Interview imaginaire

Interview imaginaire avec Jules Ferry

par Charactorium · Jules Ferry (1832 — 1893) · Politique · 6 min de lecture

Interview imaginaire générée par IA à partir de sources documentées.

Paris, un soir d'hiver des années 1880. Dans son cabinet de la rue de Grenelle, encombré de manuels scolaires et de volumes d'Auguste Comte, Jules Ferry reçoit à la lueur d'une lampe. L'homme que la foule a tour à tour acclamé et hué consent, pour une fois, à parler de lui-même.

On vous a longtemps appelé « Ferry-Famine ». Que représente ce surnom pour vous ?

Ah, ce nom... On me l'a jeté à la figure pendant le siège de 1870, lorsque j'administrais une Paris encerclée par les Prussiens. J'étais chargé de répartir le pain, la viande, le peu qui restait, entre deux millions de bouches affamées. Croyez-vous qu'on remercie l'homme qui distribue la disette ? On le maudit. Les Parisiens ont vu en moi non le gestionnaire d'une pénurie subie, mais l'auteur de leur faim. Ce sobriquet m'a collé à la peau comme une calomnie, et je l'ai porté sans me plaindre. J'avais appris, dans ces mois terribles, qu'un homme public doit savoir être haï pour avoir simplement fait son devoir. C'est une leçon que je n'ai plus jamais oubliée.

Un homme public doit savoir être haï pour avoir simplement fait son devoir.

Vous avez dirigé la capitale depuis l'Hôtel de Ville durant ces mois. Comment vous en souvenez-vous ?

L'Hôtel de Ville fut mon poste de combat, non sous les balles mais sous les regards. J'y passais des nuits à compter les réserves, à signer des réquisitions, à recevoir des délégations de quartier qui réclamaient leur dû quand il n'y avait plus rien à donner. Dehors, les obus prussiens tombaient sur la ville, le froid de l'hiver 1871 rongeait les corps, et l'on en vint à manger les bêtes du Jardin des plantes. J'ai vu là ce que la défaite fait d'un peuple : elle le rend fou de faim et de colère. Cette épreuve m'a forgé un caractère que beaucoup ont jugé froid, inflexible. Mais comment rester tiède quand on a tenu une capitale agonisante entre ses mains ?

Vous avez fait de l'école le grand chantier de votre vie. Quel ennemi visiez-vous au juste ?

Tout est dans une phrase que j'ai prononcée salle Molière, en avril 1870, bien avant d'être ministre : « Il faut que la société moderne se décide à choisir : il faut qu'elle choisisse entre l'Église qui la tient par les générations naissantes, et l'école qui peut seule la régénérer. » Voilà mon combat tout entier. Je ne hais pas la foi, entendez-moi bien. Mais je ne pouvais souffrir que les congrégations enseignantes tiennent l'esprit des enfants de France comme on tient une bride. La loi de gratuité de juin 1881, puis celle d'obligation, furent les armes de cette reconquête. Arracher l'école aux mains du clergé, ce n'était pas combattre Dieu : c'était rendre l'enfant à la République et à la raison.

Lorsque vous avez fait retirer les crucifix des salles de classe, qu'avez-vous reçu en retour ?

Des montagnes de lettres. Des milliers. On m'y traitait de suppôt du diable, de fossoyeur de la France chrétienne ; certaines contenaient des menaces de mort à peine voilées. La loi du 28 mars 1882 ôtait l'instruction religieuse des programmes et décrochait les crucifix des murs pour y mettre les emblèmes de la République — et ce geste, modeste en apparence, déchaîna les passions comme si j'avais touché à l'âme du pays. Je suis resté de marbre. J'ai répété partout que la laïcité n'était pas une machine de guerre contre la religion, mais une garantie de liberté pour tous les enfants : le catholique comme le protestant, le juif comme celui qui ne croit à rien. On me prêtait la haine ; je n'avais que le souci de la concorde.

Vous écriviez en 1883 une longue lettre aux instituteurs. Que vouliez-vous leur dire ?

Je voulais leur confier une mission, et leur en faire sentir le poids. Dans cette circulaire de novembre 1883, je leur disais ceci : « Vous êtes les auxiliaires et, en quelque sorte, les substituts du père de famille ; parlez à l'enfant comme vous voudriez qu'on parlât au vôtre. » Tout est là. Le maître laïc ne remplace pas le curé par un autre catéchisme ; il enseigne une morale civique que le père catholique et le père libre-penseur pourraient tous deux approuver sans rougir. Je ne demandais pas à l'instituteur de prêcher, mais d'élever : la bonté, la gravité, parfois la sévérité, et par-dessus tout la conviction de faire œuvre de civilisation. C'est la tâche la plus haute que la République pouvait confier à un homme.

Les Hommes N 36 Jules Ferry
Les Hommes N 36 Jules FerryWikimedia Commons, Public domain — André Gill

On a surnommé vos instituteurs les « hussards noirs de la République ». Comment les avez-vous formés ?

Le nom est beau, n'est-ce pas ? On les voyait passer dans les villages, en redingote sombre, droits comme des soldats — d'où ces hussards noirs que Péguy célébra plus tard. Mais avant de marcher, il fallait les instruire. J'ai donc fait dresser une école normale d'instituteurs dans chaque département, entre 1879 et 1882, pour façonner cette armée pacifique selon une même discipline, une même pédagogie, un même esprit. Ils partaient ensuite au fond des campagnes, le manuel scolaire laïque sous le bras, porter la lecture et le calcul là où l'on ne connaissait que le patois et la prière. J'ai voulu qu'aucun hameau de France, si reculé fût-il, n'échappe à la lumière de l'école. Ce furent mes vraies légions.

On vous a raillé en vous appelant « le positiviste ». Assumiez-vous ce titre ?

Avec fierté, monsieur, avec fierté. J'ai lu et relu Auguste Comte, et sa philosophie a éclairé toute ma vie d'homme d'État. Le positivisme enseigne que l'esprit humain s'élève par la science et l'observation, non par les dogmes ni les révélations. Mes adversaires lançaient ce mot comme une injure, croyant me confondre ; je le ramassais comme un drapeau. Toute mon œuvre scolaire en découle : si l'école doit reposer sur la raison plutôt que sur la foi, c'est que je crois, avec lui, que l'humanité progresse en sortant de l'âge théologique. Le soir, dans mon cabinet garni de ses ouvrages, je retrouvais cette conviction tranquille — que la France pouvait être régénérée par la pensée méthodique, et non par les miracles.

Mes adversaires lançaient ce mot comme une injure ; je le ramassais comme un drapeau.

Comment passiez-vous vos soirées, loin du tumulte de la Chambre ?

Le soir venu, je me retirais dans mon bureau de chêne, et je travaillais souvent fort avant dans la nuit à mes discours et à mes projets de loi. C'est dans ce silence que les phrases se forment, que la loi prend tournure. Mais j'aimais aussi fréquenter les salons républicains, où se nouaient les alliances et où l'on discutait ferme de philosophie — le positivisme y avait ses fidèles. Ma bibliothèque parisienne était garnie d'ouvrages de Comte et d'histoire de France ; on y devinait l'homme mieux que dans ses harangues. Je menais une vie sobre, je l'avoue, sans grand goût pour les plaisirs de la table : un homme qui veut régénérer un pays n'a guère le temps de festoyer. La pensée fut ma seule véritable gourmandise.

1885, le Tonkin, votre chute. Que s'est-il passé ce jour-là ?

Ce fut ma fin politique, et elle fut brutale. J'avais engagé la France au Tonkin, dans cette Indochine lointaine, convaincu qu'une grande nation se devait d'étendre son influence. Mais à la nouvelle d'un revers militaire — la retraite de Lang Son, grossie par la rumeur — la Chambre s'est dressée contre moi. Clemenceau, ce tribun à la dent dure, mena la curée ; on m'appela « le Tonkinois » avec mépris, et je quittai le pouvoir en 1885 sous les huées, presque sous les crachats. Renversé en un soir, moi qui avais refait l'école de la République. J'ai compris ce jour-là que la foule politique est aussi changeante que celle qui m'avait maudit pendant le siège. On oublie les lois ; on ne pardonne pas une défaite.

On oublie les lois ; on ne pardonne pas une défaite.

Votre discours de juillet 1885 sur la colonisation a fait scandale jusque dans votre propre camp. Le défendez-vous ?

Je l'ai prononcé devant le Sénat, le 28 juillet 1885, et je n'en retire rien, quoi qu'il m'en coûte dans certaines mémoires. J'ai dit alors que « les races supérieures ont un droit vis-à-vis des races inférieures… elles ont le devoir de civiliser les races inférieures. » Je le pensais : la France républicaine portait, à mes yeux, une mission de civilisation, comme elle la portait dans ses écoles de campagne. Le même élan qui m'a fait dresser des écoles normales pour éclairer nos paysans me poussait à porter notre langue et notre raison au-delà des mers. Mes adversaires, à gauche comme à droite, y virent l'orgueil ou la dépense inutile. L'Histoire jugera — mais je n'ai jamais agi que dans la conviction de servir la grandeur de mon pays.

Voir la fiche complète de Jules Ferry

Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Jules Ferry. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.