Interview imaginaire avec Robespierre
par Charactorium · Robespierre (1758 — 1794) · Politique · 6 min de lecture
Été 1794. Dans une chambre modeste de la maison du menuisier Duplay, rue Saint-Honoré, à quelques pas du club des Jacobins, un homme menu, l'habit bleu et la perruque fraîchement poudrée, écarte ses papiers pour recevoir son visiteur. La chandelle est basse, la nuit parisienne bruisse encore des échos de la Convention. Maximilien de Robespierre accepte, pour une fois, de parler de lui.
—Vous souvenez-vous de votre première grande cause d'avocat, à Arras ?
C'était en 1782. La Compagnie des mines d'Anzin voulait écraser un homme du peuple sous tout le poids de sa fortune, et il me parut que la justice ne valait rien si elle ne servait d'abord celui qui n'a ni nom ni or pour se défendre. J'ai plaidé contre ces puissants, et j'ai gagné. On m'a appelé l'avocat des pauvres — un surnom que je n'ai jamais quémandé mais que j'ai porté comme un devoir. Voyez-vous, je n'ai jamais cru qu'un homme valût davantage qu'un autre parce qu'il possédait des galeries de charbon. Toute ma vie tient peut-être dans cette conviction très simple, née à Arras bien avant la Révolution.
La loi appartient au faible, ou elle n'est qu'un masque sur la tyrannie du fort.
—Comment expliquez-vous qu'ayant plaidé contre la peine de mort, vous présidiez aujourd'hui à tant d'exécutions ?
Vous touchez là ma blessure la plus secrète. En mai 1791, devant l'Assemblée constituante, j'ai dit ceci : « Je viens prier, non les Dieux, mais les hommes, non les tyrans, mais mes concitoyens, d'arrêter le cours de ces funestes erreurs. Je prétends prouver que la peine de mort est essentiellement injuste. » Je le pensais alors, je le pense encore pour le criminel ordinaire, le voleur, l'homme égaré. Mais un conspirateur qui veut étrangler la République dans son berceau n'est pas un accusé : c'est un ennemi. On ne juge pas un ennemi, on l'abat. Que cela soit une contradiction, je ne le nie pas ; je dis seulement qu'elle m'a été imposée par le fer des autres.
Le glaive que je refusais au malfaiteur, la patrie me l'arrache des mains pour le tourner contre ses assassins.
—Pourquoi vous êtes-vous opposé, presque seul, à la guerre contre l'Autriche en 1792 ?
Janvier 1792. Tout le monde voulait la guerre — les Girondins l'appelaient comme une fête, le roi la désirait en secret, persuadé qu'elle nous perdrait. Aux Jacobins, rue Saint-Honoré, je me suis levé contre cette ivresse générale. Je leur ai répété qu'on ne porte pas la liberté à la pointe des baïonnettes, que nul peuple n'aime les missionnaires armés, et qu'une armée conduite par des généraux fidèles au trône se retournerait tôt ou tard contre nous. On m'a traité de timide, de mauvais patriote. Les mois suivants m'ont donné raison plus cruellement que je ne l'aurais voulu : Dumouriez nous a trahis, les frontières ont vacillé. Il est amer d'avoir raison seul contre tous ; c'est pourtant le sort de quiconque préfère la patrie à l'applaudissement.
On ne porte pas la liberté à la pointe des baïonnettes.
—Que répondez-vous à ceux qui jugent monstrueux d'unir la vertu et la terreur ?
Je leur réponds par les mots mêmes que j'ai portés à la tribune de la Convention, le 5 février dernier : « Le ressort du gouvernement populaire en révolution est à la fois la vertu et la terreur : la vertu, sans laquelle la terreur est funeste ; la terreur, sans laquelle la vertu est impuissante. » Comprenez bien : la terreur seule n'est que le crime des despotes. Mais la vertu désarmée n'est qu'une victime qu'on égorge. Dans un temps de paix, je vous parlerais de douceur et de lois clémentes. Nous ne sommes pas dans un temps de paix. La République est assiégée au-dehors, minée au-dedans ; elle n'a pour survivre que cette justice prompte et inflexible, qui n'est qu'une émanation de la vertu.
Ôtez-moi la vertu, il ne reste que la tyrannie ; ôtez-moi la sévérité, il ne reste que des cadavres de patriotes.
—Comment distinguez-vous le suspect du véritable ennemi, quand la loi frappe si largement ?
Voilà la question qui me hante les soirs où je rentre tard du Comité de salut public. La loi des suspects, votée en septembre 1793, range parmi les ennemis quiconque, par sa conduite ou ses propos, s'est montré partisan de la tyrannie. Le filet est large, je le sais, et nulle main n'est assez ferme pour ne jamais trembler en le tirant. Mais que voulez-vous ? Le peuple est un, sa volonté générale ne se divise pas ; celui qui conspire contre elle se retranche lui-même de la nation. Je ne prétends pas lire dans les cœurs. Je prétends seulement qu'au milieu d'une guerre où chaque jour nous apporte un complot, hésiter, c'est livrer la République. L'erreur est possible, et elle me coûte. L'inaction, elle, serait un crime.
Nulle main n'est assez ferme pour ne jamais trembler en tirant ce filet.

—Comment avez-vous pu envoyer à l'échafaud Danton, qui fut votre allié ?
Vous croyez me blesser ; vous ne faites que rouvrir ce que j'ai déjà tranché en moi-même. Danton fut un grand bras de la Révolution, je ne l'ai jamais nié. Mais l'homme s'était engraissé, il pactisait avec les fournisseurs véreux, il réclamait qu'on desserrât l'étau quand l'ennemi était à nos portes. Au printemps 1794, j'ai porté le rapport qui le liait aux factions de l'étranger. Croyez-vous que ma main n'a pas pesé ? J'ai compté cet homme parmi mes proches. Mais la patrie n'a pas d'amis ; elle n'a que des citoyens et des traîtres. Le jour où l'on épargne un coupable parce qu'on l'aime, on a cessé d'être républicain pour redevenir courtisan. J'ai préféré perdre Danton plutôt que de me perdre dans la complaisance.
La patrie n'a pas d'amis ; elle n'a que des citoyens et des traîtres.
—On vous surnomme l'Incorruptible, et l'on remarque toujours votre mise soignée. Pourquoi ce soin, au milieu de tant de négligés ?
On a fait de mon habit bleu ciel et de ma perruque poudrée tout un procès, comme si la propreté était devenue un crime aristocratique. Beaucoup de mes collègues affectent la veste tachée et le menton mal rasé, croyant ainsi se faire peuple. Je tiens cela pour une comédie. Le peuple n'a pas besoin qu'on singe sa misère ; il a besoin qu'on lui rende sa dignité. Si je parais net, le fard léger, l'habit ajusté, c'est que je veux que la vertu ait un visage qu'on n'ait pas honte de regarder. On m'appelle l'Incorruptible : non que je me croie meilleur qu'un autre, mais je n'ai jamais désiré d'autre fortune que l'estime des honnêtes gens. Je loge chez un menuisier ; je n'ai pas un louis de plus qu'à mon arrivée à Paris.

—À quoi ressemblent vos soirées dans cette maison, quand la Convention se tait enfin ?
Quand le tumulte des tribunes s'éteint, je remonte dans ma chambre, chez les Duplay, et je reprends ma plume d'oie. C'est là, à la lueur d'une chandelle, que je travaille mes discours, que je les reprends vingt fois, car je ne sais rien improviser et je me défie des belles phrases qui viennent trop vite. Souvent un volume de Rousseau traîne ouvert sur la table — je l'ai entrevu, tout jeune, et il ne m'a plus quitté. Sa volonté générale, l'idée que la vertu seule fait les peuples libres, voilà mon évangile civil. Saint-Just monte parfois ; nous parlons à voix basse, devant un verre de vin coupé d'eau, mangeant frugalement. La famille me traite comme un fils. Ces heures-là sont les seules où je m'appartienne ; le reste de mes jours appartient à la République.
—Que cherchiez-vous, le 8 juin, en présidant la Fête de l'Être suprême ?
Ce jour-là, le 8 juin, j'ai marché en tête du cortège, vêtu de bleu, tenant à la main un bouquet d'épis et de fleurs. J'ai mis le feu à une figure de l'Athéisme, pour qu'en surgisse la Sagesse. La fumée a noirci un peu la statue, et déjà j'entendais derrière moi quelques rires que je n'oublierai pas. Qu'importe. Un peuple sans croyance ne tient pas debout : il faut à la République un fondement plus haut que ses lois, la foi en l'Être suprême et en l'immortalité de l'âme, qui console le pauvre et fasse pâlir le méchant. Je ne voulais ni des prêtres qui asservissent, ni des athées qui désespèrent. Je voulais une vertu qui s'agenouille devant quelque chose de plus grand qu'elle.
On n'a vu que ma main qui montrait le ciel, jamais le ciel que je montrais.
—Sentez-vous, ces jours-ci, l'étau se resserrer autour de vous ?
Je ne suis pas aveugle. Depuis la fête, je perçois dans la Convention des regards qui se détournent, des silences qui pèsent. Il existe dans cette assemblée une coalition d'hommes tarés, de fripons que la vertu effraie comme la lumière effraie le voleur. On chuchote que je veux la dictature, moi qui n'ai jamais réclamé qu'une chose : qu'on laissât parler la volonté générale. Bientôt il faudra que je monte à la tribune et que je dise enfin les noms de ceux qui creusent la tombe de la République. On me presse de les livrer ; je veux d'abord être certain, car accuser à la légère serait commettre le crime même que je combats. Si je dois tomber, je tomberai sans avoir trahi. Ma conscience est en règle : c'est la seule fortune qu'on ne saurait m'arracher.
Pour aller plus loin
Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Robespierre. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.


