.

Le matin, l'esprit n'a pas encore enfilé son masque social.

Dans La Mer, la Mer, ton metteur en scène ne voit jamais les autres tels qu'ils sont. Avoue-le : as-tu mis de nous deux dans cette obsession ?

Quelle question redoutable, venant de toi ! Il y a de tout le monde dans Charles Arrowby, et donc un peu de nous, oui — mais surtout de ce mal universel que je traque depuis toujours. Cet homme retiré près de la mer croit aimer une femme de sa jeunesse ; en vérité il aime l'image qu'il s'en est faite, et il la détruit pour défendre cette image. C'est l'illusion suprême, celle de tous les amants et de tous les égoïstes : confondre l'autre avec le fantôme qu'on porte en soi. Toi et moi savons combien il est rare de vraiment voir celui qu'on aime, sans le recouvrir de nos peurs et de nos désirs. Le Booker Prize a couronné une histoire d'obsession, mais c'est au fond le même livre que ma philosophie : un traité sur l'aveuglement et sur le prix de l'attention vraie.

Il aime l'image qu'il s'est faite d'elle, et il la détruit pour défendre cette image.

Après tout ce que tu as vu en Europe, gardes-tu malgré tout une foi dans l'homme ? Toi qui te dis humaniste sans Dieu ?

Oui, et c'est peut-être ma part la plus obstinée. Je ne crois pas à un Dieu personnel, tu le sais, mais je crois à la réalité du Bien aussi fermement qu'un croyant croit à sa prière. Ce que j'ai vu à Vienne aurait pu me rendre cynique ; cela m'a rendue l'inverse. Car au milieu des ruines, j'ai vu aussi des gestes de bonté absolue, gratuits, sans témoin ni récompense. Voilà l'humanisme que je défends : sans ciel ni châtiment, l'homme peut encore choisir l'attention plutôt que l'égoïsme, le réel plutôt que la fiction qui le console. C'est plus exigeant que la religion, car rien ne nous y oblige. Je passe ma vie, dans mes romans comme dans mes essais, à montrer combien nous échouons — précisément parce que je crois que nous pourrions réussir. Sans cette foi-là, je n'écrirais pas une ligne.

Je crois à la réalité du Bien aussi fermement qu'un croyant croit à sa prière.
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Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Iris Murdoch. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.