Interview imaginaire avec Périclès
par Charactorium · Périclès (493 av. J.-C. — 428 av. J.-C.) · Politique · 5 min de lecture
C'est sous le portique de leur demeure athénienne, un soir de l'été 431 av. J.-C., qu'Aspasie de Milet retrouve Périclès alors que la guerre contre Sparte vient d'éclater. La lampe à huile vacille sur le sol de terre battue, l'odeur du vin coupé d'eau monte de la kylix posée près de lui. Ils partagent leur vie depuis des années, ces soirées de symposia où se croisent Anaxagore et Phidias. Ce soir, Aspasie ne vient pas en hôtesse, mais en témoin qui veut entendre l'homme derrière le stratège.
—Toi qui me reçois chaque soir tête nue, dis-moi : pourquoi gardes-tu ton casque en public, même quand nul ennemi ne te menace ?
Tu connais ma vanité mieux que personne, Aspasie. Les comiques me surnomment 'tête d'oignon' à cause de la forme allongée de mon crâne — le casque de bronze me l'épargne, je l'avoue. Mais il y a plus que cela. Un stratège qu'on voit trop perd son autorité ; je me montre rarement, et toujours coiffé, pour que mon image reste celle du chef et non de l'homme. Le peuple a besoin d'un visage qui inspire, pas d'une tête que l'on raille à la Pnyx. Sous ce bronze, je demeure le même que tu vois ici, sans apprêt — mais cela, Athènes n'a pas à le savoir.
Un stratège qu'on voit trop perd son autorité.
—Périclès, quand tu as institué le misthos, beaucoup ont crié que tu achetais le peuple. Qu'as-tu voulu vraiment ?
J'ai voulu que la pauvreté cesse d'être un mur. À quoi sert une Ecclésia ouverte à tous si le citoyen pauvre doit choisir entre sa journée de travail et son devoir de juré ? J'ai donc fait voter une indemnité pour ceux qui siègent aux tribunaux et aux magistratures. Désormais le potier, le rameur, le paysan peuvent monter à la Pnyx sans affamer leurs enfants. Mes adversaires disent que je corromps le peuple ; moi je dis que je le rends libre de gouverner. La démocratie n'est pas un mot que l'on grave sur le marbre — c'est ce jeton de bronze qu'un pauvre serre dans sa main en sortant du tribunal.
La démocratie n'est pas un mot gravé sur le marbre.
—Mon ami, on murmure que tu pares Athènes de l'or des alliés comme une coquette de bijoux. Cette accusation te blesse-t-elle encore ?
Thucydide fils de Mélésias l'a lancée avant son ostracisme, et elle court toujours. Oui, j'ai fait transférer le trésor de la Ligue de Délos à Athènes ; oui, le phoros des alliés a payé le Parthénon. Mais réfléchis : les alliés nous versent ce tribut pour leur sécurité, et nous tenons la mer. Si nous les protégeons, de quel droit nous reprocheraient-ils de bâtir ? J'ai dit à l'Assemblée que si l'on me reprochait la dépense, j'inscrirais mon propre nom sur les monuments et paierais de ma bourse. Le peuple, alors, a voulu tout payer lui-même. Ce que nous élevons sur l'Acropole ne pare pas Athènes — il la rend immortelle aux yeux des siècles.
Ce que nous élevons sur l'Acropole rend Athènes immortelle.
—Tu m'as menée souvent sur le chantier au lever du jour. Qu'est-ce qui te retient là-haut, parmi la poussière et les tailleurs de pierre ?
Tu te souviens de ces matins où nous gravissions l'Acropole avant que le soleil ne frappe le marbre du Pentélique ? Phidias m'y attend, ses esquisses à la main, et nous discutons des proportions comme d'autres discutent de stratégie. Ictinos et Callicratès m'apportent leurs maquettes d'argile ; je veux comprendre chaque colonne. Ce n'est pas un caprice de prince : je crois qu'une cité se juge à ce qu'elle laisse debout. Les batailles s'effacent, les décrets jaunissent, mais ce temple parlera quand nous ne serons plus que des noms. Voilà pourquoi je monte là-haut : pour bâtir quelque chose que la guerre ne pourra pas détruire.
Une cité se juge à ce qu'elle laisse debout.
—Anaxagore partage nos soirées depuis si longtemps. Pourquoi as-tu risqué ton crédit pour le sauver d'un procès d'impiété ?
Parce qu'Anaxagore m'a appris à regarder le monde sans trembler. Il enseigne que le soleil n'est pas un dieu mais une masse de feu, et cela suffit à des dévots pour réclamer sa tête. Quand on l'a accusé d'impiété, j'ai usé de toute mon influence devant l'Assemblée pour l'arracher au danger — un ami ne se renie pas par prudence. Toi qui l'écoutes le soir près de moi, tu sais ce que je lui dois : si je garde mon calme dans la tempête, c'est lui qui me l'a enseigné. La cité peut craindre la raison ; moi, je la tiens pour la plus haute des pieties.
Un ami ne se renie pas par prudence.

—L'an dernier, quand l'éclipse a saisi la flotte de panique, on m'a rapporté ton geste avec le manteau. Que cherchais-tu à montrer ?
Mon pilote tremblait, persuadé que les dieux nous condamnaient en voilant le soleil. Plutôt que de le morigéner, j'ai pris mon himation et l'ai placé devant ses yeux : voyait-il encore ? Non. Lui faisait-il du mal ? Pas davantage. La seule différence entre mon manteau et l'éclipse, lui ai-je dit, c'est la taille de ce qui cache la lumière. Un homme qui dirige des milliers de marins ne peut laisser la peur gouverner à sa place. La nature a ses lois, et les comprendre vaut mieux que les conjurer. Anaxagore aurait souri de me voir faire la leçon avec un bout de laine.
La seule différence, c'est la taille de ce qui cache la lumière.
—Depuis ta tribune sur la Pnyx, tu sembles tenir le peuple dans ta main. Comment fais-tu plier l'Assemblée à ta volonté ?
On me croit maître de l'Ecclésia, mais je ne plie personne — je persuade. Avant chaque séance, je prépare mes mots sur mes tablettes de cire jusqu'à ce qu'aucune faille ne subsiste. Je ne monte jamais à la tribune pour le plaisir de parler ; je me tais des mois et ne réponds qu'aux grandes occasions, pour que ma voix garde son poids. Le peuple est souverain, et c'est lui qui vote ; mon art est seulement de lui montrer où est son intérêt avec assez de clarté pour qu'il le choisisse librement. Tu m'as vu réécrire dix fois la même phrase, le soir, à cette table : voilà mon secret, et il n'a rien de magique.
Je ne plie personne — je persuade.

—Périclès, c'est ta propre loi de 451 qui exclut notre fils de la cité. Comment vis-tu d'avoir bâti ce mur de tes mains ?
C'est la blessure que je porte en silence, Aspasie, et tu es la seule devant qui je l'avoue. En 451, j'ai fait réserver la citoyenneté aux seuls enfants de deux parents athéniens ; je voulais préserver le corps civique, et je le crois encore juste pour la cité. Mais cette loi frappe notre enfant, toi qui es de Milet. Je n'avais pas prévu que la justice d'un peuple pût un jour se retourner contre mon propre sang. Un homme d'État doit accepter que ses lois ne fassent pas d'exception pour lui ; c'est le prix de leur autorité. Pourtant, certaines nuits, je mesure ce que ma rigueur t'a coûté, à toi comme à lui.
Je n'avais pas prévu que la justice se retourne contre mon propre sang.
—La peste a emporté tes deux fils légitimes. On t'a vu pleurer aux funérailles, toi que l'on disait de marbre. Que reste-t-il de cet homme-là ?
On me croyait incapable de larmes ; j'ai déposé une couronne sur le corps de mes fils et j'ai pleuré devant tout Athènes, sans pouvoir m'en défendre. La peste n'épargne ni le pauvre ni le stratège ; elle a pris mes héritiers comme elle prend un tiers de la cité. Il me reste notre fils, celui que ma loi de 451 avait exclu — et j'ai dû supplier l'Assemblée de lui accorder le nom d'Athénien. Quel renversement : moi qui ai dressé la barrière, je suis venu en mendier l'ouverture. La force d'un homme, Aspasie, ce n'est pas de ne jamais ployer ; c'est de continuer debout quand tout en lui voudrait s'effondrer.
La force n'est pas de ne jamais ployer, mais de rester debout.
—Maintenant que la guerre commence et que ton visage se fait grave, crains-tu pour ce que tu laisseras d'Athènes après toi ?
La guerre contre Sparte sera longue, je le sais, et je ne verrai peut-être pas son terme. Mais ce que nous avons fait d'Athènes ne tient pas à ma seule vie. J'ai voulu une cité où le pouvoir appartient au plus grand nombre, où le pauvre vote, où le marbre s'élève pour les dieux et pour les hommes. Si je tombe, l'Acropole restera, le misthos restera, et l'idée qu'un peuple peut se gouverner lui-même restera. Tu m'as souvent dit, le soir, que je bâtissais pour des yeux que je ne connaîtrais jamais. C'est vrai. Athènes est l'école de la Grèce, et une école ne meurt pas avec son maître.
Athènes est l'école de la Grèce, et une école ne meurt pas avec son maître.
Pour aller plus loin
Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Périclès. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.


