Interview imaginaire

Interview imaginaire avec Jules Ferry

par Charactorium · Jules Ferry (1832 — 1893) · Politique · 6 min de lecture

Interview imaginaire générée par IA à partir de sources documentées.

C'est dans le cabinet de travail de Jules Ferry, rue Vavin, qu'un soir d'hiver de 1889 un visiteur inattendu pousse la porte : Georges Clemenceau, l'homme dont les attaques à la Chambre l'ont précipité du pouvoir quatre ans plus tôt, après les revers du Tonkin. La lampe à pétrole éclaire une bibliothèque garnie de volumes de philosophie, et l'odeur du cigare se mêle à celle du vieux chêne du bureau. Les deux hommes se connaissent depuis vingt ans, ennemis loyaux d'une même République ; Clemenceau vient ce soir pour comprendre ce que son rival a vraiment voulu bâtir.

Ferry, vous nous avez répété qu'il fallait choisir entre l'Église et l'école. Pourquoi ce duel à mort, et non un simple partage ?

Vous le savez mieux que personne, Clemenceau, car vous m'avez combattu sur d'autres terrains mais jamais sur celui-là. Dès mon discours de la salle Molière, en 1870, j'ai dit qu'une société moderne devait choisir : l'Église qui la tient par les générations naissantes, ou l'école qui peut seule la régénérer. Ce n'est pas une guerre contre la foi des familles ; chacun garde son Dieu, son curé, son dimanche. Mais l'instruction publique, payée par la nation, ne pouvait rester entre les mains d'un clergé qui jugeait la République illégitime. Le cléricalisme, voilà l'ennemi que je visais : non la religion, mais sa mainmise sur l'esprit de l'enfant. La loi du 28 mars 1882 a tranché. J'ai reçu des lettres d'injures, des menaces de mort. Je n'ai pas reculé d'un pouce.

Chacun garde son Dieu ; mais l'école de la nation ne pouvait rester aux mains de ceux qui jugeaient la République illégitime.

Vous avez fait retirer les crucifix des classes. N'était-ce pas une provocation inutile, vous qui prêchez la modération ?

On m'a beaucoup reproché ces crucifix décrochés, comme si j'avais profané les murs. Mais réfléchissez : un enfant protestant, un enfant juif, un enfant d'incroyant, devaient-ils apprendre à lire sous le signe d'une confession qui n'était pas la leur ? L'école de tous ne pouvait être l'école d'un seul culte. J'ai voulu une maison neutre, où le fils du curé et le fils du libre-penseur s'assoient sur le même banc. La neutralité n'est pas le néant : à la place de la catéchèse, j'ai mis la morale civique, l'honnêteté, le respect du prochain, l'amour de la patrie. Dans ma Lettre aux instituteurs de 1883, j'ai demandé au maître de parler à l'enfant comme au sien propre, avec bonté et gravité. Provocation ? Non. Une simple justice rendue à tous les enfants de France.

L'école de tous ne pouvait être l'école d'un seul culte.

Vous avez semé la France d'écoles normales. Qui sont vraiment ces maîtres que vous formez, et que leur demandez-vous au juste ?

Ce sont eux mon véritable ouvrage, plus que les lois. Une loi se vote en un jour ; un instituteur se forme en plusieurs années. J'ai voulu une école normale dans chaque département, pour donner à la nation une armée de maîtres laïques, sobres, dévoués, sortis souvent du peuple qu'ils allaient instruire. On les a appelés des soldats noirs de la République, et l'image me plaît : non qu'ils fassent la guerre, mais qu'ils portent partout, jusqu'au dernier hameau, la même flamme. Je leur demande peu de mots et beaucoup d'exemple. Qu'ils enseignent le calcul, la lecture, l'histoire de France, oui ; mais surtout qu'ils soient, comme je l'ai écrit, les substituts du père de famille. Un maître médiocre fait plus de mal qu'une mauvaise loi. Un bon maître sauve un village entier de l'ignorance.

Une loi se vote en un jour ; un instituteur se forme en plusieurs années.

Cette morale sans Dieu que vous confiez aux maîtres, n'est-elle pas une coquille vide ? Sur quoi la fondez-vous donc ?

Voilà l'objection que m'opposent et les évêques et, parfois, mes propres amis. On me dit : ôtez Dieu, et l'enfant n'aura plus de raison d'être bon. Je réponds que la morale est plus ancienne et plus large que les dogmes qui la revendiquent. Ne pas mentir, ne pas voler, secourir le faible, aimer son pays : faut-il un catéchisme pour le comprendre ? Cette morale-là, tous les honnêtes gens la partagent, croyants ou non. C'est elle que j'ai placée au cœur des programmes et des manuels. Je l'ai voulue universelle, pour qu'aucune famille ne puisse dire que l'école blesse sa conscience. Le maître n'enseigne pas contre les Évangiles ; il enseigne ce sur quoi tout le monde s'accorde, et il laisse le reste au foyer et au temple. C'est cela, la morale civique : le sol commun où peut tenir toute la République.

La morale est plus ancienne et plus large que les dogmes qui la revendiquent.

On vous a surnommé « le positiviste ». Cette philosophie d'Auguste Comte, l'avez-vous vraiment versée dans votre école ?

Le sobriquet m'était lancé comme une flèche ; je l'ai porté sans rougir. Oui, j'ai lu Auguste Comte, j'ai cru et je crois encore que la connaissance certaine vient de l'observation et de la raison, non de la révélation. Mon école devait reposer sur ce roc : les sciences naturelles, l'arithmétique, la géographie, des faits que l'enfant peut vérifier de ses yeux, et non des mystères qu'on lui ordonne de croire. Cela ne fait pas de moi un ennemi du sentiment ni de la beauté — j'aime trop les lettres pour cela. Mais je veux qu'on apprenne d'abord à raisonner. Une jeunesse qui sait peser les preuves ne se laissera pas mener par la peur ni par les charlatans. Vous me trouvez froid, Clemenceau ; je vous réponds que la raison est la seule chaleur durable d'un peuple libre.

Une jeunesse qui sait peser les preuves ne se laissera mener ni par la peur ni par les charlatans.
Les Hommes N 36 Jules Ferry
Les Hommes N 36 Jules FerryWikimedia Commons, Public domain — André Gill

Vous avancez toujours pas à pas, sans rien brusquer. Mes amis y voient de la tiédeur. N'est-ce pas plutôt du calcul ?

On a fait de l'« opportunisme » une injure ; j'en accepte le fond et je rejette le mépris. Je ne crois pas qu'on régénère un pays par décrets de tonnerre et lendemains de barricade. La gratuité d'abord, en 1881 ; l'obligation et la laïcité ensuite, en 1882 ; la laïcisation des maîtres enfin, étalée sur des années. Chaque marche assise avant la suivante. Vous, mon cher adversaire, vous voulez tout, tout de suite, et vous renversez les ministères qui n'avancent pas à votre pas. Moi, je préfère un édifice qui tienne à une ruine éclatante. Saisir le moment où la Chambre est mûre, où le pays suit, où la loi pourra durer : ce n'est pas de la tiédeur, c'est de la stratégie. Les réformes qui durent sont celles qu'on a su faire au bon moment.

Je préfère un édifice qui tienne à une ruine éclatante.

Parlons du Tonkin. C'est moi qui vous ai renversé en 1885 sur cette affaire. Le regrettez-vous, ou me garderiez-vous rancune ?

Rancune ? Nous sommes trop vieux dans ce métier pour cela, Clemenceau. Vous avez fait votre devoir d'opposant avec un talent que je ne vous conteste pas — vos paroles m'ont touché au cœur, je l'avoue, et la Chambre m'a chassé sous les huées. J'ai quitté le pouvoir ce jour-là pour ne plus le reprendre. Mais regretter l'expansion elle-même, non. J'ai cru, et je crois encore, que la France diminuée de 1871 devait chercher au loin un surcroît de grandeur, des marchés, une influence. J'ai défendu cela au Sénat sans me cacher derrière des formules. Je me suis trompé peut-être sur les hommes, sur l'heure, sur l'argent englouti là-bas. Pas sur le principe. Vous m'avez abattu sur une dépêche mal comprise du Tonkin ; l'Histoire dira si ce fut une faute ou seulement une défaite.

Vous m'avez abattu sur une dépêche mal comprise ; l'Histoire dira si ce fut une faute ou seulement une défaite.

Vous parlez de « races supérieures » qui auraient le devoir de civiliser les autres. Cette idée ne heurte-t-elle pas vos principes d'égalité ?

Vous mettez le doigt là où mes propres amis se divisent, et je ne fuirai pas la question. J'ai dit au Sénat, en 1885, que les nations avancées ont des devoirs envers celles qui ne le sont pas — porter l'instruction, la médecine, les routes, là où régnaient, selon moi, la stagnation et la servitude. Vous m'avez répondu que c'était couvrir la conquête d'un manteau de vertu. Je sais la force de cette objection ; je ne prétends pas l'avoir tranchée. Mais l'égalité que je professe à l'école de France, je n'ai jamais su comment la transporter telle quelle aux peuples d'Asie ou d'Afrique. Peut-être y a-t-il là une contradiction que je n'ai pas dénouée. Un homme d'État n'est pas un philosophe en chambre : il agit dans le clair-obscur, et laisse à d'autres le soin de le juger.

Un homme d'État agit dans le clair-obscur, et laisse à d'autres le soin de le juger.

Les Parisiens vous ont surnommé « Ferry-Famine » pendant le siège. Vous étiez maire de la ville affamée. Qu'avez-vous gardé de ces mois-là ?

Ce surnom me poursuit encore et il est injuste, mais je ne m'en plains plus. À l'Hôtel de Ville, durant le siège de 1870, j'ai dû répartir le pain, le cheval, jusqu'aux bêtes du Jardin des plantes, entre deux millions d'affamés cernés par les Prussiens. On a vu en moi le rationneur, l'homme de la disette, comme si j'avais créé la famine au lieu de la combattre. J'ai tenu mon poste sous les huées et sous les bombes, parce qu'on n'abandonne pas une ville qui souffre. De ces mois noirs j'ai gardé deux choses : le dégoût des promesses faciles, et la certitude qu'un peuple instruit se défend mieux qu'un peuple ignorant. Quand plus tard j'ai bâti l'école, je pensais aussi à ces files d'hommes maigres devant les mairies. L'ignorance affame autant que le blocus.

On a vu en moi le rationneur, comme si j'avais créé la famine au lieu de la combattre.

Vous êtes de Saint-Dié, à deux pas de la frontière. L'Alsace perdue, est-ce elle qui hante toute votre œuvre scolaire ?

Vous touchez au plus intime, et c'est pourquoi je vous réponds à vous, qui connaissez ces montagnes. Je suis né à Saint-Dié, à portée de regard de ces provinces qu'on nous a arrachées en 1871. Cette blessure, je la porte dans la chair. Mais je n'ai jamais cru à la revanche des fanfares et des sabres tirés trop tôt. Ma revanche à moi, elle est dans la salle de classe. Un peuple qui sait lire, compter, raisonner, aimer sa patrie sans la haïr chez le voisin — voilà l'armée qui, un jour, vaudra mieux que toutes les autres. Former cette jeunesse-là, patiente et instruite, c'est préparer le retour de l'Alsace par la seule voie sûre. Quand mon heure viendra, je veux reposer là-haut, le visage tourné vers ces montagnes qu'on m'a volées.

Ma revanche, à moi, elle est dans la salle de classe.
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Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Jules Ferry. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.