Interview imaginaire

Interview imaginaire avec Robespierre

par Charactorium · Robespierre (1758 — 1794) · Politique · 6 min de lecture

Interview imaginaire générée par IA à partir de sources documentées.

C'est dans la maison du menuisier Maurice Duplay, rue Saint-Honoré, que Louis Antoine de Saint-Just retrouve Maximilien de Robespierre en ce mois de juillet 1794. La chambre est simple, une plume d'oie sèche encore sur des feuillets raturés, et la chaleur de l'été pèse derrière les volets clos. Saint-Just connaît cet homme mieux que personne : ils ont veillé ensemble au Comité, partagé les nuits de discours et les silences inquiets. Il vient ce soir non pour le presser, mais pour le faire parler avant que l'orage ne crève.

Maximilien, avant que Paris ne vous connaisse, vous plaidiez à Arras. On vous nommait déjà l'avocat des pauvres. Vous en souvenez-vous ?

Je m'en souviens comme d'une autre vie, et pourtant tout y était déjà. À Arras, en 1782, j'ai défendu un homme du peuple contre la Compagnie des mines d'Anzin — un humble contre des puissants qui croyaient la justice à leur service. J'ai compris ce jour-là que le droit n'est rien s'il ne protège d'abord le plus faible. On m'a donné ce nom d'avocat des pauvres comme on donne une charge, et je l'ai portée. Vois-tu, Saint-Just, je n'ai pas changé de cause en montant à la tribune ; j'ai seulement élargi le prétoire. La Révolution est le plus grand procès jamais plaidé pour les humbles, et je n'en suis que le défenseur obstiné.

La Révolution est le plus grand procès jamais plaidé pour les humbles.

On vous appelle aussi l'Incorruptible. Ce surnom vous pèse-t-il, vous qui vivez ici si simplement, chez nos amis Duplay ?

Il ne me pèse pas, il m'oblige. Un homme qu'on dit incorruptible n'a plus le droit de faiblir, car le moindre relâchement devient une trahison à ses propres yeux. Je vis dans cette chambre étroite parce que je ne saurais prêcher la vertu et dormir dans le luxe. L'argent, les places, les faveurs — tout cela a perdu tant des nôtres. Je ne possède rien que mes principes, et c'est ma seule richesse, la seule qu'on ne puisse me dérober. Toi qui me vois chaque jour, tu sais que je ne joue pas un rôle : cette sobriété n'est pas un masque, c'est ma manière d'être fidèle au peuple qui n'a rien.

Un homme qu'on dit incorruptible n'a plus le droit de faiblir.

En janvier 1792, contre Brissot et presque seul, vous avez combattu la guerre offensive. Aviez-vous mesuré combien cette solitude serait dure ?

Je l'ai mesurée, et je l'ai acceptée. Lorsque les Girondins réclamaient la guerre contre l'Autriche, tous y voyaient le triomphe de la liberté ; moi, j'y voyais le piège. On ne porte pas la liberté à la pointe des baïonnettes — les peuples n'aiment pas les missionnaires armés. Et surtout, je craignais qu'un général victorieux ne revînt un jour dicter sa loi à la nation, comme tant de fois dans l'Histoire. Être seul à la tribune des Jacobins, sous les huées, ne m'a pas effrayé : la vérité ne se compte pas au nombre des voix. Tu le sais mieux que personne, Saint-Just, j'aime mieux avoir tort avec le peuple que raison avec ses ennemis — mais cette fois, je n'avais pas tort.

On ne porte pas la liberté à la pointe des baïonnettes.

Dans votre rapport du 5 février 1794, vous avez lié la vertu et la terreur. Beaucoup ne comprennent pas. Expliquez-moi cette formule, à moi.

C'est le cœur de tout, et pourtant on la défigure. J'ai dit que le ressort du gouvernement populaire en révolution est à la fois la vertu et la terreur : la vertu, sans laquelle la terreur est funeste ; la terreur, sans laquelle la vertu est impuissante. Comprends bien : la terreur seule n'est qu'un crime, le couteau d'un tyran. Mais la vertu désarmée, dans la tempête, se fait égorger par les fripons. La terreur n'est rien d'autre que la justice prompte, sévère, inflexible ; elle est donc une émanation de la vertu. Nous ne frappons pas par cruauté, Saint-Just, mais parce qu'une République naissante, cernée de traîtres, ne peut survivre en tendant l'autre joue. Le jour où la patrie sera sauvée, ce glaive retombera de lui-même.

La terreur n'est rien d'autre que la justice prompte, sévère, inflexible.

Pourtant ce glaive a frappé jusqu'à Danton, un homme de la première heure. Cette justice ne vous coûte-t-elle jamais ?

Crois-tu que je sois de pierre ? Frapper un homme qu'on a connu, qui a crié pour la République quand elle chancelait, cela laisse une plaie. Mais Danton s'était laissé gagner par l'or et la mollesse, et la pitié pour un seul devient cruauté envers tous. Si j'épargne le coupable par amitié, je trahis mille innocents qu'il aurait livrés. Voilà le fardeau : la vertu publique exige qu'on taise ses affections privées. Je ne dors pas toujours, je te l'avoue à toi seul. Mais je me console en pensant que ceux qui me reprochent ces rigueurs seraient les premiers égorgés si nous laissions les factions reprendre la France. On n'achève pas une révolution avec des scrupules de salon.

La pitié pour un seul devient cruauté envers tous.
French:  Portrait en buste de profil de Maximilien de Robespierre (1758-1794)label QS:Lfr,"Portrait en buste de profil de Maximilien de Robespierre (1758-1794)"
French: Portrait en buste de profil de Maximilien de Robespierre (1758-1794)label QS:Lfr,"Portrait en buste de profil de Maximilien de Robespierre (1758-1794)"Wikimedia Commons, Public domain — Attributed to Joseph Boze

Le 7 mai, vous avez fait décréter le culte de l'Être suprême. Pourquoi cette religion nouvelle, quand tant des nôtres rêvent d'abolir tout culte ?

Parce qu'un peuple sans morale n'est qu'une populace, et qu'il n'est point de morale solide sans un appui qui dépasse les hommes. Les athées veulent arracher au pauvre sa dernière consolation et persuader le scélérat qu'aucun œil ne le surveille — c'est faire le jeu des tyrans. J'ai voulu fonder la République sur autre chose que la peur du bourreau : sur l'idée d'un Être suprême et de l'immortalité de l'âme, qui rappellent à chacun ses devoirs. Ce n'est pas un retour aux prêtres et à leurs superstitions ; c'est une religion civique, où la vertu seule est le culte. Le fanatisme et l'athéisme sont deux écueils ; j'ai cherché entre eux le chemin de la raison et de la conscience.

Un peuple sans morale n'est qu'une populace.

À la Fête de l'Être suprême, le 8 juin, vous présidiez en habit bleu ciel, un bouquet à la main. Que ressentiez-vous, ce jour-là, en tête du cortège ?

Un bonheur grave, comme on n'en éprouve qu'une fois. Voir tout un peuple rassemblé, non pour la haine mais pour célébrer la vertu et la nature — c'était l'image même de ce pour quoi nous luttons. J'avais soigné ma tenue, oui, cet habit bleu, ce bouquet ; non par vanité, mais parce qu'un tel jour appelle la dignité. Quand le feu a consacré la statue de l'Athéisme pour en faire surgir la Sagesse, j'ai cru toucher du doigt la régénération des mœurs. Et pourtant — je ne te le cache pas — j'ai senti des regards lourds dans mon dos, des sourires qui n'étaient pas de joie. Certains m'ont vu marcher seul devant les autres, et m'en ont fait grief. La fumée a noirci la Sagesse ; il y a des présages que je préfère ne pas entendre.

La fumée a noirci la Sagesse ; il y a des présages que je préfère ne pas entendre.
Portrait de Maximilien de Robespierre (1758-1794), homme politique. P729 (3 of 4)
Portrait de Maximilien de Robespierre (1758-1794), homme politique. P729 (3 of 4)Wikimedia Commons, CC0 — Anonyme, peintre

Depuis des semaines vous désertez la Convention pour cette chambre. On murmure que vous tenez une liste de traîtres. Que méditez-vous, Maximilien ?

Je médite le moment de parler, car il n'en reste peut-être qu'un. Tu vois ces feuillets : j'y prépare un discours qui dira enfin la vérité sur la conspiration qui nous ronge de l'intérieur. Des hommes du Comité même, des modérés cachés, complotent ma perte parce que je gêne leurs trafics et leur lâcheté. Oui, je connais des coupables ; et je devrai bientôt les nommer devant l'assemblée. Mais je pèse chaque syllabe, car nommer trop tôt, c'est s'exposer, et nommer trop tard, c'est périr. Mon silence d'aujourd'hui les inquiète plus que mes paroles. Si je me retire ici, ce n'est pas par lassitude, c'est pour rassembler mes forces. La République a encore besoin d'un dernier effort, et je ne me déroberai pas, dussé-je y laisser ma tête.

Nommer trop tôt, c'est s'exposer, et nommer trop tard, c'est périr.

Et si l'assemblée se retournait contre vous ? Cette place de la Révolution où tomba le roi pourrait-elle aussi vous réclamer ?

J'y ai songé, comment ne pas y songer ? La même place de la Révolution qui a vu tomber Louis en janvier 1793 est là, à quelques pas, comme une menace patiente. Mais je n'ai jamais cherché à vivre, seulement à servir. Si l'on m'y traîne demain, ce sera la preuve que les fripons l'ont emporté sur la vertu, et l'Histoire jugera. Ce que je crains, ce n'est pas le couteau ; c'est que ma chute n'entraîne celle du peuple, et qu'après moi reviennent les corrompus, les affameurs, ceux qui marchandent la liberté. Toi qui m'es fidèle, promets-moi seulement de ne pas trahir nos principes, quoi qu'il advienne. Un homme s'efface ; une idée juste, on ne la guillotine pas.

Un homme s'efface ; une idée juste, on ne la guillotine pas.

Une dernière chose, entre nous. Vous vous réclamez toujours de Rousseau. Que lui devez-vous, au fond, plus qu'à tout autre ?

Je lui dois ma boussole. Enfant, j'ai lu Rousseau comme on lit une révélation, et l'on dit même que je l'ai entrevu dans ses derniers jours — je ne sais s'il m'a regardé, mais lui m'a vu toute ma vie. De lui me vient l'idée que le peuple souverain porte en lui une volonté générale, distincte des appétits particuliers, et que la vertu seule peut la faire vivre. Tout ce que j'ai tenté — la République, l'Être suprême, le règne des mœurs — n'est qu'une tentative de donner un corps à ses pensées. Les autres ont lu Rousseau pour le citer dans les salons ; moi, j'ai voulu le mettre en pratique au prix de mon repos. Voilà peut-être ma faute aux yeux des tièdes : avoir pris les Lumières au sérieux.

Ma faute aux yeux des tièdes : avoir pris les Lumières au sérieux.
Voir la fiche complète de Robespierre

Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Robespierre. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.