Interview imaginaire

Interview imaginaire avec Maïmonide

par Charactorium · Maïmonide (1135 — 1204) · Philosophie · 6 min de lecture

Interview imaginaire générée par IA à partir de sources documentées.

Le Caire, quartier de Fustat, à la tombée du jour. Le philosophe rentre du palais ayyoubide, le visage marqué par les longues heures de consultation, et s'attarde un instant dans la cour de sa demeure, près de la fontaine. À la lueur d'une lampe à huile de cuivre, il consent à parler de son exil, de ses livres et du fardeau d'éclairer ses frères égarés.

Quel souvenir gardez-vous de la chute de Cordoue, vous qui n'étiez alors qu'un enfant ?

J'avais treize ans quand les Almohades entrèrent dans Cordoue. Ces gens du Maghreb, les al-Muwaḥḥidūn, ne laissaient au croyant qu'un seul choix : abjurer ou périr. Mon père, savant de la Loi, ne pouvait courber l'échine devant une foi imposée par le glaive. Nous avons donc pris la route, et nous l'avons gardée des années durant — l'Andalousie d'abord, puis Fès au Maroc, puis la Terre sainte, jusqu'à trouver enfin le repos à Fustat. On ne sait pas, lorsqu'on est jeune, qu'une ville peut s'effacer en une nuit. Cet exil m'a appris que la vérité ne se commande point par la contrainte, et qu'un homme qui prie sous la menace ne prie pas vraiment. Tout mon souci de la tolérance est né sur ces chemins poussiéreux.

Un homme qui prie sous la menace ne prie pas vraiment.

Comment ces années d'errance, de l'Andalousie au Maghreb, ont-elles formé le savant que vous êtes devenu ?

À Fès, grande métropole du savoir, j'ai approfondi la médecine, l'astronomie et la sagesse des philosophes arabo-grecs, car un esprit privé de toit doit se bâtir une demeure intérieure que nul ne peut incendier. Errer parmi les peuples m'a montré combien la fortune des communautés est fragile sous des maîtres rigoristes. C'est pourquoi, plus tard, j'ai voulu mettre par écrit toute la Halakha : qu'un juif chassé de sa terre puisse emporter la Loi entière dans son bagage, sans dépendre de bibliothèques qu'on lui prendra. Ma pensée doit autant aux routes du Maghreb qu'aux livres d'Aristote. Le déracinement enseigne, à qui survit, que la patrie d'un sage est l'étude, et que Dieu se trouve aussi bien dans l'exil que dans le Temple détruit.

La patrie d'un sage est l'étude.

Pourquoi avoir rédigé le Guide des égarés en judéo-arabe plutôt qu'en hébreu sacré ?

Parce que je n'écrivais pas pour les simples. Le Guide des égarés, que les arabophones nomment Dalālat al-Ḥā'irīn, s'adresse à l'homme religieux dont l'âme est droite mais dont l'intelligence, formée aux sciences philosophiques, se trouve déchirée entre la foi de ses pères et la raison d'Aristote. J'ai choisi la langue des savants de mon temps pour atteindre ces esprits-là, et nul autre. Réconcilier l'aristotélisme transmis par Al-Fârâbî et Averroès avec la Loi de Moïse n'est pas une viande pour les bouches tendres. Celui qui croit sans comprendre est en paix ; celui qui comprend mal est en péril. C'est à ce dernier, l'égaré, que je tends la main, dans la langue qu'il lit le mieux.

Celui qui croit sans comprendre est en paix ; celui qui comprend mal est en péril.

On dit que vous avez glissé dans ce livre des contradictions volontaires. Est-ce vrai ?

On dit vrai. J'ai disposé dans le Guide des apparentes contradictions, comme un voile devant un sanctuaire, afin que le lecteur superficiel s'arrête au seuil et que seul l'esprit patient, capable de soulever le voile, accède au sens caché. À mon disciple Joseph ben Judah, à qui ce livre est dédié, j'ai confié que je n'aurais jamais exposé ces matières de vive voix, de peur qu'elles ne tombent en des mains indignes ; c'est son éloignement qui m'a décidé à les coucher par écrit. Certaines vérités, mal entendues, brûlent celui qui les saisit. Je n'ai pas voulu mentir, mais protéger — le faible de ce qui l'écraserait, et la vérité de ceux qui la dénatureraient. Chercher est une épreuve ; trouver doit se mériter.

J'ai disposé des contradictions comme un voile devant un sanctuaire.

Vos journées au palais du sultan vous laissaient-elles le moindre répit ?

Le répit ? Je l'ai cherché et rarement trouvé. Mes après-midi appartenaient au palais ayyoubide, où je servais la cour avec mes bistouris, mes ventouses et mes balances de précision, vérifiant moi-même les remèdes hérités d'Hippocrate et de Galien plutôt que de m'y fier aveuglément. Le soir, je rentrais à Fustat rompu de fatigue, et trouvais encore mes couloirs pleins de patients juifs du quartier qui m'attendaient jusqu'à la nuit. Je les recevais étendu, tant mes forces étaient épuisées. Pour mon Traité sur l'asthme, composé à la demande d'un prince essoufflé, j'ai écrit que le changement d'air pur des hauteurs vaut mieux que tous les sirops. Mais moi, l'air des hauteurs, je ne le respirais qu'en rêve, prisonnier de mes devoirs.

Je les recevais étendu, tant mes forces étaient épuisées.

Que pensez-vous de cette renommée qui vous précède, au point qu'un roi des Francs aurait voulu vous attacher à sa personne ?

On rapporte que Richard Cœur de Lion, le roi des Francs venu guerroyer contre Saladin, m'aurait proposé de devenir son médecin. Si cela fut, je l'ai décliné — ma place était auprès de mon peuple et de la cour qui m'avait accueilli, non sur les vaisseaux d'un prince étranger. La gloire d'un médecin est un fardeau autant qu'un honneur : plus on vous estime, plus on vous accable. J'ai soigné le corps des puissants comme celui des pauvres, car la fièvre ne distingue pas le sultan du portefaix. Servir Saladin et les siens m'a valu protection et repos relatif pour mes études nocturnes ; mais nul palais, fût-il celui d'un roi, ne vaut la liberté de refermer sa porte le soir sur ses propres livres.

La fièvre ne distingue pas le sultan du portefaix.

Qu'est-ce qui vous a poussé à entreprende le Mishné Torah, cette œuvre colossale ?

Le désordre. La Loi orale s'était dispersée à travers des dizaines de volumes obscurs, et le fidèle se perdait dans ce dédale comme un voyageur sans étoile. J'ai vu le besoin de rassembler en un seul ouvrage toutes les ordonnances, coutumes et décrets institués depuis Moïse jusqu'à la rédaction du Talmud, afin que tout homme pût les connaître clairement. J'ai donc composé le Mishné Torah en quatorze volumes, dans un hébreu limpide, sans le fatras des disputes. On l'a nommé La Main forte, et j'y ai consacré dix années. Mon rêve était qu'un juif pût ouvrir ce code et y lire la Halakha entière, du sabbat aux lois du tallit et des téphillines, sans courir après cent maîtres. Mettre de l'ordre dans la Loi, c'est rendre Dieu accessible.

Mettre de l'ordre dans la Loi, c'est rendre Dieu accessible.

N'était-ce pas une audace que de vouloir codifier toute la Loi, vous qui n'aviez pas l'autorité d'un tribunal ancien ?

L'audace, peut-être, mais aussi la nécessité. La Mishna, ce premier corpus de la Loi orale compilé jadis par Rabbi Judah HaNassi, j'en avais déjà donné un commentaire complet en judéo-arabe, où figurent mes treize principes de la foi. De là à embrasser toute la Halakha, il n'y avait qu'un pas que ma conscience m'a commandé de franchir. Je travaillais sur des codex de la Torah copiés à la main, en cette belle écriture hébraïque carrée des sépharades. Certains m'ont reproché d'avoir omis de citer mes sources, comme si je voulais régner seul sur la Loi. Mais mon but n'était point la gloire : c'était qu'un père, le soir venu, pût instruire son fils sans posséder une bibliothèque entière. La clarté est une forme de charité.

La clarté est une forme de charité.

Qu'a représenté pour vous la charge de Naguid, à la tête de la communauté juive d'Égypte ?

Être Naguid, c'est porter à la fois la crosse du berger et le sceau de l'intendant. La communauté m'avait reconnu son chef, responsable devant elle et devant le pouvoir ayyoubide tout ensemble. Toute ma vie d'adulte, j'ai vécu en dhimmi, protégé par le droit de l'islam en échange de la jizya, cette taxe qui rappelle au juif et au chrétien leur condition de sujets tolérés. De cette place fragile, il fallait représenter les miens, trancher leurs différends, intercéder auprès des maîtres du palais. Le matin, après la prière à la synagogue de Fustat, je répondais aux questions de droit — ces responsa qui m'arrivaient d'Espagne jusqu'aux Indes. Guider un peuple sans terre ni épée, par la seule autorité de la Loi et de la parole : voilà ma véritable charge.

Porter à la fois la crosse du berger et le sceau de l'intendant.

Vous souvenez-vous de la lettre que vous avez adressée aux juifs persécutés du Yémen ?

Comment l'oublier ? Mes frères du Yémen ployaient sous une épreuve sans pareille : persécutés par les fanatiques, troublés par un faux messie qui leur promettait une délivrance imminente. Ils m'écrivirent, et je leur répondis en 1172 par cette Lettre au Yémen, en arabe pour qu'ils la lussent tous. Je leur dis d'être fermes et courageux pour le nom de Dieu, de tenir bon contre la séduction des prophètes menteurs comme contre la violence des oppresseurs. Une communauté éprouvée a besoin qu'une voix lui rappelle qu'Israël a déjà traversé bien des nuits sans périr. Que ma parole, depuis Fustat, ait pu raffermir des cœurs jusqu'au bout de l'Arabie : voilà ce qui justifie qu'un homme accablé de travail prenne encore le calame le soir.

Israël a déjà traversé bien des nuits sans périr.

Au fond, comment conciliez-vous la raison d'Aristote et la foi reçue de Moïse, qui semblent tirer en sens contraires ?

Elles ne tirent en sens contraires que pour qui les comprend mal. La raison et la Révélation procèdent du même Dieu ; si elles paraissent se contredire, c'est notre intelligence qui défaille, non la vérité. La Falsafa, cet aristotélisme qu'ont cultivé Al-Fârâbî et Averroès, m'a donné les outils pour scruter ce que la Loi enseigne en images au commun des hommes. Quand l'Écriture prête à Dieu une main ou une colère, le philosophe sait y lire autre chose qu'un corps et qu'une passion. Tout le Guide des égarés est ce travail patient : dénouer le langage figuré pour atteindre l'idée pure. Ce n'est pas amoindrir la foi, c'est l'élever. Le sot adore une lettre ; le sage adore ce que la lettre désigne.

Le sot adore une lettre ; le sage adore ce que la lettre désigne.
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Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Maïmonide. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.