Interview imaginaire

Interview imaginaire avec Thomas d'Aquin

par Charactorium · Thomas d'Aquin (1225 — 1274) · Philosophie · 6 min de lecture

Interview imaginaire générée par IA à partir de sources documentées.

Mars 1272, le scriptorium du couvent dominicain de Paris sent l'encre fraîche et le parchemin tendu. Un frère de haute taille, lent à parler, écarte deux secrétaires qui attendaient sa dictée. Il consent, le temps d'un entretien, à lever les yeux de sa Summa Theologiae inachevée.

On raconte qu'à vos débuts parisiens vos condisciples vous avaient affublé d'un surnom moqueur. Comment l'avez-vous vécu ?

Ils m'appelaient le bœuf muet, et je ne m'en offusquais point. J'étais large d'épaules, lent à la parole, plus enclin à écouter qu'à pérorer dans les disputes de l'Université de Paris. On prenait mon silence pour pesanteur d'esprit. Mais mon maître Albert le Grand, qui voyait plus loin que les rieurs, leur répondit que ce bœuf mugirait un jour si fort que son cri retentirait par tout l'univers. Je ne sais s'il prophétisait ou s'il voulait seulement clore les moqueries. Ce que je sais, c'est qu'un homme qui se hâte de répondre n'a rien écouté, et qu'on ne bâtit pas une Summa sur le bruit. Le silence, voyez-vous, est déjà une forme de patience devant la vérité.

Un homme qui se hâte de répondre n'a rien écouté.

Vos frères disent que vous oubliez jusqu'à prendre vos repas. Que se passe-t-il en vous dans ces moments ?

C'est vrai, et il leur faut parfois me tirer par la manche pour me conduire au réfectoire. Quand une quaestio me tient, le potage refroidit et je n'en sais rien. Ce n'est pas vertu de ma part, ni mépris du corps que Dieu nous a donné, c'est que l'intelligence, quand elle saisit un objet, s'y attache comme l'œil au soleil. Dans ma cellule, il n'y a qu'un lit de planches et un pupître ; rien ne distrait. Au couvent de Naples comme ici à Paris, mes frères ont fini par m'excuser ces absences. Je leur dois bien des repas manqués et bien des rappels à l'ordre. La règle dominicaine veut qu'on mange sobrement ; moi, il m'arrive de ne pas manger du tout, faute d'y songer.

S'appuyer sur Aristote, un philosophe païen, vous a valu des reproches sévères. Pourquoi avoir persisté ?

Parce que la vérité ne porte pas de baptême. Aristote, que nous nommons simplement le Philosophe, ses livres nous sont revenus à peine, traduits du grec et de l'arabe, et certains à l'Université ont crié au scandale qu'un chrétien lût un païen avec tant d'amour. Sur mon pupître, le Codex d'Aristote voisine la Sainte Écriture, et je n'y vois nulle offense. La raison est elle aussi une lumière que Dieu a allumée en nous ; comment la révélation pourrait-elle la contredire, puisque l'une et l'autre viennent du même auteur ? J'ai commenté son Éthique à Nicomaque, son traité De l'Âme, non pour le baptiser de force, mais pour montrer que la grâce ne détruit pas la nature, elle l'achève. Mes contradicteurs craignent le poison ; je n'y trouve qu'un instrument.

La grâce ne détruit pas la nature, elle l'achève.

Que répondez-vous à ceux qui jugent la sagesse grecque incompatible avec la foi du Christ ?

Je leur dis qu'Aristote nous répétait que tout homme désire naturellement savoir, et que ce désir-là n'est pas un péché mais une trace du Créateur en sa créature. Quand je commente son traité De l'Âme, je ne fais pas d'un Grec un docteur de l'Église ; j'use de sa rigueur comme on use d'une bonne charpente pour soutenir une voûte. La foi habite l'édifice, la raison en taille les pierres. Ceux qui veulent jeter Aristote au feu craignent que la philosophie n'avale la théologie. C'est mal connaître l'une et l'autre : la servante ne renverse pas la maîtresse, elle la sert. Au réfectoire, j'ai entendu des frères s'indigner de mes lectures. Je les laisse dire et je retourne à mon Codex.

On vous décrit dictant à plusieurs secrétaires à la fois. Comment travaille un tel atelier ?

Ce n'est pas prodige, c'est nécessité. La matière presse, la vie est brève, et un seul calame ne suffit pas à suivre le flot. Aussi je dicte à trois ou quatre frères tour à tour, passant d'une quaestio à l'autre, l'un poursuivant la Summa tandis que l'autre note un commentaire. Sur leurs pupîtres de scriptorium, les encriers ne sèchent jamais, et le grattement des plumes m'accompagne comme un chant d'office. On me dit que la Somme théologique compte des milliers de feuillets ; je ne les ai jamais comptés. Je n'écris pas pour la quantité, mais parce que chaque question en appelle une autre, et qu'il serait malhonnête d'en laisser une sans réponse. Mes secrétaires se relaient ; moi, je ne m'arrête qu'à la nuit.

Cette Somme théologique, à qui la destinez-vous, et pourquoi cette ampleur démesurée ?

Je l'ai entreprise en 1265 pour les commençants, croyez-le ou non — ces étudiants qu'on accable de questions désordonnées et de répétitions sans fin. Je voulais un chemin clair, où chaque vérité trouve sa place, de Dieu jusqu'à la créature et de la créature jusqu'au retour vers Dieu. Trois parties, comme trois travées d'une même nef. À mon pupître, je procède toujours de même : je pose la question, j'écoute d'abord les objections, videtur quod non, puis le sed contra, puis je tranche. C'est la méthode des écoles, celle des disputes que je mène l'après-midi à l'Université de Paris. On la dit immense ; pour moi elle est seulement honnête, car une vérité qu'on n'expose pas tout entière est à demi trahie.

Une vérité qu'on n'expose pas tout entière est à demi trahie.

Au seuil de votre Somme, vous posez la plus vertigineuse des questions : Dieu existe-t-il ?

Oui, et je la pose sans détour : Utrum Deus sit ? Il faut d'abord la poser comme si l'on n'en savait rien, donner sa pleine force à l'objection, sinon la réponse ne vaut rien. Contre quoi je dresse la parole de l'Exode, ce nom que Dieu se donne à lui-même : Ego sum qui sum — Je suis celui qui suis. Mais la foi seule ne suffit pas à convaincre celui qui ne croit pas. Aussi ai-je voulu cinq chemins, cinq voies que la raison peut gravir sans le secours de la révélation : le mouvement, la cause, le possible et le nécessaire, les degrés de perfection, l'ordre du monde. Chacune part de ce que nos yeux voient et remonte jusqu'à ce qu'aucun œil ne voit. Ce ne sont pas cinq dieux, mais cinq sentiers vers le même sommet.

Cinq sentiers vers le même sommet, que la raison peut gravir sans le secours de la révélation.

Pourquoi prouver par la raison ce que la foi vous donne déjà ?

Parce que tous n'ont pas la foi, et qu'il serait orgueilleux de leur jeter l'Écriture au visage comme une fin de débat. Au Juif je puis citer l'Ancien Testament, au chrétien les deux Testaments ; mais à celui qui ne reçoit ni l'un ni l'autre, que reste-t-il sinon la raison, ce bien que nous partageons tous ? C'est pourquoi j'ai écrit la Summa Contra Gentiles, pour montrer que ce qui s'oppose à la foi se révèle aussi faux devant la seule raison. La théologie naturelle n'est pas une concession aux incroyants, c'est un pont. Dieu ne craint pas d'être interrogé ; il a fait l'intelligence capable de le chercher. Refuser de raisonner sur lui, ce serait insulter le don qu'il nous a fait.

On dit qu'un jour de décembre 1273, vous avez cessé d'écrire, brutalement. Que vous est-il arrivé ?

Je ne puis en parler qu'à demi-mot, car les mots n'y atteignent pas. C'était durant la messe ; quelque chose m'a été montré, et depuis je ne puis plus continuer. Mes frères me pressent de reprendre la Somme théologique, restée suspendue à la question des sacrements. Je leur réponds que tout ce que j'ai écrit me semble désormais comme de la paille au regard de ce que j'ai vu. Comprenez bien : je ne renie rien, ni les Cinq Voies, ni les milliers de feuillets. Mais l'encrier s'est tari de lui-même, non par fatigue de la main, par silence de l'âme. Il est un point où la raison, qui m'a tant servi, doit s'agenouiller et se taire. J'y suis parvenu plus tôt que je ne croyais.

Tout ce que j'ai écrit me semble comme de la paille au regard de ce que j'ai vu.

Vous voici sur le chemin du Concile de Lyon. Qu'emportez-vous, au fond, de cette vie de labeur ?

Le pape m'appelle à Lyon pour cette grande affaire de réconcilier les Latins et les Grecs, et je m'y rends bien que le corps me trahisse. La route est longue depuis l'Italie, et je sens que je n'irai peut-être pas jusqu'au bout. Si je devais m'arrêter en chemin, dans quelque monastère, je voudrais que mes dernières pensées aillent à l'Eucharistie, ce mystère où le Christ se donne sous les espèces du pain — j'y ai consacré mes hymnes et mes veilles. J'emporte peu : l'habit blanc et noir des Prêcheurs, et la certitude que je n'ai rien dit de plus vrai que ce que l'Église enseigne. Toute ma vie j'ai cherché à comprendre pour mieux croire. Au terme, je crois simplement, comme le plus humble des fidèles.

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Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Thomas d'Aquin. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.