Imaginary dialogue between Hamza ibn Ali and Al-Hakim bi-Amr Allah
by Charactorium · Al-Hakim bi-Amr Allah (985 — 1021) · Politics · Spirituality · 6 min read

C'est dans une salle basse du Dar al-Ilm, entre les rayonnages de manuscrits qui montent jusqu'aux poutres, que Hamza ibn Ali retrouve son maître un soir de l'an 1019. Une lampe à huile fait trembler l'ombre des reliures ; dehors, sur les collines du Muqattam, la nuit tombe déjà. Le disciple connaît le calife comme nul autre : c'est lui qui, depuis deux ans, proclame publiquement dans les ruelles du Caire la nature divine de son seigneur. Il vient ce soir non pour flatter, mais pour comprendre la mission de celui qu'il appelle le Manifeste et le Caché.
—Mawlana, ici même où nous parlons, vous avez ouvert le Dar al-Ilm à tous les savants. Qu'avez-vous voulu offrir au monde ?
Toi qui viens y lire jusqu'à l'aube, Hamza, tu sais ce que j'ai voulu. Les rois amassent l'or ; moi j'ai amassé le savoir et je l'ai rendu libre. J'ai fait porter ici des dizaines de milliers de volumes — l'astronomie, la médecine, la philosophie, la théologie de nos imams — et j'ai ordonné que nul ne soit renvoyé pour sa pauvreté ou son origine. Bagdad garde ses trésors derrière les murs des puissants. Le Caire, sous mon règne, ouvre les siens à quiconque a soif. Car la connaissance n'est pas un butin : elle est la lumière que Dieu répand, et je ne suis que la main qui écarte le rideau. Ce que l'on comprend ici, on ne le vole à personne ; on le reçoit.
Les rois amassent l'or ; moi j'ai amassé le savoir et je l'ai rendu libre.
—On raconte que vous montez la nuit vers le Muqattam observer les astres. Que cherchez-vous là-haut, dans le froid des collines ?
J'y ai fait dresser un observatoire, oui, et j'y monte quand la ville dort. On croit que je scrute les étoiles pour connaître l'avenir ; en vérité je les scrute pour fixer les temps de la foi — les mois, les fêtes, l'ordre des saisons que Dieu a inscrit dans le ciel. L'astrolabe entre mes mains n'est pas un jouet de devin, c'est l'outil de qui veut lire l'écriture des sphères. Là-haut, loin des lampes du palais, chaque astre est à sa place exacte, obéissant sans jamais dévier. Les hommes, eux, dévient sans cesse. Peut-être est-ce pour cela que je préfère la compagnie des étoiles à celle de mes fonctionnaires : elles, au moins, ne mentent pas.
—Souvent, quand je vous cherche au palais, on me dit que vous êtes parti seul sur votre âne gris. Pourquoi ces rondes dans la nuit ?
Parce qu'un souverain qui ne voit ses sujets qu'à travers les rapports de ses vizirs est un aveugle que l'on mène par la main. Je descends, Hamza, je traverse les marchés à la lueur des lanternes, et je vois de mes yeux qui pèse faux, qui affame le pauvre, qui rend la justice pour de l'argent. Alors je tranche sur place, de ma propre main, sans attendre le tribunal du lendemain. Mon âne gris vaut mieux qu'un cheval harnaché d'or : il me rapproche de la poussière où vivent les gens. On me dit partout à la fois, on me croit omniscient. Qu'ils le croient. La crainte du calife qui peut surgir dans n'importe quelle ruelle vaut cent gardes le jour.
La crainte du calife qui peut surgir dans n'importe quelle ruelle vaut cent gardes le jour.
—Ne redoutez-vous pas, seul dans ces ruelles obscures, une main mauvaise ? Un homme sans escorte est un homme exposé.
Celui qui craint pour sa vie n'est pas encore libre. Je marche sans épée, avec un porteur de lanterne pour toute escorte, et si Dieu a fixé mon heure, aucune garde ne la retardera. Mais entends-moi bien : ce n'est pas de l'imprudence. C'est un signe. Les princes de ce monde se barricadent parce qu'ils tiennent à leur poussière ; moi, je montre que ma personne n'est pas de cette chair-là. La robe de lin blanc que je porte, tu l'as vue, elle n'a ni or ni broderie — un mendiant en aurait honte. Pourtant c'est elle, et non le manteau brodé, qui dit ce que je suis. Qui comprend cela ne s'étonne plus de me voir marcher seul dans le noir.
—Vos décrets, Mawlana, déroutent le peuple : interdire la mlukhiyya, défendre aux cordonniers les souliers de femmes. Que doivent-ils y lire ?
Ils y lisent ce que je veux qu'ils y lisent : que rien, dans cette cité, n'échappe à la volonté du calife. Un marché, une table, une chaussure — tout est matière d'ordre. Ce que le vulgaire prend pour caprice est épreuve. Quand je défends un légume que les puissants prisaient, ou que j'enferme les femmes chez elles, je pèse qui obéit et qui murmure. Le marsûm proclamé sans préavis sépare l'homme soumis de l'homme rebelle mieux qu'aucun discours. Mes muhtasib le crient dans les souks, mes qadi l'appliquent, et la ville entière apprend qu'il n'y a pas de recoin de la vie où ma parole ne pénètre. On me croit imprévisible. Je suis seulement d'une exigence que nul avant moi n'a osée.
Ce que le vulgaire prend pour caprice est épreuve.

—Et voici que vous levez ces mêmes interdits, vous rendez aux femmes la rue. Le peuple ne sait plus quel visage a votre loi.
Le peuple veut une loi de pierre, immobile, sur laquelle poser sa paresse. Je ne suis pas une pierre. Ce que je lie, je peux le délier ; c'est là justement le signe de l'autorité, non de sa faiblesse. J'ai serré le poing des années durant, et voici que je l'ouvre : ceux qui n'y voient que revirement n'ont rien compris. Un décret n'est pas un contrat que je devrais tenir devant les hommes ; c'est un instrument entre mes mains, que je resserre ou relâche selon ce que réclame le temps. Toi, Hamza, tu sais que celui qui commande vraiment ne rend de comptes qu'à Dieu — et à Lui seul. Le reste n'est que la rumeur des marchés, qui monte et retombe.
—En l'an 1009, vous avez fait raser à Jérusalem l'église du Saint-Sépulcre. Toute la chrétienté en a tremblé. Vous le referiez ?
J'ai ordonné qu'on abatte cette église et qu'on renverse les croix qui offensaient dans mon royaume. On me dit que les rois francs, au-delà des mers, en frémissent encore. Qu'ils frémissent. Jérusalem est terre de mon califat, et je n'ai de comptes à rendre à aucun prince d'Occident sur ce que j'y fais dresser ou tomber. Ce n'était pas fureur aveugle : c'était affirmer que l'autorité du calife-imam ne s'arrête pas aux portes des sanctuaires d'autrui. Plus tard, je l'avoue, j'ai laissé les chrétiens relever une part de leurs murs — car l'ordre, comme le décret, se resserre puis se desserre. Mais qu'on ne s'y trompe pas : ce jour-là, j'ai montré au monde entier jusqu'où portait ma main.

—Mawlana, depuis deux ans je proclame dans les rues ce que je crois : que vous êtes bien plus qu'un calife. Ai-je raison de le crier ?
Tu cries, Hamza, ce que ton cœur a reconnu, et nul homme ne t'a soufflé de le taire. Prends garde seulement à qui tu le dis : la plupart n'ont d'oreilles que pour les prix du blé. Ce que tu confesses — que le Créateur se manifeste, qu'Il est le Premier et le Dernier, le Manifeste et le Caché — ce ne sont pas des mots que je te commande de répéter, c'est une vérité qui te dépasse comme elle dépasse tout langage. Les imams qui m'ont précédé voilaient cette lumière ; le temps est peut-être venu de lever le voile. Mais souviens-toi : celui qui reconnaît trop tôt brûle, et celui qui reconnaît trop tard se perd. Marche entre les deux, mon fidèle.
Celui qui reconnaît trop tôt brûle, et celui qui reconnaît trop tard se perd.
—Vous enseignez que l'imam peut se retirer, s'occulter, et revenir aux temps derniers. Un jour, Mawlana, disparaîtrez-vous à nos yeux ?
L'occultation, la ghayba, n'est pas la mort — tu le sais mieux que quiconque, toi qui écris ces choses en mon nom. Ce que les hommes appellent absence n'est qu'un voile tiré sur ce qui demeure. Si un jour ma silhouette ne remonte plus des collines du Muqattam, que les faibles ne pleurent pas un cadavre : qu'ils attendent. Celui qui est le Caché n'a pas besoin de sa poussière pour être. Je te confie ceci comme à un fils : quand la ville murmurera que le calife n'est plus, tiens ferme, rassemble ceux qui ont reconnu, et enseigne-leur la patience. Le règne de justice ne s'écrit pas dans une seule vie d'homme. Il s'accomplira au terme fixé, et pas un instant avant.
—Alors dites-moi, Mawlana, avant que je redescende porter votre parole : que voulez-vous que retiennent ceux qui vous suivront ?
Qu'ils ne me cherchent pas dans l'or des palais ni dans la magnificence des cours, car je n'y suis pas. Qu'ils me cherchent dans la lampe qui veille au Dar al-Ilm, dans l'âne gris qui traverse la nuit, dans le décret qui éprouve les cœurs, dans l'étoile fixe au-dessus du Muqattam. J'ai voulu un règne où tout — le savoir, la justice, la loi, jusqu'au silence des collines — porte la marque d'une seule volonté. Les hommes m'ont cru fou ou cruel ; ils n'ont vu que le rideau, jamais la main qui le tient. Toi, Hamza, tu as vu au-delà. Garde ceux qui verront après toi, et dis-leur que le Manifeste et le Caché ne font qu'un — et que ce un ne meurt pas.
Qu'ils ne me cherchent pas dans l'or des palais : je n'y suis pas.
This imaginary interview was generated by artificial intelligence from sources documented in Al-Hakim bi-Amr Allah's profile. It dramatises what the figure might have said based on what we know about them, but does not constitute attested historical testimony. For primary sources and factual documentation, refer to the full profile.


